Immigration et intégration: le perpétuel imbroglio

Article publié le 27 juin 2011
Article publié le 27 juin 2011
Par Laurent Hanseeuw A moins d’être à la fois sourd et aveugle, il était pratiquement impossible, durant ces derniers mois, de passer à côté des débats et tensions croissantes autour de l’immigration en Europe. D’un côté, les pays du sud de l’Europe, inquiets de ne pas pouvoir réguler les flux de réfugiés dus au printemps arabe, en appelle à la solidarité européenne.

A l’opposé, les pays du nord de l’Europe, cherchant à tout prix à éviter une arrivée massive d’immigrants en quête d’emploi ou d’une protection sociale, ne veulent rien entendre. En dehors des partis ouvertement populistes ou d’extrême droite, l’argument politique visant à refouler l’immigration tient souvent dans la difficulté d’intégrer de grandes quantités d’immigrants. L’imaginaire populaire a effectivement rapidement en tête les ghettos de grandes villes européennes enregistrant des taux de chômage dramatiques et une criminalité peu contrôlable. Il est indéniable que la concentration d’immigrés défavorisés à l’écart des bassins de vie et d’emploi n’a probablement pas été la plus brillante des idées politiques de ces dernières décennies. Pourtant, la cause n’en est peut-être pas directement le surplus de flux migratoires. En effet, au regard d’une comparaison européenne, il ne semble pas y avoir de lien entre la proportion d’étrangers non-européens dans la population et leur intégration sur le marché du travail.

Immigration_et_travail.JPG Aucune corrélation ne peut non plus être présentée avec la criminalité. On remarque donc que les problèmes d’intégration de la population allochtone n’ont pas directement pour origine l’importance des flux migratoires. Or, cette question de l’intégration semble être une des sources principales autour de la crispation actuelle sur l’immigration ; il suffit d’écouter les discours d’Angela Merkel, Nicolas Sarkorzy ou David Cameron pour s’en convaincre. On peut donc s’interroger sur la viabilité de politiques restrictives portant sur l’immigration, et ce pour trois raisons. Tout d’abord, si l’intégration des étrangers extra-communautaires ne s’améliore pas, les oppositions à l’immigration ne vont pas disparaître. Les Pays-Bas, malgré une émigration nette ces dernières années, veut renforcer les principales directives européennes relatives à l’immigration. L’immigration zéro n’étant pas atteignable, on risque de rapidement tourner en rond. Ensuite, les vieillissements rapides de nos populations ne plaident pas, d’un point de vue démographique, pour une réduction drastique de l’immigration. Enfin, aucun Etat Membre, ni même l’Europe, n’a d’influence réelle sur les pressions migratoires qu’elle aura à subir à l’avenir. Les récents évènements dans les pays arabes sont là pour nous le démontrer. A l’inverse, l’intégration des migrants dans nos contrées ne reposent que sur nous, et eux. Il y a peut-être là un défi autrement plus important à relever.