Immigration au Royaume-Uni : stop ou encore ?

Article publié le 4 mars 2015
Article publié le 4 mars 2015

Alors que le Royaume-Uni se prépare aux élections législatives de mai, des affiches destinées à contrer la rhétorique anti-immigration au centre du débat public fleurissent dans Londres. Cette campagne d’affichage contribuera-t-elle à améliorer l’attitude des citoyens envers les immigrés ? 

Dans un discours prononcé à l’usine de Staffordshire en novembre 2014, le Premier ministre britannique David Cameron promettait qu'en cas de réélection, il supprimerait certaines aides aux immigrés européens en Grande-Bretagne pendant les quatre années suivant leur arrivée. Ils ne bénéficieraient donc pas d'aide sociale, dont les logements sociaux et les allocations familiales font partie, au début de leur séjour sur le territoire anglais. La promesse de Cameron trouve son origine dans la décision rendue par la Cour de justice européenne un mois plus tôt. Celle-ci énonce clairement la possibilité pour les gouvernements de refuser l’accès aux prestations sociales à des citoyens européens qui émigreraient dans le seul but d’en bénéficier. 

Depuis le début de la crise financière en Europe, le Royaume-Uni représente une destination de choix pour les Européens (en particulier ceux du Sud et de l’Est) qui cherchent un emploi loin de la zone euro et de sa croissance en berne.

Néanmoins, selon des études récentes, les Britanniques auraient une vision biaisée de l’immigration. Les immigrés forment la cible d’une volonté de discrimination, basée sur leur prétendu accès aux aides sociales et sur une aide, supposée, de la part des services publics et de l'État. Cet argument trouve son origine dans une certaine idée de l’équité et des droits des citoyens « de souche » et renforce l’idée que les immigrés recevraient un traitement de faveur par rapport aux citoyens « natifs ». 

Les partis anti-immigration tels que le Parti national britannique (British National Party, BNP) et le Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni (UK Independence Party, UKIP) instrumentalisent depuis toujours le sentiment d’exaspération général dans le but de diffuser leur rhétorique extrêmement xénophobe et raciste. 

Ce discours raciste se base sur une culture du ressentiment et conforte les gens dans la croyance que les immigrés leur auraient pris quelque chose, que ce soit leur emploi, leurs allocations, ou même leur aide sociale. Ils pensent que ces personnes « venues d’ailleurs », ces « intrus » vivent sur leur dos et ne sont pas « méritants ». Des études suggèrent que les personnes les plus enclines à adhérer à cette forme de nationalisme amer proviennent des classes moyenne et ouvrière dont le niveau de vie ne cesse de chuter depuis des dizaines d’années.

Alors que la popularité du BNP chute — il n’a obtenu que 1,09% des votes lors des élections européennes de 2014 et a ainsi perdu 4,95% de voix et ses deux sièges au Parlement européen  — l’UKIP (le parti de Nigel Farage), lui, a le vent en poupe. Il a remporté les élections européennes avec 4,3 millions de voix et reste en tête des sondages pour les élections législatives de mai. 

Les partisans de UKIP pensent qu'il n'existe qu'un seul moyen de mettre fin à l’afflux d’immigrés européens et au « malaise » qu’ils génèrent : sortir de l’Union européenne. La popularité du parti a forcé les deux plus grands partis britanniques — les travaillistes et les conservateurs — à opérer un virage à droite dans leur discours sur l’UE et l’immigration. 

Plus récemment, une étude de l’eurobaromètre menée en novembre 2014 a mis en avant la perception négative de l’immigration intra-UE par la majorité des citoyens britanniques sondés (52%), tout comme l’immigration depuis le reste du monde (57%).

En Grande-Bretagne, environ trois personnes sur quatre se prononcent en faveur d’une réduction de l’immigration. Pourtant, certains sondages révèlent que la majorité de ceux qui ont une mauvaise opinion de l’immigration n’en ont jamais fait aucune expérience négative. En réalité, les gens qui vivent dans des quartiers où il y a beaucoup d’immigrés sont moins susceptibles d’exprimer des ressentiments anti-immigrants. On peut donc avancer qu’ayant fait l’expérience « de près » des immigrés, leurs voisins réalisent qu’ils ne reflètent pas les « démons » que l’on dépeint. 

Les immigrés constituent une grande partie de la population anglaise. Le total des résidents du Royaume-Uni nés à l’étranger atteignait 12,4% en 2012 (+1% si l’on tient compte des immigrés sans-papiers) et la population de nationalité étrangère atteignait 7,8% (les Britanniques imaginent, à tort, un chiffre plus élevé). En 2011, 37% de la population londonienne était née à l’étranger — la plus grande proportion parmi toutes les régions avec des données comparables).

Pas de surprise alors si la question de l’immigration figure parmi les sujets politiques prioritaires et occupe une place centrale dans tous les débats relatifs aux élections de mai.

Stephen Tall, éditeur du Liberal Democrat Voice, le site internet indépendant de référence pour les sympathisants du parti British Liberal Democrat, a déclaré : « L’immigration a contribué à la croissance économique de Londres et est probablement [partiellement responsable] de l’énorme progrès fait dans les écoles londoniennes pendant la dernière décennie, hissant Londres au rang des capitales éducatives les plus réputées au monde – et cela résulte en partie de l’ambition des immigrés installés ici ». 

Voilà exactement le point de vue que le Mouvement contre la xénophobie (MAX) essaie de mettre en avant. Le groupe a mis sur pied une campagne de crowdfunding afin de financer une campagne d’affichage pour démontrer que les immigrés « non seulement participent à la structure de la société britannique, mais en font partie intégrante et constituent un élément vital du Royaume-Uni multiculturel ». 

Ces affiches seront placardées dans les stations de métro et de trains de tout le pays avant les élections générales. Elles auront pour fonction de « célébrer, et non calomnier » l’impact de l’immigration sur la vie au Royaume-Uni en présentant des personnes réelles issues de différentes professions. L'opération vise à « provoquer une discussion ouverte sur une politique d’immigration fondée sur les droits de l’Homme et l’égalité ». 

Dans ce même discours de novembre 2014, Cameron a aussi loué les immigrés en soulignant que le Royaume-Uni est ce qu’il est grâce à l’immigration et non pas malgré elle. Afin de conserver cette ouverture et ce multiculturalisme, les immigrés doivent aussi avoir leur mot à dire et un rôle à jouer dans la société où ils vivent, travaillent et à laquelle ils contribuent.