Ils ont des chapeaux ronds, au Parti Breton

Article publié le 28 mai 2009
Article publié le 28 mai 2009
Le scrutin européen se rapproche, et toutes les listes ne partent pas avec les mêmes atouts pour glaner un strapontin à Strasbourg. Noway ! poursuit son tour de France des concurrents improbables avec une formation qui ne doit sa présence dans la course qu’au mode de scrutin proportionnel régionalisé : le Parti Breton.

La Bretagne et l'UE, je t'aime moi non plus

La récente opposition en finale de la Coupe de France de football entre Guingamp et Rennes, qui à été l’occasion d’un matraquage médiatique à grands coups de Triskell et d’hermines dans les médias nationaux, nous a rappelé la vitalité du sentiment « Breizh » dans une région souvent moquée pour ses images d’Epinal, du chouchen aux crêpes en passant par le légendaire crachin local. Mais la Bretagne, ne l’oublions pas, c’est aussi une région sensible aux politiques européennes, sur des sujets comme la PAC, la pêche ou l’environnement. Les bretons sont donc plus réceptifs que la moyenne aux débats sur l’Europe, et même si c’est la plupart du temps pour contester le moindre battement de cils venant de la commission, les controverses ont le mérite d’exister. Les élections du 7 juin sont dès lors pour une partie de la scène politique bretonne l’occasion de décocher leurs flèches favorites en direction des institutions européennes. Le tout dans une atmosphère exaltée, dans laquelle s’invite régulièrement le régionalisme, voire le séparatisme. Et oui, la Bretagne est toujours aujourd’hui le berceau d’une offre politique qui, tout en combattant fièrement les légions Bruxelloises, pourfend le jacobinisme et l’ingérence de Paris dans les affaires locales.

Toute la Gaulle ? Non…

Les Astérix et Obélix du XXIème siècle ont leur carte au Parti Breton. Ce mouvement, créé en 2002, s’est donné pour objectif de gagner du terrain sur la gauche de l’Union Démocratique Bretonne (UDB), figure de proue du nationalisme breton depuis une quarantaine d’années, qui ne présente pas de liste pour ce scrutin. Mais au fond, le programme est a peu de chose près identique : donner à la Nation bretonne l’indépendance qu’elle mérite depuis toujours, afin qu’elle puisse s’organiser administrativement selon un modèle propre, jouir de sa langue historique et profiter d’abondantes ressources économiques. On est proche des revendications flamandes en Belgique, d’autant plus qu’on retrouve chez les indépendantistes bretons la même rhétorique de victime de l’impérialisme : L’économie aurait trop longtemps été spoliée et la culture martyrisée par le colon parisien après la révolution. Chacun sait que les impitoyables républicains ont tout fait pour généraliser l’usage du français dans la région, aux dépends du dialecte local, et ont essayé, en leur âme et conscience, d’anéantir la rayonnante culture bretonne. L’observateur objectif saluera tout de même l’impressionnant recul de l’analphabétisme qu’a permis l’ouverture d’écoles de la République à la fin du XIXème siècle, et ses effets salutaires sur le dynamisme économique de la région. Mais c’est un autre débat.

Breizh Power

Le grand projet de la liste emmenée par Emile Granville, un ancien de l’UDB, c’est un retour de la langue bretonne au premier plan. Marre de la dictature linguistique des envahisseurs. Ils privent les enfants de leur droit le plus sacré : apprendre et pratiquer le langage de leurs ancêtres. Patience : lorsque la jeunesse se verra enfin libre de perpétuer l’héritage millénaire du peuple celte, l’élan indépendantiste sera impossible à contenir. Or l’étau qui étouffe les forces vives de la culture bretonne est serré : peu de financement, peu de publicité, peu de reconnaissance. Il faut dire qu’on comprend le manque de moyens alloués ; rappelons que la langue bretonne est en tout et pour tout parlée par seulement 13000 personnes de moins de 40 ans. Mais s’il est incontestable que l’Etat et les collectivités territoriales se préoccupent assez peu d’une langue agonisante, il est cependant malhonnête de prétendre que rien n’est fait pour la survie du dialecte : Mr. Jospin, alors minsistre de l'éducation, a autorisé l’académie de Rennes à ouvrir des classes de primaire, de collège et de lycée bilingues, ainsi que des enseignements optionnels en Breton, le tout intégralement financé par des fonds publics. Et c’est malgré cette preuve de bonne volonté, et malgré l’existence du réseau « Diwan » (une poignée d’écoles privées associatives sous contrat), qu’aujourd’hui moins d’un jeune breton sur 200 parle ou apprend la langue, parmi les 15-19 ans. Peu importe, jugent nos nationalistes, pour qui un effort supplémentaire devrait être fait de toute urgence, via par exemple la ferme exigence de la création d’une chaîne télévision en breton sur la TNT. Malheureusement, cela ressemble plus à la lutte désespérée pour la survie d’une culture dépassée qu’au soulèvement enthousiaste d’un peuple oppressé.

Un passé sensible

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les bretonnants ne fédèrent pas. Perçus par une large partie de la jeune et dynamique population bretonne comme des Don Quichotte passéistes, nos sympathiques intégristes de la cause linguistique et nationale peinent à rassembler autour de leur cause. Cigarette roulée au bec, barbe foisonnante, Xantia et autocollants «BZH », le stéréotype du militant détonne avec la majorité des habitants de la région, qui si elle se sent majoritairement bretonne, se définit avant tout comme française. Pour une population aux yeux de laquelle le breton est déjà une langue morte, les encartés du Parti Breton font donc sourire plus qu’autre chose. Et il faut dire qu’ils s’en sortent plutôt bien, car ils n’ont pas toujours joui de cette image. En effet, la réputation du mouvement nationaliste breton a été dévastée jusqu’aux années 60 du fait de sa collaboration active avec le troisième Reich. On citera l’exemple du non négligeable Parti National Breton, qui était ouvertement collaborationniste. Une partie de ses effectifs, basculant carrément dans le national-socialisme dès les années trente, voyait dans l’idéologie nazie un moyen de faire aboutir sa cause. Certains sont d’ailleurs allés très loin, allant même jusqu’à fonder une division SS locale en 1943.Heureusement, le mouvement nationaliste breton est, même à cette époque, resté très minoritaire, et le Parti Breton est aujourd’hui très loin de cette sombre période. S’il se revendique « pragmatique », Mr Granville reste un indépendantiste modéré, condamnant toute manifestation de violence, et ayant pour réel objectif l’octroi pour la Bretagne d’un statut proche de celui de l’Ecosse ou du Pays de Galle. Hélas, on voit mal la France, héritière de Robespierre, de Napoléon et de Jules Ferry renoncer à son unité linguistique et civique. Mais on souhaite bon courage aux nationalistes bretons pour leur campagne.