Ilo-Ilo:  Quand le grand méchant loup est enceinte

Article publié le 25 novembre 2014
Article publié le 25 novembre 2014

Ilo-Ilo (2013) c’est l’histoire tristement banale d’une bonne philippine venue travailler dans une famille singapourienne pour s’occuper d’un enfant agité, Jiale. Mais l’œil du réalisateur, Anthony Chen rend ce récit extrêmement touchant et émouvant.

L’histoire se passe à Singapour, pendant la crise de 1997, au sein d’une famille de classe moyenne. Le père est commercial et tente de vendre sa dernière invention : du verre incassable, la mère travaille comme employée de bureau, dans le département ressources humaines de son entreprise qui multiplie les licenciements. Ensemble ils ont un fils, Jiale, un enfant prodigue, agressif et chronophage. Deux êtres vont compléter ce schéma familial, la nounou venue des Philippines et le deuxième enfant qu’attend la mère.

Très vite, on comprend, la situation précaire de la bonne, qui dès son arrivée se voit confisquée son passeport par la mère. Mais Anthony Chen ne fait pas dans le manichéisme. Très vite également, on perçoit la brèche qui fragilise ce cocon familial et si c’est le verre du père qui se casse en premier, c’est toute la famille qui va, chacun à sa manière, tenter de recoller les morceaux.

La mère, dont on pourrait penser au début, qu’elle est le grand méchant loup, est particulièrement touchante, dans son rôle de chef de clan. Elle représente à merveille le héros des temps modernes suivant les injonctions de la société : épouse, mère, employée, elle perçoit extrêmement bien les menaces qui pèsent sur sa famille, et doit faire des choix humainement difficiles pour tenter de les repousser.

Anthony Chen réussit avec pudeur et réalisme à peindre le quotidien d’une famille de Singapour en pleine crise économique. On ne peut s’empêcher de se sentir concerné par la situation difficile que vit cette famille, mais également de penser que la cellule familiale des temps modernes revêt beaucoup de similarités avec une meute de loups dont les plus faibles ne sortent jamais indemnes.

Depuis peu j’organise avec une amie des soirées cinématographiques dans le VETOMAT (Scharnweber Str. 35, Friedrichshain). Le premier cycle, gai comme un dimanche automnal à Berlin, s’intitulait «esclavage moderne». Il s’est achevé le 18 novembre par le film "Ilo-Ilo".