"Il n'y a pas que les coups qui font mal" : violence à la première personne

Article publié le 31 mars 2016
Article publié le 31 mars 2016

Pamela Palenciano parcout la "péninsule hystérique", telle qu'elle la définit elle-même, en racontant, par le théâtre, six années de maltraitance. Avec le monologue "No sólo duelen los golpes" ("Il n'y a pas que les coups qui font mal"), Pamela met en scène Antonio afin que le public juge par lui-même.

"J'ai eu beaucoup de mal à rire parce que ce sont des choses très dures que tu dis", confesse une des spectatrices. Elle, assise sur la scène qui a été sa place dans le monde au cours des deux heures qui viennent de s'écouler, sourit et acquiesce. "Je te jure que si je ne faisais pas ça, je ne pourrais pas raconter tous les jours la même chose", admet-elle. "Ce n'est pas drôle, je le sais".

Elles parlent du monologue "No sólo suelen los golpes" dans lequel, par le théâtre, Pamela Palenciano nous raconte son expérience avec Antonio : l'homme qui a été sur le point de la tuer à deux reprises, qui a étouffé tout ce qui la faisait être elle-même et qui a laissé pour toujours en elle "une Antoñeta" qui reproduit la violence dont elle a souffert pendant six ans. Avec de fortes doses d'humour noir, Palenciano nous raconte son histoire à la première personne et se met dans la peau de son agresseur pour désarmer à tout un auditoire qui ne peut contenir ni les larmes ni les éclats de rire.

"Il n'y a pas que les coups qui font mal" est la phrase qui a permis à Pamela Palenciano de reconstituer tout le puzzle de son expérience avec son bourreau, des griffes duquel elle a réussi à s'échapper vivante. "Pourquoi croyez-vous que je me trouve ici aujourd'hui quinze ans après ? À part le fait qu'il n'a pas réussi à me tuer", réfléchit-elle en nous obligeant à réfléchir. "Parce que je n'ai pas d'enfants avec lui, parce que si j'avais eu un enfant avec ce type, je continuerais à me bouffer la vie à travers mes enfants", se répond-elle à elle-même.

En disant ces mots, elle reprend sa respiration parce qu'elle ressent une pression dans la poitrine, et verbalise son malaise : "Vous me pardonnerez, mais j'ai besoin de dire ça et j'ai besoin de le dire parce que ça me pèse". Elle inspire, recompose dans sa tête les histoires des milliers de femmes qui lui confessent leur enfer après avoir été brisées par son monologue, se souvient des menaces reçues via les réseaux sociaux de la part d'hommes, comme celui des premières thérapies de Pamela, dont la femme le défendait parce qu'"il ne faisait que cracher son venin et il l'insultait devant sa fille" et dit avec toute l'énergie qu'elle parvient à sortir d'elle-même : "Un type qui fait ça à la mère de ses enfants ne sera jamais un bon père. Moi, je ne sais pas ce que font ceux de SOS Papá, Amor paterno, Custodia Compartida... Ce sont des plateformes dans lesquelles sont engagés tous les bourreaux qui ne vont pas en prison. Je le répète plus fort ?"

Cependant, l'histoire de Pamela n'est pas une histoire de bons et de méchants. "Les campagnes ne fonctionnent pas parce qu'on ne regarde que les femmes. Il y a une issue pour toi et pour les bourreaux, carton rouge. Qu'est-ce que je fais ? Je crée des bons et des méchants. C'est là qu'est le problème. Je ne suis pas bonne parce que j'ai été maltraitée, j'ai un caractère de cochon et beaucoup de défauts. Antonio n'était pas toujours méchant tout le temps. Voilà le problème. On ne fait rien pour les hommes. Il n'y a pas de réel intérêt pour changer cela. Ce que fait la société, c'est du rafistolage". Face à cela, il faut investir du temps et de l'argent et faire un travail intégral, en respectant toujours les procès des femmes maltraitées.

Et alors que les administrations s'attèlent à la tâche, "nous devons créer des réseaux entre tous et toutes pour intervenir en étant créatifs et créatives" et proposer aux femmes des espaces dans lesquels elles peuvent se sentir fortes et s'affirmer, et auxquels elles peuvent se raccrocher pour prendre de l'élan et sortir. "Nous avons besoin d'inspirer les autres, pour qu'ils n'attendent pas que l'État ou les lois règlent tout cela". Dans le cas de Pamela, son espace fut une émission de radio, qui lui a sauvé la vie, et le théâtre, qui lui permet de raconter son histoire. Oui, elle martèle que les femmes devraient "être plus amies" entre elles, arrêter de se mettre en compétition avec d'autres femmes et créer des réseaux de solidarité qui soient "plus forts que leur violence".

"Je ne suis pas psychologue, je suis brisée. Je suis épuisée", dit-elle, en larmes, après que tout l'auditoire de l'Aula Magna de la Faculté de Philosophie et de Lettres se soit levé pour lui offrir une ovation forte et chaleureuse. Chez ceux qui sont là, la consternation est plus qu'évidente. Ils n'ont pas arrêté de rire pendant deux heures et, malgré tout, tous ont l'air affligé et pensif, comme si les pièces de son puzzle s'assemblaient aussi à cet instant précis. "Mon projet politique est de vous dire que l'amour vrai ne fait pas mal, que mon histoire personnelle, oui, est politique et que ce que prétend faire "No sólo duelen los golpes", c'est de mettre mal à l'aise. Je suis venue déranger parce que, pour changer, il faut être mal à l'aise et se lever de sa chaise".

Objectif plus qu'atteint.