Il Mitte : les Italiens vous content Berlin

Article publié le 26 novembre 2012
Article publié le 26 novembre 2012
Au final, entre Italiens, on finit toujours par parler de crise. En attendant, d’un pays à l'autre, on discute aussi de pure player, de journalisme citoyen, et des contradictions de la capitale la plus convoitée d’Europe. Bref, autant de sujets traités par Il Mitte, nouveau journal en ligne pour « italophones », né à Berlin il y a six mois.
Rencontre avec le responsable Valerio Bassan, en direct de la rédac’. Enfin, de son appart.

« Maintenant que j'y pense, cela fait exactement six mois que nous sommes en ligne », me dit Valerio Bassan, 26 ans à peine, en me regardant à travers son écran d'ordinateur. Nous sommes le 7 novembre 2012, et voilà six mois qu’Il Mitte, journal en ligne né à Berlin et destiné aux italophones - voyait le jour.

Lui à Berlin, moi à Paris

Le temps que la connexion Skype de ma Freebox traverse le pays et je me retrouve face à face avec celui qui est devenu en l’espace de quelques mois le point de référence de la communauté italienne à Berlin. La discussion avec Valerio se fait directement depuis la rédaction, en réalité de son appartement qu’il partage avec Elena, sa petite amie photographe, qui se trouve être « actionnaire majoritaire » du magazine. À eux deux ils constituent pour l'instant le cœur de la rédaction, qui compte aussi près de sept collaborateurs permanents, avec autant de blogs sur les pages du site Internet. Des tragi-comédies d’un Italien à Berlin aux derniers codes berlinois – à savoir la loi teutonique expliquée à l'Italien qui vient de débarquer en ville – jusqu’aux conseils pour freelancer, Il Mitte ratisse large.

« Je suis à Berlin depuis peu », me dit Valerio, « depuis que j’ai décidé sans même y réfléchir, une fois mon diplôme de journalisme obtenu à Milan, de partir à l'étranger. » « A Berlin on vit pas super bien si on ne parle pas l’allemand », ajoute-t-il, rappelant ici le sentiment bien connu de la génération Erasmus selon lequel on éprouve une inévitable sensation d'impuissance lorsqu’on ne possède pas les compétences les plus élémentaires pour communiquer.

« Rester au courant de ce qu’il se passe au niveau local sans négliger l’infini potentiel de la presse en ligne »

Ainsi est donc née l'idée de créer un journal en ligne qui permettrait aux « italophones » de Berlin de rester au courant de ce qui se passe dans leur ville, d’en savoir plus sur la vie culturelle bouillonnante et pétillante de la capitale allemande, mais pas seulement. « On informe aussi nos lecteurs lorsque les routes sont verglacées, les transports bloqués, ou que le métro est à l’arrêt en raison d'une panne. » Des informations locales et approfondies. Des interviews avec des artistes de passage et des bons plans pratiques. « Ce que nous essayons de faire, c'est de fournir une information précise, sincère, basée sur le journalisme citoyen », poursuit-il, « Il Mitte est un journal local, mais insallé à Berlin, donc nécessairement international. » « Selon moi, c’est l'avenir du journalisme en ligne », déclare-t-il, bien convaincu. Valerio possède aussi un blog de musique sur Linkiesta – pure player italien né il y a environ deux ans – et une vitrine virtuelle où il a recueilli tous ses projets, en commençant par son mémoire sur le Kosovo qui lui a permis d’obtenir son diplôme de journalisme. « Rester au courant de ce qu’il se passe au niveau local sans négliger l’infini potentiel de la presse en ligne, voilà ce que nous avons voulu faire avec Il Mitte. »

« Ici, tu as la possibilté de montrer ce que tu vaux »

Pour l'instant, Il Mitte vise à développer sa section multimédia grâce à l'intégration de photos et de vidéos, mais surtout une plus grande interaction avec les locaux à travers une série d'exercices spécialement conçus pour l’occasion. Parmi les sections les plus consultées du magazine, se trouve une rubrique de conseils linguistiques distillés à petites doses auprès des Allemands fans du Bel Paese. Publiée sous le nom de « Die Dritte der Mitte », elle est tenue par Miriam Franchina, « l'une des collaboratrices les plus actives du magazine. »

Lire aussi sur cafebabel.com notre dossier consacré à Berlin : Berlin : la transition va droit dans le Mur ?

Quotidiennement submergée d’articles traitant de la crise, des exodes, de la fuite des cerveaux et du chômage, je ne peux m'empêcher de poser à Valerio la question fatidique. Je reprends mon souffle et lui demande si ce qui se dit sur Berlin est vrai, si la capitale allemande correspond à ce que les titres des journaux veulent nous faire croire : Berlin, nouvelle terre promise ? « Je n'irais pas jusqu’à là », répond-t-il, données à l’appui comme celles du chômage des jeunes (supérieur à 10%, ndlr). Une situation qui surprend, mais qui serait selon lui la conséquence naturelle d’un « Berlin endetté jusqu'au cou, et qui tient la barre grâce à l’argent des autres Länder. » Malgré cela, de plus en plus de jeunes choisissent Berlin pour mener à bien leurs projets, ou du moins essayer. Une effervescence, entretenue par un certain bouche à oreille, qui fait à elle-seule fonctionner la ville. « Ici, tu as la possibilité de te faire connaître, de pouvoir montrer ce que tu vaux », dit celui qui a pu réaliser en personne son rêve berlinois.

« Je ne pense pas que Berlin soit une nouvelle terre promise »

Sous le ton de la rigolade, Valerio me glisse qu’un stage à 400 euros le ferait rêver. Je lui explique que nous avons galéré ici, à la rédaction, pour prendre un stagiaire dont le poste prévoyait une rémunération à hauteur de 700 euros. Puis, au fil de la discussion, nous tombons d’accord sur le concept relatif de « fausse crise » à savoir que parfois trop souvent, les jeunes font l’étalage de problèmes de riches dans notre pays. Quoi qu’il en soit, Valerio n’a absolument pas l’intention de retourner en Italie. Une déclaration qui sonne comme une provocation lorsque l’on connaît les problèmes de fuite des cerveaux italiens. On se promet de garder le contact, entre Paris et Berlin, sans passer par l’Italie. Ou du moins pour l’instant.

Photos : © Valerio Bassan