Ick bin eine Berlinerin : Philippa Ebéné

Article publié le 29 mars 2010
Article publié le 29 mars 2010
Tous les mois, Berlin Poche met un(e) Berlinois(e) à l'honneur. Ce mois-ci, c'est Philippa Ebéné, directrice du Werkstatt der Kulturen, qui est interviewée par Anna Bornschlegel.

Après un apprentissage comme correspondante de langues étrangères, des débuts d’actrice dans divers théâtres aux quatre coins de l’Allemagne (entre autres à la Schaubühne de Berlin), une expérience marquante dans la branche informatique et des études d’ethnologie, la fille d’un Camerounais et d’une Allemande prend les commandes en 2008 de la Werkstatt der Kulturen à Neukölln. Cet « atelier des cultures » fondé en 1993 par l’ancien maire de Berlin,  Richard Von Weizsäcker et la déléguée à l’immigration, Barbara John avait pour but le rapprochement des cultures. Controversée l’an passé concernant l’exposition  Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg*, l’institution organise chaque année en mai le célèbre Karneval der Kulturen.  

Qu’évoque pour vous le mot « francophonie » ?

J’ai grandi à Fribourg qui est très proche de la frontière française. La francophonie a façonné mon enfance, bercée par le français en zone militaire française en Allemagne. Mais la francophonie me fait penser tout d’abord à l’Afrique francophone et à la « lingua franca ».

Participez-vous à la « fête de la francophonie » ?

Non. La Werkstatt der Kulturen a beaucoup d’autres projets et, malheureusement, il est toujours question de finances, raison sine qua non pour pouvoir participer à un tel projet. Peut-être pour plus tard…

Vous sentez- vous plutôt camerounaise ou allemande ?

Je ne peux pas répondre à cette question. C’est comme si l’on me demandait : « Qu’aimes-tu le plus ? Ta mère ou ton père ? »

Dans le Rollbergviertel à Neukölln, la criminalité juvénile est élevée. Peut-on dire que le nombre de délits proviennent de la non-intégration des populations étrangères ?

Est-ce qu’il y a vraiment des bandes juvéniles ? Même si je rentre tard à la maison, je ne vois jamais de bandes. Je ne connais pas les statistiques et le nombre de crimes commis dans le Brandebourg par exemple où le pourcentage de gens issues de l’immigration est faible. Ne peut-on pas ramener la criminalité à des groupes sociaux dont les revenus sont bas ? En fait, les temps du plein-emploi sont révolus et c’est le véritable problème !

Que trouvez-vous typiquement berlinois ?

Ce qui me plait le plus c’est qu’on devient tout de suite berlinois quand on veut l’être. Berlin est  très ouvert et tolérant. Les habitants sont libres et leur mode de vie aussi. Et Berlin est relaxant. Je le remarque toujours lorsque je reviens de Londres ou de Paris. Cette liberté est due à l’espace vaste que l’on trouve à Berlin. Les gens ont du temps et sont détendus. À Berlin, on respire et on prend le temps de respirer.

D’où vous vient votre motivation ?

Berlin est une ville très inspiratoire. Chaque jour, on peut parler des langues étrangères, il y a une grande diversité d’événements. On pourrait visiter trois fois par jour l’opéra ou des expositions si l’on voulait. Berlin vit de ses habitants aux engagements et centres d’intérêt énormes ! Beaucoup issus de l’immigration ont de passionnants projets transculturels, mais qui se heurtent malheureusement  souvent au manque d’argent. Berlin est une ville aussi pauvre concrètement que riche intellectuellement ! Ça motive !

Pensez-vous que la Werkstatt der Kulturen connaitrait le succès dans une autre ville ?

Ça marcherait à Fribourg par exemple. Grâce à sa proximité de la Suisse ou de la France où il y a une grande densité d’immigration. Mais Berlin attire des artistes du monde entier ! Prenons les musiciens par exemple : ils viennent des quatre coins de la planète comme des Etats-Unis, d’Israël, de Corée et compose ensemble une musique unique, le Berlin Sound. L’échange est énorme !

* Philippa Ebéné avait refusé en octobre 2009 l’ouverture de l’exposition dans ses locaux déclarant « racistes » trois tableaux représentant la collaboration arabe sous le régime nazi.

Werkstatt der Kulturen * Neukölln, Wissmannstr. 32   U Hermannplatz * www.werkstatt-der-kulturen.de