Humaniser le quartier européen, mission impossible

Article publié le 20 mars 2009
Article publié le 20 mars 2009
Article écrit par Julien de Cruz La région Bruxelles-Capitale a dévoilé de concert avec la Commission Européenne le plan architectural de rénovation de la Rue de la Loi. Difficile de croire que ce saupoudrage de verdure va réellement faire changer de visage le quartier le plus morne de Bruxelles. Rien que le nom donne envie. La rue de la loi.
Artère du quartier européen de Bruxelles, on peut sans fâcher personne affirmer que c’est la rue la moins sexy de la capitale belge. Les fonctionnaires européens s’y morfondent, les belges s’y sentent étrangers et les contestataires de tout poil, habitués à manifester sur ce boulevard des institutions, sentent parfois d’un peu trop près la froideur de ses marbres.

Les fonctionnaires européens, une espèce endémique?

Si j’étais mauvaise langue, je dirais qu’il faut bien caser quelque part ces grands bâtiments de la Commission Européenne qui s’agrandissent à mesure que l’Union Européenne s’agrandit géographiquement et en termes de compétences. L’administration européenne est en effet un véritable biotope. Elle prend la place d’autres bâtiments et engloutit sur son passage tout ce dont elle a besoin pour assouvir son expansion. L’espèce endémique du fonctionnaire européen donc, tel l’algue verte de Méditerranée, commence à grignoter Etterbeek après avoir bétonné à souhait tout ce qui se situe entre le palais royal et le parc du cinquantenaire. Même Albert se terre à Laeken tant il sait qu’il est en danger près du Mont des Arts.rue_de_la_loi.jpg

Je suis bien sûr un grand ami de l’Europe et de ses institutions à l’intégration urbaine aussi respectueuses de la joviale identité bruxelloise que soucieuses d’effacer la froideur bureaucratique derrière la chaleur du sentiment d’union essaimé par Bruxelles dans un même souffle de Talinn à Lisbonne. Vous l’aurez compris, le quartier européen souffre du même problème identitaire que l’Union Européenne. Il a peine à communiquer la beauté du projet qu’il porte. En réalité il aboutit au résultat inverse. Emprunter la rue de la loi à n’importe quelle heure de la journée impose le caractère kafkaïen de l’Europe, des gens importants marchent sous des espaces géométriques en pensant à des directives et des lignes directrices. Bienvenue dans la quatrième dimension.

Un français pour humaniser la Rue de la Loi

Heureusement, les architectes français sont là. Christian de Portzamparc n’a pas seulement un nom compliqué à prononcer. Il a aussi des idées novatrices pour la Rue de la Loi. Son projet a été retenu par lé région Bruxelles-Capitale et la Commission Européenne et voici ce qu’il souhaite faire. Il veut créer un quartier “basé sur le concept d'îlot ouvert, de rue ouverte, de transformation de la ville, d’ouverture à l’aléatoire, à la coexistence des époques et des dimensions.” En voyant les photos du projet je m’étais dit qu’il y avait de l’idée. En lisant le résumé du projet de Christian, j’ai un peu peur. Est-on sûr de vouloir s’ouvrir à l’aléatoire dans le quartier européen? N’oublions pas que le fonctionnaire européen, enfermé dans son écosystème, peut parfois de devenir fou. Il est donc dangereux de briser ses repères.

Il est très difficile d’humaniser un quartier comme la Rue de loi, rendons à l’architecte français le bénéfice de la difficulté de la tâche. Il est donc probable que le projet nécessaire de rénovation du quartier touche plus à ses problèmes structurels. Ainsi on ne peut qu’améliorer la circulation difficile, rendre un peu plus vert cet ensemble grisâtre. Quant à créer un lieu de vie chaleureux dans les arènes du pouvoir européen, permettons nous d’en douter. Après tout, les fonctionnaires européens sont-ils vraiment là pour rigoler? Et puis n’oubliez pas, cette espèce endémique aura a peine inauguré son nouveau poumon de verdure que ses plus voraces spécimens commenceront à bouffer les feuilles et à recouvrir par pure négligence les nouvelles allées ombragées de voitures allemandes à la puissance motrice inappropriée. Et si on commençait par s’attaquer à ces loustics en costar-cravate?

(Crédits photos: Herman Beun / Du-Sa-Ni-Ma/flickr)