Hozier : la parole de Dieu contre l'Eglise

Article publié le 4 septembre 2014
Article publié le 4 septembre 2014

Andrew Hozier, le Dublinois qui monte, se produit désormais devant des foules. Dans ses chansons, il nous parle en grande partie des enseignements catholiques, pour la simple et bonne raison qu’il est athé. Dans cet entretien, il nous fait aussi part de sa vision d’une vie rock’n’roll.

Cafébabel : peu de temps s’est écoulé entre le moment où tu as lâché l’université et le début de ton triomphe. Angoisses-tu parfois vis-à-vis de ton succès ?

Hozier : c’est un processus qui s’est mis en place sur trois années. C’est pourquoi je ne le qualifierais pas de « court ». Pour moi, ça été une période à la fois longue et calme. Je faisais des apparitions, j’enregistrais avec des producteurs ici et là. Mais rien ne se passait : ça a été une succession de faux départs. Je n’étais pas satisfait du boulot que je faisais et j’essayais différentes choses. Et quand j’ai commencé à enregistrer mon propre travail, Take me to church en est finalement sorti.

Cafébabel : il y a beaucoup de références à la chrétienté dans tes chansons. Pourquoi ce thème ?

Hozier : je suis athé, mais j’utilise beaucoup de références tirées du langage religieux et parfois des références bibliques. C’est peut-être parce que j’ai étudié le gospel et la musique d’église et aussi parce que j’utilise le langage religieux pour me positionner vis-à-vis de l’Eglise. Par exemple, je parle du concept du péché, que je désapprouve. En fait, j’utilise le langage religieux contre l’Eglise elle-même.

Hozier - Take me to church

Cafébabel : qu’est-ce-qui te dérange dans le concept de péché ?

Hozier : c’est un concept inventé par les hommes. L’Eglise parle au nom de la volonté de Dieu, ce qui est plutôt stupide selon moi. Et surtout, parce que cette organisation enseigne aux hommes à se sentir honteux vis-à-vis de leurs besoins naturels. Je trouve cela grossier, pour moi, l’Eglise devrait être remise en question.

Cafébabel : dès que je voyage, je développe une nouvelle perception de l’endroit d’où je viens. Ta vision de l’Irlande a-t-elle changé depuis que tu es en tournée ?

Hozier : malheureusement, tu ne peux pas vraiment t’immerger quand tu es en tournée. Tu ne peux pas autant profiter de la ville et t’en imprégner que lorsque que tu voyages. Tu peux juste en apprendre un peu plus sur des mentalités différentes de la tienne. Tu aperçois le monde à travers une scène comme tu l’apercevrais au travers d’une fenêtre. Et après, il te faut remonter dans le bus. Mais j’aimerais passer plus de temps dans des lieux différents. Beaucoup de gens quittent l’Irlande et ça a toujours été comme ça. J’apprécie ma ville d’une façon différente quand je reviens et d’ailleurs j’aime beaucoup y retourner.

Cafébabel : une vie rock'n'roll s’accorde-t-elle bien avec le stress que tu peux ressentir ?

Hozier : pas aussi souvent qu’on peut le croire. Je travaille tous les jours, je n’ai pas de journée off. On boit quelques verres après un concert. Pour moi, une vie rock’n’roll c’est se sentir dégueu dans un bus de tournée et ne pas prendre de douche trop souvent. Je fais des apparitions et donne pas mal d’interviews. Et au final, je n’ai pas souvent l’opportunité de faire la fête.

Hozier - From Eden

Cafébabel : ce côté de ton boulot ne te met pas sur les nerfs de temps à autres ? Etre tout le temps connecté sur Facebook, Twitter, Instagram ?

Hozier : parfois, je suis juste fatigué et j’aimerais passer une semaine pendant laquelle personne ne pourrait me joindre. Certaines choses me frustrent, et ceci parce que les labels ont beaucoup d’attentes : tu dois constamment être sur Twitter ou Instagram. Je ne pensais pas à tout ça, quand j’étais chez moi, en train de travailler sur ma musique. Je passe plus de temps à répondre aux mails qu’à faire de la musique. Je n’aurais jamais imaginé que cette partie du job serait si foutrement importante.

Cafébabel : j’ai lu quelque part que tu es un grand fan de James Joyce.

Hozier : je n’ai jamais eu le courage de lire Ulysses, mais j’aime beaucoup Dubliners et A Portrait of the Artist as a Youbg Man.

Cafébabel : qu’est-ce-qui te fascine dans ces œuvres ?

Hozier : la structure de la phrase, prise à part, est simplement magnifique. Portrait raconte la vie d’un homme qui quitte l’Irlande et qui essaie de se trouver en tant qu’artiste. Les contes noirs d’Oscar Wilde valent également le détour.

Cafébabel : que préfères-tu dans ta ville natale, Dublin ?

Hozier : je viens d’un village dans le sud de Dublin. Mais j’ai passé beaucoup de temps là-bas et j’y ai travaillé. C’est une très petite ville. C’est assez petit pour apprendre à connaître les gens. Mais connaître tout le monde peut aussi être gênant, tu ne peux pas te foutre de quelqu’un sans que cela se remarque. C’est une ville à cœur ouvert.

L'album Hozier sortira en octobre  

Vous pouvez assister à son concert le 20 Septembre à Cologne, au Stadtgarten // le 17 Septembre au KOKO à Londres