Horizon sans espoir pour les immigrés en Espagne

Article publié le 14 février 2003
Publié par la communauté
Article publié le 14 février 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'Espagne entre immigration, élections et héritage franquiste.

La mort de huit maghrébins dans un commissariat, dans un incendie dont les causes sont inconnues, ne sera jamais éclairée ni jugée. Cet évènement n'attirerait pas l'attention s'il avait eu lieu dans n'importe quel pays d'Amérique Latine ou du Moyen Orient, mais il a eu lieu à Málaga, en Espagne (El País, 28/12/02). Il ne s'agit pas d'un fait isolé, mais d'un fait qui s'insère dans une tendance préoccupante au "laisser aller", en ce qui concerne le respect des droits de l'homme et des garanties des citoyens en général, mais surtout par rapport aux immigrants. L'Etat de droit est menacé.

L'explication de ce danger, loin d'être simple, se trouve dans un ensemble de causes politiques, sociales, économiques et idéologiques. Bien que le pourcentage d'immigrants présents en Espagne soit encore en dessous de la moyenne européenne, sa croissance s'est accélérée ces dernières années. Ce pays est la porte d'entrée du continent pour différents groupes migratoires : les africains, subsahariens et maghrébins, de par leur proximité géographique; les latino-américains de par leur langue commune.

Certains poursuivent leur chemin vers le nord, à la recherche d'un futur plus prospère ou d'un pays dans lequel l'état de bien être n'a pas encore complètement disparu. Mais beaucoup d'autres restent, et leur présence met en évidence les limites de l'administration Aznar, incapable de comprendre l'immigration comme une question d'état complexe, avec ses dimensions économiques et sociales. Au lieu d'essayer de mettre en oeuvre des plans d'intégration ou des politiques de long terme, le gouvernement de Madrid a préféré opter pour une voie policière : sa "solution" consiste a diaboliser l'immigrant, durcir les lois sur l’immigration, augmenter les détentions arbitraires et à redoubler de discours sur l'insécurité dans les médias. En période électorale -ce qui est le cas en ce moment-, la recherche d'une "tête de turc" ou d'un ennemi commun, semble donner de bons résultats à la droite. Et ce encore plus si la gestion de cette question fait du bruit et "éclabousse", comme la coque du "Prestige".

Dans n'importe quelle autre société, nous pourrions cataloguer cette attitude comme simplement de l’opportunisme ou de la démagogie préélectorale, fait similaire à celui qui a eu lieu récemment en France ou dans l'Italie de Berlusconi. Mais dans une Espagne qui a supporté 40 ans de dictature franquiste, et dont les institutions fragiles et une démocratie ont à peine 25 ans, il s'agit d'une combinaison dangereuse. Les faits conjoncturels (discours xénophobes) reposent sur une condition idéologique structurelle: l'héritage franquiste jouit d'une bonne santé. Les descendants des plus fidèles militants, constituent la majorité de l'actuel cabinet, bien évidemment parce que les tenants du pouvoir ne le lâchent pas si facilement, en connaissent tous ses mécanismes et acceptent parfois de perdre leur place au gouvernement, mais pas le pouvoir.

Un fasciste est un bourgeois qui a peur

L'histoire dira à quel point la métastase autoritaire s'est imposée, à force d'éduquer des générations entières d'espagnols dans la plus absolue obscurité. L'histoire dira combien d'années et d'efforts seront nécessaires pour rétablir le civisme et la culture dans la péninsule ibérique. Le citoyen espagnol moyen, même s'il est progressiste, ne peut éviter de ressentir une certaine peur face a l'étranger, celui qui est différent, l'autre ; il a peur qu'on lui "vole son travail". Les détenteurs des pouvoirs politique ou médiatique ne font pas de grands efforts pour expliquer que les courants migratoires, phénomènes d'origine économique, ne seraient pas un problème dans un marché capable de les absorber. Cette peur, fondée par l'ignorance, donne de bons résultats, favorables à leur stratégie. Enfermé dans ce sens commun tacite, légitimé en silence par beaucoup de votants et par les ordres non écrits de leurs dirigeants politiques, les membres des forces de sécurité - où la métastase franquiste n'est même pas dissimulée- appliquent deux systèmes différents : la loi pour les espagnols, la matraque pour ceux qui ne le sont pas.

Si un fasciste est un bourgeois qui a peur, quel respect des droits de l'immigrant, qu'elles diabolisent, peuvent offrir les institutions espagnoles, représentantes d'une société qui vient à peine d'arriver au banquet de l'opulence européenne, avec un peuple, qui conserve le souvenir de décennies de famine encore fraîches dans l'esprit et dans les tripes, et une caste hiérarchique de pedigree autoritaire, habilement entraînée ?

L'avantage du Parti Socialiste Ouvrier Espagnole (PSOE) dans les sondages, ne nous leurrons pas, ne nous permet pas vraiment d'espérer un futur meilleur. Le PSOE des GAL (escadrons para policiers anti ETA qui existaient sous le contrôle du précédent gouvernement de Felipe González –PSOE-) pourrait parfaitement continuer la politique du Parti Populaire(PP). Converti en une machine électorale destinée à sa propre survie, le parti n’hésitera pas à adopter les même mesures que ses rivaux, s'il pense que les résultats peuvent être bons; en termes de votes. Il est seulement plus triste et honteux d'entendre certaines phrases dans la bouche d'un homme qui a un passé de gauche.

Pour tout ce qui a été exposé antérieurement, il serait important que dans les années à venir le regard international, surtout celui des institutions européennes, soit attentif a l'évolution de cette situation. Personne ne serait surpris que les statistiques des abus policiers et des procès irréguliers augmentent. Parce que, finalement, le gouvernement peut changer cette année, le pouvoir aura besoin de plus de temps. L'idéologie… qui sait?