Hongrie : les réfugiés sur une nouvelle voie ?

Article publié le 10 avril 2017
Article publié le 10 avril 2017

En Hongrie, les réfugiés ont la vie dure: depuis le début crise, le gouvernement multiplie les mesures en leur défaveur. Cependant, face à la dégradation de la condition des réfugiés, la société civile hongroise se réveille. De nouvelles initiatives émergent pour proposer une voie vers l'intégration. Explications à travers l'exemple de l'association MigSzol. 

Les fils de barbelés s’entortillent les uns dans les autres, formant une structure opaque et difficilement franchissable. Ils s’étendent sur les 175 kilomètres séparant la Hongrie de la Serbie. Depuis le 29 août 2015, la Hongrie a achevé la construction d’un mur pour endiguer l’afflux de migrants à ses frontières. Tout comme dans le reste du continent, le pays fait face à la crise migratoire, des vagues de nouveaux arrivants, pour la plupart réfugiés fuyant les conflits. Si l'Italie ou la Grèce font figurent de principales portes d'entrée dans l'espace Schengen, le renforcement progressif des contrôles aux frontières de ces deux pays a favorisé le développement de nouveaux points de passage. Au nombre de ceux-ci, la route des Balkans est devenue une voie d'accès privilégiée vers l’UE. La Hongrie, elle, se retrouve au milieu et constitue ce qu’on appelle un « pays de transit » pour les migrants qui ne font qu'y passer, dans l'objectif d'atteindre finalement l’Allemagne ou le Royaume-Uni.

Le gouvernement hongrois n'a pas tardé à répondre à ce flot de nouveaux arrivants, revenant sur plusieurs avantages leur étant auparavant accordés. Ainsi, en mai, il a annulé le contrat d’intégration, unique soutient financier aux réfugiés reconnus. Depuis la construction du mur aux portes du pays, le nombre d'entrées a chuté, passant de vingt personnes par jour à cinq. Dans le même temps, le gouvernement ferme progressivement les centres permanents et déplace les demandeurs d'asile dans des camps temporaires, près de la frontière et mal équipés pour l'hiver. Cette situation instable contribue à renforcer une opinion générale négative au sein de la population hongroise. En octobre 2016, une majorité d’électeurs hongrois a rejeté le projet de relocalisation de la Commission européenne, prévoyant des quotas d'accueil par pays. Bien qu'invalidé faute d’une participation suffisante, ce référendum traduit une atmosphère générale de rejet voire de xénophobie à l'égard des réfugiés en Hongrie.

Cependant, malgré la dégradation de leur condition, plusieurs réfugiés pourraient bien se voir condamnés à rester dans le pays. Le problème vient d'une réglementation européenne : le mécanisme de Dublin. Cette régulation place chaque demandeur d'asile sous la responsabilité d'un Etat membre. Ainsi, la prise en charge du demandeur d'asile revient au pays de l'Union par lequel il est arrivé. Les réfugiés présents dans un autre État membre peuvent être déportés vers le pays par lequel ils sont entrés dans l’Union, la Hongrie dans le cas présent. Le système ne tient pas compte des différences en termes de conditions de vie et de possibilités d’intégration entre les pays européens. 

Le défi de l’Europe ?

Confronté à ce paradoxe, MigSzol a décidé d'agir pour les réfugiés. L’action du groupe tend à favoriser leur intégration en Hongrie même. Son histoire remonte à novembre 2012 : des réfugiés afghans lancent alors des manifestations pour dénoncer leurs conditions de vie dans le camp de Bicske. Très rapidement, des locaux se joignent à leur protestation. Ensemble, ils décident de fonder une structure permanente, prenant le nom de MigSzol. Après le départ des Afghans pour l'Allemagne, l'association a dû élargir sa base militante, en travaillant sur ses idées pour mieux définir ses principes et le champ de son action. Celle-ci se structure autour de deux axes. D'une part, l'information : le groupe diffuse des rapports en hongrois et en anglais pour attirer l'attention sur la condition des migrants en Hongrie. Dans cet objectif, il se base sur un vaste réseau d'activistes et de bénévoles qui relaient leur action au niveau international. D'autre part, l'éducation : l’association propose des cours de langue hongroise afin d'améliorer l'intégration des migrants en Hongrie même.   

Aliz, professeur de hongrois, participe à cette seconde dimension. Elle a rejoint MiSzol après son installation à Budapest. Son projet : fonder une école proposant des cours gratuits aux réfugiés. « L'apprentissage de la langue représente le tout premier pas vers l'intégration. En visitant un camp de réfugiés, nous nous sommes rendu compte que même si beaucoup voulaient apprendre le hongrois, ils ne le pouvaient pas. Notre but est de leur  donner une connaissance rudimentaire du hongrois, afin qu'ils se débrouillent dans la vie quotidienne et prennent confiance en eux lorsqu'ils communiquent. » L'école MigSzol, qui a vu le jour en 2014, fonctionne grâce à l’engagement de natifs hongrois bénévoles. Si ses cours rencontrent un fort succès – ils ont dès le départ rassemblé 40 élèves – le projet va au-delà de l'aspect purement pédagogique. L'école constitue aujourd'hui un véritable espace communautaire : par l'organisation de pique-niques, dîners et autre évènements, elle permet aux réfugiés et Hongrois de se retrouver et de tisser des liens entre eux.

Tout comme dans le cadre de son école, MigSzol s'est fondé sur cette collaboration entre locaux, étrangers et réfugiés. « Je souhaitais faire partie d'un groupe aux membres égaux et capables d'agir ensemble dans un but commun, continue Aliz. Nous sommes une association locale, indépendante des partis politiques et sans hiérarchie. Nous tentons de faire reposer chaque décision sur un consensus. Il est important pour nous de ne pas travailler seulement pour les réfugiés, mais aussi avec eux. » 

Aujourd'hui, MigSzol et ses membres se veulent acteurs du changement. Comme le souligne Aliz, « il y aura toujours des jeunes qui militeront pour un avenir meilleur. En même temps, ils ont besoin d'être encouragés par ceux pouvant apporter plus de visibilité à leur travail. Ils doivent voir concrètement en quoi leur action influe sur les décisions politiques, en quoi ils peuvent faire entendre leur voix ». Encourager de telles initiatives représentera-t-il le défi de l’Europe ? A l'heure où certains tirent la sonnette d'alarme quant au respect de la démocratie et des droits humains, l'action d'associations telles que MigSzol pourrait bien apporter une solution au respect des « valeurs communautaires », en Hongrie et sur le reste du continent.