Hongrie et Tchéquie : les gouvernements de l’Est en crise

Article publié le 25 mars 2009
Article publié le 25 mars 2009
Le premier ministre socialiste hongrois annonce sa démission. Le gouvernement de son homologue tchèque, Mirek Topolanek, tombe en plein mandat européen. Deux événements concomitants qui en disent long sur les difficultés que traversent les démocraties de l’Europe de l’Est.

En Hongrie, le second gouvernement du socialiste Gyurcsany est mort né. Peu après sa création en 2006, au cours d’entretiens enregistrés et diffusés par les médias, Gyurcsany affirmait qu’afin de gagner les élections, il avait du cacher la réalité des difficultés que devait affronter la Hongrie ; ce qui le préoccupait. Sachant que des réformes libérales étaient nécessaires, cet entrepreneur hongrois a mené un gouvernement socialiste en coalition avec les libéraux du parti démocrate. Une stratégie qui n’a pas convaincu ni les chefs d’entreprises, ni les syndicats.

(kisdobos/flickr)L’ensemble des analystes hongrois et étrangers s’accorde pour affirmer que le grand mal du pays est sa concentration politique. Elle rend stérile chaque tentative du gouvernement pour signer des accords avec le principal parti d’opposition, les conservateurs du Fidesz. Ce dernier s’est « systématiquement opposé à toutes les propositions socialistes, tout en sachant que celles-ci étaient indispensables », nous explique Gergely Romsics, chercheur à l’Institut hongrois des relations internationales.

D’autre part, Andra Vértes, directeur du Think Tank hongrois GKI Economic Research, nous explique le réel problème de ce petit pays : « Ce n’est pas qu’il a une dette publique supérieure à la moyenne européenne, pas plus qu’un taux de chômage ou une inflation élevés. Le problème est que le pays dépend d’investissements privés étrangers à 70 % et ces investissements ont disparu avec la crise, laissant l’économie hongroise sans liquidités et subitement paralysée. » Aujourd’hui, tout porte à croire qu’en proposant comme nouveau premier ministre le libéral Lajos Bokros, un ex-compagnon de coalition gouvernementale, Gyurcsany souhaite enrayer l’opposition féroce que lui porte le Fidesz, qui a échoué lui-même à introduire des réformes libérales en Hongrie de 1998 à 2002.

Menace de tsunami politique

« Le problème, c'est que le pays dépend d’investissements privés et étrangers à 70 % »

Bien que les pays de l’Est ne forment pas un bloc homogène ; pour preuve, le rejet global il y a trois semaines d’une demande d’aide à l’UE (160 milliards d’euros pour venir en aide à ces pays en crise), le contexte actuel est classique, met en évidence les erreurs du passé, et annonce des crises à venir dans les gouvernements de l’Est. Les cas les plus évidents sont ceux de la République tchèque et de l’Ukraine.

En Ukraine, la crise a entraîné une chute drastique des prix du fer et de l’acier (représentant quasi la moitié des exportations du pays) et probablement dévoilé les faiblesses des réformes de la coalition libérale de Yúshenko et Timoshenko. Dans ce pays, on craint l’émergence de forces extrémistes qui incitent à la construction d’un nouvel Etat aux méthodes autoritaires, comme en Biélorussie par exemple.

Le 24 mars 2009, c’est au tour de la République tchèque d’occuper le devant de la scène. Son premier ministre a démissionné. Le gouvernement se soumet à une motion de censure qui pourrait mener à des élections anticipées ; ceci en pleine présidence semestrielle de l’UE. Les membres ultraconservateurs du gouvernement n’acceptent pas que Mirek Topolanek ait apporté son soutien à la ratification en chambre basse du traité de Lisbonne et leur unique solution, aussi surréaliste qu’elle paraisse aux yeux des libéraux comme des démocrates de l’ODS, est de s’allier avec les communistes.