Hong-Kong : quand le parapluie devient symbole de protestation

Article publié le 12 janvier 2015
Article publié le 12 janvier 2015

Des milliers de citoyens s'installaient dans les rues de Hong-Kong en septembre 2014 pour protester contre le joug de Pékin et appeler à plus de démocratie. Pendant dix semaines, le Mouvement des Parapluies a transformé le coeur politique et économique de l'ancienne colonie britannique en un espace clandestin de création et d'expression libre. 

Le 28 septembre 2014, des activistes bloquent les artères principales du centre des affaires de Hong-Kong. Dans la presse et sur Twitter, on peut voir des images surréalistes d'immenses boulevards désertés. Puisqu'on leur confisque leurs moyens légaux d'expression, les citoyens s'inventent un nouvel espace de parole. Détournée de sa fonction quotidienne, la rue va devenir une vaste toile blanche offerte à leur créativité.

Anthony Sarrus, motion designer de 24 ans et Agnès Tai, jeune scénographe originaire de Hong-Kong, ont pénétré cet espace éphémère de création collective avant son démantèlement final par les forces de l'ordre. Retour en images sur ce mouvement de protestation pacifique à travers  le témoignage de ces artistes.

Admiralty

Admiralty est un quartier de l'île de Hong-Kong, centre économique de la région. On y trouve principalement des bureaux et des bâtiments officiels.

« C'est le quartier qui abrite la partie la plus importante du mouvement. Les gens y sont très organisés : j'ai vu un endroit qui ressemblait à un petit café avec le wifi où ils se servaient de vélos d'appartement pour produire de l'électricité», explique Anthony. En effet, s'ils pratiquent la désobéissance civile, les jeunes d' Occupy Central n'en veillent pas moins à rester civilisés. Ils recréent dans leur camp un ordre social fondé sur l'auto-gestion. Pour assurer la survie du siège, ils s'organisent spontanément en groupes d'action assignés à différentes tâches, comme le recyclage et la collecte des déchets, la gestion des publications du mouvement ou encore l'assistance médicale. Les besoins élémentaires en eau et en nourriture sont assurés gratuitement grâce au soutien de sympathisants.

« On a également rencontré un couple de français qui avait réservé une tente sur couchsurfing », poursuit Anthony. « Les manifestants tenaient à jour une liste chiffrée de toutes les tentes, afin de toujours savoir lesquelles étaient disponibles. » En plein cœur de la cité de l'argent, les manifestants de Hong-Kong font l'expérience d'une économie solidaire.

Mongkok

Le quartier de Mongkok est situé sur la péninsule de Kowloon, partie continentale de Hong-Kong.

Un bras de mer le sépare de l'île. En réaction à l'usage par la police de bombes lacrymogènes sur les squatteurs de Central, le mouvement s'élargit et se déploie sur d'autres territoires, dont Mongkok. Occupy Central devient le Mouvement des Parapluies, en référence à la forme poétique de bouclier imaginée par les manifestants contre les attaques au gaz. Le parapluie s'impose alors comme le glorieux symbole du mouvement. Les artistes de tout bord s'emparent avec enthousiasme du potentiel esthétique de l'objet pour créer un véritable « Umbrella art », transformant Mongkok en galerie d'art contestataire : « Mongkok abrite la partie plus "créative" du mouvement. De nombreux artistes et graphistes y protestent à leur manière, en dessinant des caricatures de Leung Chun-Ying par exemple », explique Anthony. Encouragé par son succès, le mouvement développe même une forme d'artisanat autour de différents symboles et icônes : « Ils vendaient des porte-clés parapluie, des bracelets et ce genre de choses pour financer l'approvisionnement des manifestants en nourriture et fournitures diverses. » La symbolique joue en effet un rôle puissant dans l'identité du mouvement. Ci-dessous, des manifestants posent avec des figurines incarnant toutes deux la frontière entre le bien et le mal :  Bad Cop dans le film La Grande Aventure Lego, et Dark Vador de la saga Star Wars. Faut-il y voir une métaphore de l'avenir de Hong-Kong, qui peut soit prendre la voie d'une réintégration au régime de Pékin, soit d'un accroissement de son indépendance politique ?  

Le Lennon Wall

Un autre grand symbole du mouvement : le Lennon Wall. Ce « mur Facebook » du monde réel plaqué sur le bureau du gouvernement central de Hong-Kong accueille des milliers de messages de soutien et d'appel à la démocratie écrits sur des post-it colorés. Le résultat visuel qu'il offre en a fait une sorte d'œuvre d'art collective et spontanée. Le Lennon Wall original est en fait un mur de Prague qui se transforma dans les années 80 en un mémorial informel consacré au fondateur des Beatles. Dans un contexte de raidissement du régime communiste, ce mur constituait un espace d'expression populaire très mal vu par le pouvoir et provoqua plusieurs affrontements entre étudiants et forces de l'ordre. Pour les manifestants de Hong-Kong, il est le symbole d'un mouvement pacifiste de lutte pour la démocratie et la liberté. En s'inspirant du Lennon Wall de Prague, ils font ainsi du Mouvement des Parapluies un écho chinois à la « Révolution de velour » qui précipita en 1989 la chute du parti communiste. Une façon de tisser des liens de solidarité par-delà le temps et les frontières, et de réaffirmer le caractère universel de l'art comme moyen d'expression et de contestation pacifique.