Hong Kong : destination statu quo

Article publié le 12 décembre 2005
Article publié le 12 décembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’agriculture est au coeur des débats de l'actuel Sommet de l’OMC, se déroulant à Hong Kong du 13 au 18 décembre. Mais jusqu’où les parties concernées sont-elles prêtes à aller pour trouver un accord ?

Depuis les 15 dernières années, aucune question n’a plus divisé la communauté internationale que celle relative aux subventions agricoles, reléguant au second plan les autres sujets liés au commerce. Le succès des pourparlers de l’OMC dépendra donc de la capacité des pays en développement et des nations industrialisées à trouver un accord sur l’agriculture au sommet de Hong Kong. Pourquoi autant de divergences sur le sujet ?

Scission du monde industrialisé

Lorsqu’il s’agit de réduire les subventions ou de faciliter l’accès aux marchés aux produits issus de l’agriculture, les attentes du Groupe FIP (Five Interested Parties), dit des Cinq Parties intéressées et comprenant l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Inde, le Brésil et l’Australie, sont différentes. L’UE a souvent été perçue comme la dernière entité réfractaire au sein des pays développés car elle alloue à ses agriculteurs les subsides les plus importants tout en ayant instauré des mécanismes de distorsion commerciale empêchant les produits agricoles non provenant des 25, de pénétrer le marché communautaire. Le 28 octobre dernier, le Commissaire au commerce extérieur, Peter Mandelson, a présenté le schéma de réduction des tarifs le plus radical de l’histoire de l’UE, proposant une diminution de 46% de la subvention moyenne agricole. La réelle nouveauté de cette proposition réside dans le fait que même certains biens dits « sensibles » seraient inclus.

La proposition de Mandelson a froissé plusieurs pays membres de l’UE, notamment la France, qui redoute que cette mesure ne porte atteinte à son agriculture nationale. Par ailleurs, cette suggestion a été jugée insuffisante par les autres membres du groupe FIP. Les Etats-Unis ont ainsi manifesté leur mécontentement sur les coupes envisagées, loin de leur propre projet de diminuer drastiquement les barrières douanières, jusqu’à 90%. Ils n’ont en outre pas manqué de rappeler à leurs partenaires européens la nécessité de stopper les pratiques de distorsion commerciale s’ils souhaitent rester en conformité avec les règles de libéralisation du commerce de l’OMC. Washington s’est cependant retrouvé sous le feu des critiques car la loi agricole américaine pour 2002 (Farm Bill) avait prévu d'augmenter les aides pour les agriculteurs américains de 80%, coûtant au contribuable américain près de 183 milliards d’euros.

Du côté du Groupe de Cairns, de virulents appels ont été fait pour la libéralisation des marchés agricoles. Cette coalition hétérogène de 17 pays dont la production agricole est très compétitive et performante inclue pays développés et en développement. Le groupe a réclamé à l’UE d’être moins timide en matière de réformes et encourage ouvertement une plus grande libéralisation du commerce. L’Australie a par exemple qualifié les propositions de M. Mandelson de « changement positif dans la bonne direction » tout en critiquant l’insuffisance des mesures décidées, à l’instar de son collègue brésilien. Les deux pays sont d’ailleurs sceptiques sur la probabilité d’obtenir un accord satisfaisant d'ici les 2 prochaines semaines.

Des pays en développement peu impressionnés

Concernant l’issue du Sommet de Hong Kong, les pays en développement s’inquiètent de savoir s’il y aura un engagement général des pays industrialisés pour accroître l’accès de leurs leurs produits alimentaires au marché. Malgré les réductions de tarifs promises par les nations développées, les Etats en voie de développement ne sont pas si optimistes concernant les concessions occidentales, en apparence audacieuses. Le ministre du Commerce du Lesotho, Mpho Malie, critique ainsi le rythme peu rapide de la réforme agricole dans les pays développé ainsi que « le faible niveau d’ambition » de la récente proposition européenne sur la réduction des subventions. Parallèlement, certains membres de l’OMC ont identifié une lacune flagrante dans l'offre de M. Mandelson : 8% des catégories tarifaires de l’UE ne seront pas concernées par ce changement, signifiant que l’effort apparent consenti par les 25 est loin d’être aussi révolutionnaire qu’il n'y parait.

La libéralisation des services est un autre sujet de discorde figurant à l’ordre du jour du Sommet. Les Etats-Unis et l’UE, par exemple, favorisent une extension de la libéralisation des services visant à accompagner l’ouverture des marchés dans les pays moins avancés : ceux-ci ont de leur côté fait pression pour une plus grande ouverture des marchés agricoles des nations développées. Avec M. Mandelson arguant qu’il « n’a pas de plan pour faire une offre agricole plus importante », parvenir à un accord semble difficile. Quelque soit l’issue du Sommet de Hong-Kong, il est probable que le monde en développement ne recevra pas autant que prévu concernant les exportations de leurs produits alimentaires. Ce scénario de dissonances sans compromis pourrait se poursuivre jusque 2006, moment où les pays espérent négocier un accord mutuel sous des cieux plus cléments.