Home, Le Syndrome du Titanic : quand l’écolo fait recette

Article publié le 14 octobre 2009
Publié par la communauté
Article publié le 14 octobre 2009
Surfant sur la vague du film d’Al Gore en 2007, Une vérité qui dérange, sont sortis coup sur coup (respectivement en juin et octobre 2009) Home de Yann Arthus-Bertrand et Le Syndrome du Titanic de Nicolas Hulot.
Deux films qui se donnent pour mission de tirer la sonnette d’alarme sur l’état de la planète, de pointer les inégalités criantes de l’humanité, de changer les mentalités … Bref deux films écolos pur jus qui visent chacun à sensibiliser l’Homme sur le triste état de Mère Nature, portés par les deux géants verts du paysage politico-médiatique français.

Mais les deux réalisateurs ne se sont pas donnés les mêmes moyens. Yann Arthus-Bertrand, fidèle à sa réputation et à son expérience filme la terre vue du ciel et nous donne à observer la beauté de la nature conjuguée aux dégâts visibles de l’homme sur sa terre nourricière, avec pour résultat un film aux images splendides et terribles mais lent (pour ne pas dire ennuyeux).

Pour sa part le commentaire illustrant les images de Home, lu par le réalisateur, se veut résolument porteur d’espoir (le leitmotiv du film étant « il est trop tard pour avoir peur ») et croyant en la capacité des peuples à changer leur mode de vie. Yann Arthus-Bertrand adopte une méthode plus douce et pédagogique que Hulot pour faire passer son message, et donc plus à même de toucher les spectateurs.  Il faut tout de même avouer que le film sombre un peu dans le contemplatif esthétisant qui endormira plus d'un professeur de SVT bien pensant diffusant ce film/documentaire à ses élèves.

Pour soutenir Home, Yann Arthus-Bertrand a engagé une campagne de diffusion sans précédents, en diffusant à la fois (et en même temps) le film  à la TV, au cinéma, sur internet, en DVD et Blue-Ray, dans des lieux publics (Champ de Mars), le tout en plusieurs langues et dans le monde entier à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement le 5 juin. Le réalisateur dira même, le soir de sa diffusion sur France 2: « il n’y a pas de droits, il n’y a pas de copyright, montrez-le au maximum de gens »

Sa diffusion juste avant les élections européennes conjuguée à la victoire du parti écologique européen a d’ailleurs nourri de nombreux débats, preuve de son impact sur la population française. Preuve aussi que le médiatique plus que le politique modèle la vie de nos concitoyens...

 Nicolas Hulot pour sa part, délaisse totalement la nature et sa beauté, et se concentre sur l’humanité dans sa déchéance pour dresser un portrait désespérant de l’Homme, avec des images de pauvreté extrême, de malheur, de malnutrition. A celles-ci, Nicolas Hulot ajoute un commentaire ne déblatérant que banalités, situations déjà connues ou pire propos moralisateurs et raccourcis grossiers qui, s’ils desservent complètement le film, servent par contre le modèle politique qu’il cherche à prôner depuis maintenant plusieurs années.

Même si certaines images chocs resteront gravées dans les mémoires (notamment cette séquence où des touristes filment et photographient une tribu namibienne dans son quotidien, ou ces africains qui prient pour le dieu Business) le film en assenant d’un ton péremptoire ses idées en dégoûtera plus d’un, et laissera les autres au mieux indifférents. Apparemment Nicolas Hulot ne connait pas les vertus de la pédagogie ou alors n’a pas souhaité les appliquer à son film.

A cette appréciation (personnelle bien entendue) du Syndrome du Titanic s’ajoute aussi un problème plus profond de portée du message transmis. En effet qui va réellement aller voir ce film (qui lui n’est disponible qu’au cinéma) -c'est-à-dire dépenser 8€  et une soirée- à part les personnes déjà sensibles à la cause écologique et déjà au fait des situations décrites dedans ? Contrairement à Yann Arthus-Bertrand qui a tout fait pour diffuser Home de la manière la plus étendue qui soit (et ainsi toucher le plus de monde possible),  Le Syndrome du Titanic risque bel et bien d’être confiné aux salles d’Art et d’Essai et à son public acquis à la cause écologique.