Hollande vu de Belgique… et d’Europe

Article publié le 8 mai 2012
Article publié le 8 mai 2012
Par Aris Kokkinos La Belgique s’est passionnée pour l’élection présidentielle française, du Premier ministre Elio Di Rupo au public. Epargnés par la loi française sur la divulgation des résultats, les médias belges ont été pris d’assaut par les internautes lors des deux tours, leurs estimations étant aussitôt twittées par les merles moqueurs sous des hashtags comme #RadioLondres.
Dans le reste de l’Europe, on suit aussi de près cette élection. Ce 7 mai, au lendemain du second tour, le hub journalistique Journalists@YourService organisait un debriefing sur la victoire de François Hollande.

Philippe Ricard, journaliste au Monde, et Pascal Delwit, politologue à l’Université Libre de Bruxelles, répondaient aux questions des journalistes présents. Les deux intervenants ont souligné l’événement que représente le retour d’un socialiste à l’Elysée après 17 ans, mais ont aussi relevé les défis qui se posent d’emblée sur sa route.

Pour Philippe Ricard, cette victoire est certes celle d’un candidat de gauche, mais c’est aussi une victoire sans enchantement, les deux France ayant mobilisé énormément. Ce qui se vérifiera au troisième tour, celui des élections législatives des 10 et 17 juin prochains. S’il les remporte, le Parti socialiste sera-t-il assez fort pour former un gouvernement, ou devra-t-il compter sur le soutien du Front de gauche, voire du Modem ? Dans l’autre camp, l’UMP est sous pression. Sa droitisation sera difficile à gérer.

Pascal Delwit a rappelé l’ancrage keynésien du programme de Hollande. Le nouveau président veut adosser une dimension de croissance au pacte budgétaire européen, et refuse d’inscrire la règle d’or dans la Constitution française. D’où une double difficulté : celle des moyens, car une relance keynésienne suppose des dépenses ; et celle des alliances, car François Hollande aura du mal à convaincre ses homologues, et principalement la chancelière allemande Angela Merkel.

Pour sa part, Hollande veut maintenir le lien étroit avec l’Allemagne, tout en rééquilibrant les rapports entre états membres. S’il n’aura pas la partie facile avec Berlin, au moins peut-il espérer le soutien d’autres capitales.

« Paris-Athènes », en passant par Francfort

Pour Ricard et Delwit, si le tsunami annoncé en France n’a pas eu lieu, Nicolas Sarkozy ayant fait un score honorable, il s’est par contre produit en Grèce, où on votait le même jour pour des législatives anticipées qui ont chamboulé le paysage politique.

Hormis l’œuvre littéraire de Vassilis Alexakis, il y a un point commun entre Paris et Athènes : celui de la dette souveraine. Si à Paris les marchés ont digéré l’arrivée de François Hollande, le monde de la finance privilégiant les actes aux paroles, ils ont carrément dévissé à Athènes, perdant près de 7% le 7 mai.

Le spectre de la crise grecque refaisant surface, la BCE risque de faire la sourde oreille à propos du mémorandum sur le traité budgétaire, souhaité par Hollande. A peine élu, le Don Quichotte de la gauche européenne a déjà des moulins sur sa route.