Hollande : dans la tête des électeurs de Geert Wilders

Article publié le 14 mars 2017
Article publié le 14 mars 2017

Pourquoi Geert Wilders est-il si populaire, alors que la Hollande est l’une des plus fortes économies d’Europe ? Nous avons rencontré Bert Bakker, assistant professeur en communication politique et journalisme à l'École de Recherche en Communication d'Amsterdam, pour nous expliquer les relations entre les comportements politiques et la psychologie de certains électeurs. 

cafébabel : Pourquoi Geert Wilders est-il si populaire dans un pays qui obtient de si bons résultats économiques ?

Bert Bakker : Les performances économiques n'expliquent pas les préférences électorales. La chose importante avec Wilders, c’est que ses positions sur des enjeux clés (anti-immigration, anti-UE) correspondent à l'état d'esprit général de la population néerlandaise. Le fait que Wilders soit progressiste sur le plan social (cannabis, droits LGBT...) l’aide aussi un peu, bien que ce ne soit pas l'une de ses priorités. Et, bien sûr, il reste le candidat « anti-establishment ».

cafébabel : Pensez-vous qu'il y est une relation entre les revenus d'une personne et sa probabilité de voter pour Wilders?

Bert Bakker : La fondation Bertelsmann a publié un rapport sur cette corrélation, et elle est terriblement forte. Il y a également des groupes très éduqués, avec des revenus élevés, qui votent pour Wilders. Un salaire plus bas ne rend pas plus certain la probabilité de voter pour le PVV (Parti pour la liberté, ndt). Selon moi, pour expliquer l'attraction que produit Wilders, il faut se concentrer sur ses positions politiques, ainsi que sur des facteurs psychologiques.

cafébabel : Que pouvez-vous nous dire sur le lien entre les traits psychologiques des électeurs et le soutien aux mouvements populistes ?

Bert Bakker : Il y a cinq principaux traits de personnalité : l'ouverture, la « consciencieusité » (le fait d'être consciencieux, ndlr), l'extraversion/introversion, l'amabilité, le névrotisme. Ils existent des liens directs et linéaires entre certains traits psychologiques et la tendance à soutenir des partis populistes. En général, les partis populistes partagent tous une même rhétorique antiélitiste et anti-establishment. Cette rhétorique trouve un bon écho chez la personnalité de certains électeurs, en particulier ceux avec un niveau bas « d'amabilité».

cafébabel : Cela change-t-il en fonction de l'idéologie ?

Bert Bakker : Les données confirment une tendance similaire pour les électeurs des partis populistes aux Pays-Bas, en Allemagne et aux États-Unis, et ce dans tout le spectre politique. Cela explique pourquoi les partis populistes des deux extrêmes peuvent coexister. D'une manière ou d'une autre, là où le niveau « d'amabilité » est bas, on observe une plus grande acceptation de la rhétorique populiste.

cafébabel : Y a-t-il une relation entre le positionnement géographique et les traits de personnalité ? Cela expliquerait également la division marquée au Royaume-Uni sur la question du Brexit, entre les milieux ruraux et urbains.

Bert Bakker : Si vous poussez la logique à ses limites, oui. Mais cela reste à prouver.

cafébabel : D'où vient l'électeur moyen du PVV ?

Bert Bakker : Il faut se rappeler que, malgré cette rhétorique anti-establishment, le PVV est un parti établi aux Pays-Bas. C'est un parti qui compte depuis plusieurs années. Pour des étrangers, il peut paraître comme un simple parti protestataire, mais pour un Néerlandais qui vote pour la première fois, le PVV représente une option parmi d'autres.

cafébabel : Mais le PVV a-t-il pris des voix aux autres partis ?

Bert Bakker : Le principal concurrent du PVV est le parti socialiste qui est aussi une formation anti-establishment et progressiste sur le plan social. Dans le même temps, à droite, Wilders est assurément en compétition avec les autres partis conservateurs. Enfin, les récente enquêtes montrent qu'il y aura une bonne participation électorale aux Pays-Bas. Le PVV pourrait profiter des personnes qui ne votent pas d'habitude.