Ho Che Anderson : «Ne jamais s'arrêter de dessiner »

Article publié le 26 novembre 2007
Article publié le 26 novembre 2007
Auteur de 'King', la BD biographique 'non autorisée' sur Martin Luther King, ce dessinateur canadien de 38 ans évoque un milieu de la bulle très 'blanc' ainsi que quelques une des frustrations du métier.

J´arrive en retard à la Galerie d’Art Mirada mais mon interlocuteur m´attend patiemment. Ho Che Anderson est un dessinateur de BD dont l'ouvrage le plus connu, édité par 'Graphic Novel' retrace l´histoire du leader afro-américain Martin Luther King. Grand, noir avec des lunettes sombres, il ressemble à un acteur hollywoodien. C'est la première fois qu'en Italie, il est invité au festival de la bande dessinée 'Komikazen'. Je l´invite à prendre une bière au bar.

Une enfance en science-fiction

Anderson naìt à Londres en 1969 mais à l´âge de cinq ans, il déménage avec ses parents à Toronto. L'histoire classique d´une famille anglaise qui émigre au Canada pour trouver du travail. Lui dessine depuis tout petit mais ne fréquente aucune école d´art. « Je n´aimais pas, enfin, ce n'était pas pour moi ». Avant d' ajouter : « je ne cherche pas à dévaloriser l´enseignement de l´école mais il faut avant tout être motivé et avoir envie d´apprendre tout seul ».

Durant son enfance, il se plonge tout seul dans la lecture de bandes-dessinée de science-fiction qui foisonnent alors sur la scène alternative canadienne des années 80. Parmi ses préférés, 'American Flagg !' de Howard Chaykin et 'Love&Rockets' des frères Hernandez.

Mais c´est 'Ronin', un opéra graphique de Frank Miller, aujourd´hui plus connu du grand public pour les adaptations cinématographiques de ses bandes dessinées 'Sin City' et '3000', qui fait rêver le jeune Anderson : « Je n´avais jamais rien vu de pareil jusque là. C'est à partir de ce moment que j´ai compris que je voulais faire ce métier moi-aussi ».

Une lettre qui change tout

Alors qu´il n'a pas encore atteint sa majorité, Anderson commence à frapper aux portes de plusieurs maisons d´édition. Il essuie de nombreux refus puis fait ses premières armes à Toronto chez 'Vortex Comic', un éditeur très actif à l´époque dans l'univers de la bulle canadienne d'avant-garde.

Jusqu'à ce qu'il reçoive une lettre qui change tout. «C'était une lettre d''Eros Comix' qui recherchait des collaborateurs. J´ignore pourquoi elle m'était adressée, mais j´ai saisi cette chance et je me suis lancé la tête la première ».

En fait, il s´agit d´un nouveau projet de BD, lancé par de 'Fantagraphics', la maison d'édition basée à Seattle, une référence dans le domaine de la BD underground. En peu de temps, avec son album 'I Want to be Your Dog', inspiré d´un morceau célèbre d´Iggy Pop, Anderson débute dans l´industrie de la bande dessinée.

Lorsqu'il évoque cette période, il a le verbe facile et semble décontracté. Les bières arrivent, nous trinquons et reprenons notre conversation. Une chose le marque : alors qu'il fait ses premières armes, il réalise que l'univers de la bande dessinée est quasiment uniquement peuplé de blancs et très peu de noirs. Une constation qui le mènera rapidement à son album phare.

Martin Luther King, dragueur à l´égo hypertrophié

'Fantagraphics' recherche à l'époque un auteur pour la biographie de Martin Luther King. Anderson est retenu car c´est le seul dessinateur de couleur sur le marché. Lui reconnaît qu´il n´est pas la personne la plus « qualifiée », il connait alors peu de chose sur la vie du leader américain, mais il accepte. Son 'King' retrace les péripéties d'un dragueur à l´égo hypertrophié, une image considérablement dégradée par rapport à l´iconographie officielle qui le montre comme un leader charismatique sans reproches. La fiction est mêlée à une recherche rigoureuse.

Le leader noir est vu avant tout comme un homme partagé entre la sphère publique et privée. Pour en décrire les caractéristiques, il utilise une technique narrative inspirée du film de Warren Beatty, 'Reds'. Ainsi, grâce à une galerie de témoins qu´Anderson fait parler, ce sont des jugements basés sur des faits réels à 99%, racontés par des gens qui ont vécu cette époque, qui décrivent Luther King dans toute sa complexité : ses vertus, sa passion pour les femmes et pour le pouvoir. Un tableau qui n´a d'ailleurs pas manqué de choquer la veuve du leader, décédée en 2006.

Cette œuvre en trois volume a nécessité « plus de dix ans pour être achevée. Si j´ai accepté au départ la proposition avec beaucoup d´enthousiasme, j´ai fini par crouler sous le poids du travail ». Le manque d´argent qui se manifeste en outre durant les premières années de sa carrière l'oblige à se consacrer à d´autres projets. La frustration le gagne.

Anderson traverse alors une période de crise et il lui faudra sept ans pour terminer le second volume. Mais le résultat final est remarquable. Il est applaudi par la critique et le public tant en Amérique du Nord qu´en Europe, deux marché dont les goûts sont, d´après lui, assez uniformes. « Je suis dans l´attente des réactions négatives qui finiront bien par arriver un jour ou l´autre », plaisante-t-il aujourd'hui.

LE CV DE HO CHE ANDERSON

</>Anderson le sulfureux

«<>Je crois que mes parents le savaient que je dessinais des bandes dessinées 'hard', même si je me doute qu´ils ne les ont jamais lues ».

Anderson à propos de la BD 'Maus' de Spiegelman

« Je n´ai jamais compris pourquoi nos livres sont exposés côte à côte, c´est ridicule. Ils sont complètement différents.

Les conseils d'Anderson pour devenir un caricaturiste

Anderson et la profession

«Si tu veux devenir dessinateur de bande dessinée pour l´argent, les femmes ou la réputation, je crois que ce ne sont pas les bonnes motivations. Il faut de la passion et il ne faut jamais s'arrêter de dessiner. »

Anderson et l´avenir

Son projet en cours s´appelle 'Godhead' : dans un futur proche une multinationale construit une machine pour entrer en contact direct avec Dieu. Le Vatican n´apprécie pas et envoie des mercenaires pour détruire l´engin diabolique.

Photo en page d´accueil : Anderson au Festival 'Komikazen' (Photo Emanuele Grifoni). Dans le texte (Photo Emanuele Grifoni); diaporama (Ho Che Anderson); (video Marco Riciputi)