Histoire et frontières à Jérusalem - Franck Saurel (ùmido)

Article publié le 16 août 2007
Publié par la communauté
Article publié le 16 août 2007
Très chers amis, Les frontières...une réalité d'une troublante cruauté ici. Le seul espace qui soit ouvert reste le ciel. Je me perds dans les ruelles de la vieille ville, quartier chrétien, musulman, juif. J'ai essayé ce matin d'entrer sur l'esplanade de la mosquée. Pour la deuxième fois, un barrage de police m'en interdit l'accés, cette porte est fermée...

Alors qu'hier, un autre policier, car toutes les entrées sont surveillées par la police israélienne, m'assurait qu'entre 7h30 et 10h30 il me serait possible d'entrer...Je contourne, tente une autre porte...impossible. Qu'est ce qu'il y a de si dangereux de l'autre côté, qu'est ce qu'on ne veut pas que je vois?...L'union des religions, la quête de la spiritualité, n'est peut-être qu'une vitrine. Synagogues, mosquées, églises, quartiers juxtaposés sont dans cet espace...mais pourquoi tous ces flics armés, les militaires, les barrages, les caméras de surveillance...Je vous le dis pour avoir eu la chance de voyager pas mal de fois, Jérusalem n'est pas un coupe-gorge. Alors pour quelle sécurité ? Nous connaissons tous les dangers de ce terme en France et comment il a résonné dans nos urnes. Si on ne veut pas que j'entre, c'est qu'on me cache quelque chose...ou qu'ils pensent me protéger de ce qu'il y a derrière. Derrière, je sais qu'il y a un des hauts lieux de pèlerinage des Musulmans, derrière il y a Jérusalem-Est, derriere il y a la Cisjordanie, la Syrie, l'Irak, l'Afghanistan...l'Orient.

Je me promenais sur la via Dolorosa, qui est ici le chemin de la passion du Christ, qui traverse le quartier musulman de Jérusalem pour finir au Saint Sépulcre...Et je voyais, non plus la paix mais une illusion de paix dans les rues, dans les frontières qui séparent les quartiers. Cette terre est vraiment la terre où coulent 'le lait et le miel', celle du Désert du Néguev, des plages de Tel Aviv, une eau transparente et douce, des oliviers, des fleurs aux couleurs chatoyantes, tout ici est beau. Le paysage est une question essentielle ici, dans la mesure où la venue des Juifs en actuel Israël l'a modifié. Des Arabes vivaient sur les lieux des actuels universités et parkings, et il reste peu de choses visibles de cette présence sur le territoire. J'ai vu un cimetière palestinien transformé en jardin avec l'inscription 'jardin de l'indépendance'; les quelques maisons palestiniennes qui ont resisté aux différentes vagues d'entreprises immobilières sont transformées en restaurants 'typiques', ou menacées de destruction par l'Etat...Pour les populations qui vivent à l'intérieur, c'est l'expulsion, elles seront relogées, bien sûr, mais les vestiges disparaissent. J'ai vu les ruines d'un hôtel pour marchands datant du 12ème siecle, l'époque où les Arabes grâce à Salladin avaient repris Jérusalem et règnaient sur 'cette terre'. Ce patrimoine est aujourd'hui entretenu par la population arabe qui assure sa conservation bénévolement...les exemples sont trop nombreux...si on ne m'avait pas dit: "Ici vivait" ou encore "tu vois cette maison là-bas? Regarde bien...", je n'aurai rien vu. Encore une fois on ne me montre que ce qu'on veut bien me faire voir.

Aujourd'hui je passe de l'autre côté, je traverse la frontière pour la Cisjordanie et je ne sais pas quand je pourrai envoyer des nouvelles...en tout cas je pense à vous tous. Je vous écrirai bientôt.

Merci pour vos réponses nombreuses, elles m'ont fait du bien.

Franck Saurel (ùmido)