Hinkley Point : le contrat pour la différence se poursuit malgré les critiques

Article publié le 13 août 2015
Article publié le 13 août 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Validé par la commission européenne, le projet de centrale nucléaire de Hinkley Point au Royaume-Uni aura bien lieu et avec lui la concrétisation du nouveau mécanisme de soutien financier pensé par le gouvernement britannique pour l'ensemble des énergies décarbonées, qu'elles soient renouvelables ou nucléaire. 

Le gouvernement de David Cameron a conclu un accord final de principe avec le groupe français d'électricité EDF et le feu vert officiel devrait être annoncé après la pause estivale du parlement, selon les informations du quotidien The Independant. 

Malgré l'opposition de plusieurs collectivités et énergéticiens allemands et autrichiens, le mécanisme de soutien étatique mis en place dans le cadre du projet de centrale nucléaire Hinkley Point en Angleterre devrait finalement voir le jour. La Commission européenne avait validé ce dossier en octobre dernier en considérant "le projet britannique amendé visant à subventionner la construction et l'exploitation" de cette centrale comme conforme aux règles de l'UE en matière d'aides. 

La décision a été officiellement publiée le 28 avril 2015 et confirme ainsi le "contrat d'écart compensatoire" (contract for difference, en anglais) qui garantira durant 35 ans des recettes stables à EDF Energy. L'entreprise bénéficiera d'un prix de vente de l'électricité produite par les deux réacteurs, appelé "prix d'exercice", indexé sur l'inflation et fixé à 92,50 livres par mégawatheure (MWh). Lorsque le prix de marché est inférieur au prix fixé, EDF Energy percevra la différence. En cas inverse, l'entreprise versera la différence. L'entreprise bénéficiera d'autre part d'une garantie de l'Etat couvrant l'ensemble de la dette qu'il lèvera sur les marchés financiers pour la construction de la centrale. 

Considéré par certains comme une distorsion de concurrence au détriment des énergies renouvelables, le système du contrat pour la différence est avant tout destiné à soutenir le développement des grands projets énergétiques soumis et affaiblis par l'instabilité du prix du marché de l'électricité et à sécuriser les investissements nécessaires. Le projet de Hinkley Point participe quant à lui au renforcement de la coopération bilatérale franco-britannique et de ses retombées en termes d’activités et d’emplois et illustre la place que peut jouer l’énergie nucléaire, aux côtés des énergies renouvelables, dans l’atteinte des objectifs de réductions de gaz à effet de serre que se sont fixés les pays de l’Union européenne.

Etape majeure dans la réalisation du projet, l'aval de Bruxelles respecte dans les grandes lignes les éléments de l'accord fixé en 2013 et a permis de passer à la phase de concrétisation. Le ministre de l’Energie et du Changement climatique britannique et EDF se seraient d'ailleurs accordés au début du mois d'août sur le projet de construction des nouveaux réacteurs EPR et les garanties de financement correspondantes. Deux sociétés chinoises CGN et CNNC devraient s’allier ici au groupe EDF afin de participer aux lourds investissements de base à hauteur des deux-tiers. Un contrat de 25 milliards de livres (environ 36 milliards d'euros) devrait être signé dans les semaines à venir puis ratifié par David Cameron et Xi Jinping, le président chinois, lors d'une rencontre prévue au mois d'octobre. 

Pour rappel, le projet nécessitera "un financement par l'emprunt de 21,6 milliards d'euros et sera doté au final d'un capital de quelque 43 milliards d'euros environ. Les frais de construction sont estimés à environ 31,2 milliards d'euros", selon le dernier rapport de Bruxelles.