Herman Van Rompuy : y-a-t-il un président pour sauver la zone euro ?

Article publié le 14 décembre 2010
Article publié le 14 décembre 2010
Les scénarios sur la fin de la zone euro sont à la mode. Aujourd'hui, parier sur la mort de l'UE revient à crier au loup, et ça, Herman Van Rompuy n'en a cure. Celui dont on ridiculise la « prestance d'un petit employé de banque » au Parlement européen pourrait-il être le président qui fait autorité dont l'UE a tant besoin en cette période de crise ?
Leader charismatique, peut-être pas, mais le charme a opéré à Sciences Po Paris, où le premier président du Conseil européen est allé parler aux jeunes. Une babélienne a glissé une oreille attentive.

Herman qui ? Réaction normale de toute personne qui ne se confronte pas plus que ça aux institutions européennes. Le Conseil européen, que le belge Van Rompuy dirige en tant que président depuis le 1er janvier 2010 et pour une durée de 2 ans et demi, est en effet une « curieuse institution ». C'est ce que reconnaît le dirigeant au micro – on l'a installé sur la scène, dans un fauteuil noir - et l'on voit son soulagement quand éclate dans la salle un rire collectif. En temps normal, il n'est pas habitué à tant d'égards pour sa personne. Lors de la première apparition du Belge au Parlement européen, le populiste de droite anglais Nigel Farage lui a reconnu « le charisme d'une vieille serpillère » et la « prestance d'un petit employé de banque ». En Grande-Bretagne, la presse à scandale octroie volontiers à Van Rompuy le surnom peu flatteur de Rumpy Pumpy.

Leader charismatique vs. marionnette démunie

Un surnom un peu piquant, mais ce n'est pas une raison pour se laisser aller !Le problème, c'est que ce que l'on attend exactement du titulaire de la fonction récemment créée de président du Conseil Européen n'était, déjà au départ, pas vraiment clair. La présidence tournante du Conseil, que chaque pays membre de l'UE assure 6 mois durant sur le principe de rotation, donnait et donne au gouvernement de chaque pays l'occasion volontiers saisie de se donner en représentation. Que faire alors d'un président attitré du Conseil qui vole une partie de la vedette ? Mais un candidat charismatique ne représente-t-il pas beaucoup mieux l'Europe ? « Charismatique » est pourtant un concept plutôt mal assorti au personnage de Van Rompuy. Mais ce dernier n'est pas non plus la marionnette sans ressources des grands Etats européens. C'est ce qu'il prouve à Paris. Il n'est pas la bête de scène qu'était l'ancien président de la Commission Jacques Delors (assis au premier rang et salué d'une poignée de main distinguée) car il n'en a pas les manières avenantes, aucune interjection ne fuse du public. Il fait tout d'abord un exposé d'une demi-heure. Le thème en est « Les grands défis de l'Union Européenne » et Van Rompuy se limite intelligemment à deux aspects, à savoir la nécessité d'un gouvernement économique européen et la place de l'UE dans le monde. Il salue son public d'un « Chers Européens » et cela ne fait pas du tout compassé. Ni les petites boutades essaimées avec prudence au long de son discours. On rit, le président du Conseil s'en réjouit.

L'UE, un « Dasein » au sens de Heidegger

Puis vient le débat. D'abord quelques questions de Tommaso Padoa Schioppa, en sa qualité de président de l'association Notre Europe, qui a invité Van Rompuy à venir fin septembre à Paris. Les réponses : pas vraiment en profondeur mais les questions ne l'étaient pas non plus. Puis des micros circulent dans la salle en direction d'étudiants plus ou moins nerveux, la presse a elle aussi le droit de prendre la parole. Les réponses de Van Rompuy ne révolutionnent pas le monde (ou plutôt l'Europe). Et pourtant, il apparaît bien que cet homme a une vision personnelle de l'Europe et qu'il la défend. Quand il parle librement, il est beaucoup plus sûr de lui et beaucoup plus éloquent. Et il prouve qu'il peut aller vers son public : « Il y a aujourd'hui une nouvelle génération d'Européens. Celle-ci n'a pas participé à la création de l'UE mais elle la vit. Pour elle, l'Europe est un Dasein au sens de Heidegger – elle est un fait, on ne peut pas en faire abstraction. » Une description pertinente de la génération Erasmus et un moyen de savoir que le président du Conseil ne séchait pas la philo à l'école.

La force de l'homme politique belge tiens à son esprit de synthèse : « L'Europe est quelque chose de quotidien, mais on ne la vit pas simplement au jour le jour », dit-il et on peut soudain se représenter la patience avec laquelle il supporte tranquillement les sorties de, au choix, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi ou des Britanniques eurosceptiques – pour finalement leur déclarer à sa façon quelque peu rigide : « Mais, Messieurs, vous devez comprendre que l'Europe ne tombe pas du ciel. Laissez-nous travailler à ce projet et trouver un compromis. »

« L'employé de banque » de l'Europe, un homme en arrière-plan

Okay, Rumpy Pumpy ne portera jamais le drapeau européen à la tête d'une foule exultant à travers les rues. Ce n'est pas sur lui que comptent les Irlandais pour prendre des décisions d'urgence et tenir des discours enflammés, mais le Président du Conseil européen sait mettre les mots sur la crise actuelle que traverse l'Europe : « Nous devons tous travailler ensemble pour survivre dans la zone euro parce que si nous ne survivons pas, nous ne survivrons pas avec l'Union européenne », a-t-il déclaré fin novembre devant le Centre de Politique européenne. Et peut-être n'est-ce pas mal du tout d'avoir un « employé de banque » qui s'active en arrière-plan et limite les chefs d'Etat et de gouvernement d'Europe durant leurs ego-trips. Qui fait de temps en temps une petite blague. Et qui se réjouit sincèrement lorsque quelqu'un y rit. Pour le leader charismatique, par contre, on reviendra.

Photos : Une (cc)somebaudy/flickr; Banker (cc)thehutch/flickr; Superheld (cc)gwenflickr