Herman Van Rompuy, une Présidence work in progress

Article publié le 11 mai 2010
Article publié le 11 mai 2010
Photo : © Mouvement Européen Belgique Depuis son élection en novembre dernier, Herman Van Rompuy a eu l’occasion d’apprivoiser son nouveau poste. L’ancien Premier ministre belge est venu présenter son travail après trois mois de mandat aux membres du Mouvement européen Belgique. Le Président permanent a répondu aux questions des citoyens avec humour et prudence.

Par Zoé de York

Photos : © Mouvement Européen Belgique

Une rencontre avec le premier Président permanent du Conseil européen n’est jamais cousue de fil blanc. En sa qualité de Président, Herman Van Rompuy doit être réactif et lorsque le gouvernement grec demande officiellement l’aide de l’Union européenne et du FMI, son planning est bousculé. Mais malgré cela, l’ancien Premier ministre belge a tenu à honorer son engagement et a passé une heure et demie en compagnie des membres du Mouvement européen Belgique. Dans le public, la jeune génération se mêle aux anciens et à la presse.

Herman Van Rompuy arrive face à un parterre familier. Les spectateurs, des européens convaincus, sont Belges et ont connu le Président permanent du Conseil européen avant que le couple franco-allemand n’en fasse l’homme du moment.

Un poste historique

Le poste du premier Président permanent du Conseil européen est le résultat d’une longue histoire. Le Président rappellera les faits marquants de ce passé (des pères fondateurs à la Convention européenne de 2002, en passant par les doutes du début des années 70) avant d’entrer dans le vif du sujet : la mise sur pied de la Présidence permanente, véritable coquille vide du Traité de Lisbonne.

« Ce poste n’est pas celui à proprement parler d’un Président, ni même d’un Chairman, déclare M. Van Rompuy, en ce sens qu’il ne peut s’exprimer au nom de l’Europe, sans en consulter les chefs d’États et, à défaut, de causer dommage à l’Union. » Mais le Traité de Lisbonne lui impose plus de tâches que le simple rôle d’arbitre : il doit se charger des questions de politique étrangère et de défense commune. Mais selon le nouveau président, un aspect important de son rôle est de convoquer le Conseil.

Herman Van Rompuy insiste : les règles formelles sont peu nombreuses, « j’ai donc établi des contacts informels dès le départ » avec le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, qu’il rencontre toutes les semaines, avec le Parlement européen, « même si je n’ai pas de comptes à leur rendre », avec l’eurogroupe et avec le Premier ministre espagnol qui a la présidence tournante jusqu’au premier juillet. Le Premier président permanent en est même venu à présider, de manière informelle, le conseil de l’Eurozone.

Quant à la présidence belge, la situation dans laquelle se trouve son pays ne lui échappe évidemment pas. L’ancien Premier ministre belge souhaite voir la situation se régler le plus rapidement possible « pas uniquement pour les intérêts belges, mais aussi pour l’intérêt européen en général. »

Events, my friend, events

Monsieur Van Rompuy est également revenu sur ses réalisations après les 100 premiers jours de sa présidence. La stratégie de Lisbonne et EU 2020 ont eu la part belle avant l’arrivée de la crise grecque : « Un événement qui s’impose et qui nous oblige à agir. » En guise d’illustration, le Président a rappelé la réponse de l’ancien Premier ministre britannique Harold McMillan quand un journaliste lui demandait comment étaient définies ses priorités : « events, my friend, events ».Herman Van Rompuy au MEB Mais l’enjeu est grave, puisque au-delà de la Grèce, c’est bien la stabilité de la zone euro qui est en jeu pour le Président du Conseil. « Les traités ne prévoient pas une telle situation, il n’existe pas de mécanisme de solidarité pour un pays qui est dans une situation de financement très délicate. » À la demande du Conseil, Herman Van Rompuy déclare travailler à trouver « des solutions structurelles pour éviter et/ou faire face à de telles situations à l’avenir. » Il ajoute qu’il attache la plus grande importance à cette mission, mais prévient : les conséquences des crises financière, économique et budgétaire vont rendre les deux années de son mandat très difficiles. « C’est une question de survie pour notre Europe de retrouver une force économique importante. Et on doit le faire ensemble. » Pour autant, le président permanent affirme : « on ne va pas se mettre à la place des structures nationales. » Il s’agit donc de mettre les gouvernements des États membres sur la même longueur d’onde et de les inciter à davantage de compétitivité sur les coûts et les produits. Il insiste : « on n’aura même pas l’ombre d’une majorité pour se substituer à ces institutions dans les États membres, comme on n’aura pas le budget à la place des États membres. On peut les inciter à diminuer un déficit mais c’est à eux à prendre les mesures nécessaires. »

La réussite de la politique étrangère

Le nouveau Président souligne également le travail effectué par Catherine Ashton notamment en ce qui concerne l’Afghanistan, où l’Union a une position propre tout en laissant une liberté aux pays membres. Mais également l’Iran où « les grands et les petits pays ont la même position, et l’Iran est un des grands problèmes dans le monde politique. » Selon Herman Van Rompuy, le Traité de Lisbonne, en créant les postes de Haut Représentant et de Président permanent, n’affaiblit pas le Parlement européen. Il jouerait même un très grand rôle : « pour la mise sur pied du service externe, il faut un accord entre les trois institutions. Le Parlement a également le pouvoir budgétaire. Il peut donc influencer la politique. » L’ancien Premier ministre prend en exemple l’accord SWIFT qui n’a pas été ratifié par le Parlement. Van Rompuy s’exclame : « le Parlement est le grand vainqueur du Traité de Lisbonne ! », avant de se reprendre : « à part la Présidence permanente bien sûr. »