Helsinki : Arctic Parties 

Article publié le 10 septembre 2013
Article publié le 10 septembre 2013

La nuit est souvent une histoire de surprises qui surviennent généralement là où ne sait rien. Et force est de constater qu’en matière de bringue, on ne connaît pas grand-chose de la Finlande. Direction Helsinki donc, pour voir si la fête a vraiment perdu le nord.

C’est bien connu, l’exer­cice qui consiste à com­pa­rer la vie noc­turne des ca­pi­tales eu­ro­péennes est aussi cé­lèbre que celui qui se pro­pose d’exa­mi­ner la taille du sexe de son voi­sin. Léger, gé­né­ra­tion­nel et pra­tique, le sujet re­flète par­fai­te­ment la soif de ré­fé­ren­tiels de l’étu­diant qui, tout en se me­su­rant la teub, se com­plait à son­der la teuf. Seule­ment voilà, comme bien sou­vent, le hobby se sa­voure entre amis et les pays qui n’ont pas la bé­né­dic­tion des Eras­mus se re­trouvent bien sou­vent ex­clus du concours de beats.

Concours de beats

C’est moins connu, mais l’époque ne bé­gaye plus. Drai­née par une sorte de refus de tout ce qui est or­di­naire, la hype s’ex­porte. Au nord, à l’est, des villes jadis dé­lais­sées de­viennent les temples de la night un­der­ground. Même à Ber­lin, l’en­nui est pal­pable. Ren­con­tré sur un che­min qui ne me­nait pas à Rome, Lukas - un Al­le­mand qui voyage - me di­sait : « tout le monde à Ber­lin me dit que le nou­veau spot pour faire la fête, c’est Riga (en Let­to­nie, ndlr). Bon, j’ai étu­dié un an là-bas. C’est cool mais de là à dire qu’il se passe énor­mé­ment de choses… » Qu'im­porte, le constat est sans appel : plus c’est loin, plus c’est bon. Ça tombe bien, nous re­ve­nons d’un sé­jour de 4 jours à Hel­sinki, ville que peu d’entre nous savent pla­cer sur un globe.

La ca­pi­tale de la Fin­lande fait par­tie de ces en­droits étranges que seul Arte nous pro­pose d’ex­plo­rer à rai­son d’une co­mé­die dra­ma­tique par an. L’al­coo­lisme ou le taux de sui­cide chez les jeunes par­ti­cipent à la re­la­tive aug­men­ta­tion de la po­pu­la­tion qui af­fiche 5,4 mil­lions d’ha­bi­tants. Je pen­sais comme vous avant de venir. Que trop oc­cu­pés à étu­dier dans les meilleures uni­ver­si­tés d’Eu­rope, les jeunes d’Hel­sinki n’au­raient pas le temps de boire. Re­marque, c’est un peu vrai puisque la plu­part des étu­diants (jour­na­listes) que j’ai ren­con­trés bossent, étu­dient et sont en­ga­gés dans une ONG. Comme l’édu­ca­tion n’at­tend pas, le Fin­lan­dais se lève tôt. Ce qui - lo­gique nor­dique - laisse les ar­tères de la ville dé­sertes et aussi ex­ci­tantes qu’un verre de sirop d'or­geat.

Daft Punk on Radio Hel­sinki

Cela dit, la vie re­prend ses droits lors­qu’il s’agit d’ou­blier de faire ses de­voirs. Le wee­kend, cer­taines par­ties d’Hel­sinki se trans­forment alors en vé­ri­tables tra­que­nards. C’est le cas du quar­tier de Kal­lio où deux clubs se par­tagent le bon quart des fê­tards de la ville. L’un d’entre eux, le Kuudes Linja (du nom d'une cé­lèbre car in­exis­tante rue du quar­tier, ndlr) ac­cueille une clien­tèle plu­tôt bran­chée, ca­pable de se rin­cer à 10 euros le gin-to­nic. Mais le vé­ri­table at­trait du lieu, c’est sa pro­gram­ma­tion mu­si­cale. « C’est un Dj de Radio Hel­sinki qui passe le son, m’ex­plique Soili - une jeune russo-fin­lan­daise qui ha­bite le quar­tier. Et Radio Hel­sinki c’est sur­tout une radio connue pour ses goûts mu­si­caux. » Au menu : Daft Punk, les Strokes des an­nées 2000, Joy Di­vi­sion, New Order, Jus­tice ou la bonne pé­riode de Franz Fer­di­nand.

De­hors, les gens fument un peu pen­dant que le vi­deur ta­toué s’épuise à de­man­der aux mous­ta­chus de dé­po­ser leurs verres à l’en­trée. En face des bennes d’un en­tre­pôt et coincé entre deux bâ­ti­ments in­dus­triels, la ter­rasse grouille de gens qui s’en­jaillent. A quelques ki­lo­mètres de là, les rues du quar­tier de Pu­na­vuori sont beau­coup plus calmes. Sur un banc, quelques ska­teurs éclusent des can­nettes des bières tan­dis qu’un groupe de bonnes femmes s’ac­cordent une ci­ga­rette, un plaid sur les épaules. Nous sommes cen­sés être dans l’épi­centre de la fête et pour­tant le coin est aussi animé qu’une rue d’am­bas­sades. « A Hel­sinki les gens sont ha­bi­tués à res­ter dans les bars. Pas grand-monde qui fume et l’hi­ver il fait -15 de­hors. Di­sons que c’est une sorte d’ha­bi­tude », ras­sure Iiris, une ci­ga­rette entre les doigts. Deux bars sont es­sen­tiel­le­ment squat­tés par les jeunes. D’un côté le Como te lla­mas - am­biance mi­ni­male avec fau­teuils d’époque et ba­lan­çoires. La bière est ac­ces­sible (5,50 euros les 0,40L) et la ser­veuse sou­rit easy. De l’autre, le We Got Beef qui a dé­cidé de se bran­cher sur tous les cou­rants al­ter­na­tifs de la hips­ter­ma­nia. Un es­pace de dingue af­fiche au­tant de déco qu’une ga­le­rie d’art contem­po­rain à tra­vers la­quelle glisse une jeu­nesse dé­con­trac­tée, ta­touée et ha­billée comme dans un clip de Mac Mil­ler. On se croi­rait au ver­nis­sage d’une bou­tique de fringue éphé­mère : des gens in­croya­ble­ment im­mo­biles vous scannent sans la moindre émo­tion puis re­partent as­sis­ter - seuls - à une par­tie de ba­by­foot.

Bref, la vie noc­turne à Hel­sinki s’ap­pré­cie comme ailleurs. En plus chère. Le billet de 20 euros ne suf­fit plus mais les prix vous per­met­tront au moins d’être sur­pris. L’éton­nante ra­pi­dité à la­quelle la ville change de forme en un ins­tant vous fera flip­per, un peu, comme un ti­mide qui a trop bu.