HC – le retour

Article publié le 10 octobre 2010
Article publié le 10 octobre 2010
Par Marie Krpata Ca y est. HC est de retour. Aujourd’hui les élections municipales à Vienne avaient lieu et Heinz Christian Strache du parti d’extrême droite autrichien FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs) progresse ce soir de 10%.
Heinz Christian Strache est partout : il a sorti un nouveau rap (il s’essaie depuis des années à la musique), on voit ses affiches se multiplier en ville… et les jeunes viennois ont tous reçu dans leurs boîtes aux lettres une version revisitée des légendes de Vienne, illustrée par une bande dessinée controversée.

Une bande dessinée où HC encourage un jeune homme à éborgner un Turc

Histoire et réalité se mêlent. HC, personnage de fiction représentant Strache, devient le héro vaillant de Vienne, ami du prince Eugène, personnage historique, qui avait mis fin au Siège ottoman au 17e siècle, épisode de l’histoire de Vienne profondément ancré dans l’esprit de ses habitants. Les ennemis, ce sont les Turcs, illustrés avec des turbans, et les diables vêtus d’une robe rouge – une attaque contre le maire social-démocrate au pouvoir, Michael Häupl, SPÖ (Sozialdemokratische Partei Österreichs). Les messages subliminaux véhiculés qui participent à un sentiment de malaise ont trouvé cette fois-ci leur paroxysme dans une scène dans laquelle HC encourage un jeune homme à éborgner un Turc, ce pour quoi il recevrait une récompense alléchante. Cette scène a été suffisamment violente aux yeux des Verts pour qu’action en justice s’ensuive.

HC_2.jpgA l’heure où dans certains pays d’Europe est débattue la question de la burka, on peut se réjouir d’apprendre que Heinz Christian Strache défend les intérêts des femmes libres comme il le placarde à travers Vienne. Rappelons simplement que la candidate du FPÖ à l’élection présidentielle de 2010, Barbara Rosenkranz, femme quinquagénaire, mariée à un homme soupçonné d’être proche du milieu néonazi, mère de 10 enfants à prénom germanique dont l’un fait face aux mêmes accusations, donna l’image de tout sauf d’une femme particulièrement émancipée se battant pour les droits de ses pareilles.

Un jeu internet dont le but est de détruire le maximum de mosquées

Deux semaines après les élections en Styrie, Land au Sud du pays, ce sont les Viennois qui se sont exprimés. En amont des élections styriennes, le FPÖ Styrie avait posté sur internet un jeu dont le but était de démolir autant de mosquées que possible, ce qui était suivi de l’invitation d’aller voter FPÖ lors des élections pour éviter la construction de minarets et de mosquées. Décidemment, la stratégie de campagne électorale du FPÖ est offensive et le parti social-démocrate a eu l’idée d’y répondre par des moyens semblables. Une bande dessinée, d’ailleurs, met en scène le maire Häupl qui se bat contre le robot HC et des zombis nazis.

Si de telles parutions peuvent faire sourire de par leur caractère ridicule dont on pourrait croire qu’elles portent préjudice à leurs auteurs, c’est en constatant la crédibilité dont ils jouissent en réalité que le rictus s’estompe. Cependant on peut se satisfaire du débat et des critiques quant à cette manière de mener une campagne électorale quand on sait qu’il en est d’autres qui ne font pas grand bruit mais peuvent paraître tout aussi - voire même plus - inquiétantes. Ainsi, en 2009, les jeunes Viennois ont reçu par la poste un livret les invitant à venir participer à des ateliers où seraient discutés non seulement l’histoire du FPÖ, son idéologie et son programme mais aussi des thèmes dont on supposerait qu’il nécessitent d’être traités de façon objective tels que « l’Etat et la constitution », « l’Union européenne », « les droits de l’Homme », ou encore « l’antifascisme comme doctrine d’Etat de la « RDA » ». Il est bien entendu plus que discutable si dans un tel cadre cette objectivité peut effectivement être garantie. Au regard des scandales auxquels le parti est régulièrement confronté, il est en tout cas peu étonnant par exemple de trouver parmi les sujets de discussion proposés dans les ateliers la « liberté de la parole » et « se sortir de situations conflictuelles ». Et si tout cela semblait encore trop ennuyeux pour les cibles potentielles de la brochure, un dîner avec Strache était organisé pour ceux qui après avoir envoyé leur inscription à tel ou tel cours ont eu la chance d’être tirés au sort.

Que tout cela inquiète ou prête à sourire, il semble en tout cas que le FPÖ ait des moyens considérables pour financer ses campagnes électorales.