« Handbagging » : face à Margaret Thatcher, le cul de sac

Article publié le 29 juin 2011
Article publié le 29 juin 2011
Dans beaucoup de situations, il arrive d’être impressionné par un individu. Dans toute l’Europe, de nombreuses personnes ont déjà été subjuguées par quelqu’un. Surtout quand il s’agit de croiser le fer avec Margaret Thatcher.

Margaret est une petite friponne. C’est bien connu. Si elle a réussi à faire d’un atout, le sobriquet de « Dame de fer » dont elle a été affublée par le journal soviétique L’Etoile rouge pour stigmatiser son anticommunisme, l’unique femme Premier ministre du Royaume-Uni a plus d’un tour dans son sac à main. En effet, le sac noir fétiche de Margaret Thatcher contenait des documents officiels et, selon le Daily Mail « terrorisait les ministres ». « Lors des réunions importantes, Mme Thatcher plaçait son sac en évidence pour montrer qu’elle ne plaisantait pas » écrivait, en 1982 un parlementaire britannique. Au fil du temps, la pratique inspira le mot : « handbagging » (ou « politique du sac à main »). Un terme si poignant qu’il s’inséra dans les colonnes de l’Oxford English Dictionary.

Scoop : Margaret a, dans un sens, une paire de testicules

Seulement, dans les autres pays européens qui n’ont pas pu s’épandre sur le cuir de leur Premier ministre, nul besoin d’un sac. En Pologne, il suffit d’une manche, « mieć asa w rękawie » (« garder son atout dans la manche »). En Allemagne, c’est plutôt dans la poche que se situe l’intimidation, « in die Tasche stecken » ( « sele mettre dans la poche ») . Néanmoins, austérité oblige, « handbagging » renvoie à un style violent, brut, musclé. Et c’est un Allemand qui le dit : « jemanden verbal niederknüppeln » (« matraquer quelqu’un »). Pas étonnant, pour le coup, de trouver chez les Allemands et les Polonais, cette métaphore du mur « an die Wand reden » (« parler à un mur »), pour les premiers et « przyprzeć do ściany » (« pousser au mur ») pour les seconds. Même chez les Espagnols, on tape sourdement contre un mur : « zas, en toda la boca ».

Des expressions, en somme, qui reflètent l’immobilisme de l’individu, pris sous les coups de boutoir, de la personne qu’il a en face. Un cul de sac que l’on peut désigner en français par « méduser » (en référence aux Gorgones grecques) « pétrifier» ou encore « scotcher ». On « reste coi » ( français soutenu) en fait. Mais lorsqu'il s'agit de signifier le « handbagging » lui même, c'est moins délicat. A défaut de prendre un sac comme référent, on prend des bourses. C'est le très fameux : « mettre ses couilles sur la table». Et pas de distinction de genre. Margaret est donc, dans un sens,« burnée » (vulgaire, de burne, glande génitale mâle). Les Italiens préfèrent, eux, les envolées  lyriques : « mangiare la pastasciutta in testa a qualcuno » ( « manger des pâtes sur la tête de quelqu’un »).

Bref, Margaret n’a qu’à bien se tenir. Symbole d’autorité de 1979 à 1990, le sac à main de la dame de fer a été adjugé le 27 juin aux enchères chez Christie’s  pour 40 000 euros suite à un don de Thatcher en personne. Il a donc rapporté beaucoup plus que le dentier de Churchill, alloué l’an dernier à un inconnu pour 19 000 euros. Amen. 

Photos : ©Henning Studte ; vidéo ninthwave/Youtube