Haine institutionnelle

Article publié le 18 octobre 2014
Article publié le 18 octobre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Depuis quelques semaines que Naples fait les gros titres de la presse nationale, nous tâchons tous, chacun à notre manière, d’apporter notre propre interprétation des faits. Comprendre la ville parthénopéenne sans en connaître la réalité s’avère très compliqué, mais, c’est bien connu, moins on en sait, plus on en dit. Alors, la rancœur, la haine et la peur s’emparent un peu plus chaque jour du cœur des Italiens. Il devient urgent de trouver un ennemi facile, stable et sûr. Quoi de mieux qu’un ennemi institutionnel ?

Ainsi, quand un carabinier fait feu, on descend dans les rues, crie au scandale et profère des menaces. En revanche, lorsqu’un petit garçon se fait violer (terme, malgré son exactitude, soigneusement évité par la presse, peut-être en raison de sa dureté, surtout s’il s’agit d’une personne de sexe masculin), on recourt à la piété, à la compréhension, voire à la compassion.

Toutefois, ce carabinier n’en est-il pas moins un être humain ? Ne mérite-t-il pas lui aussi que l’on comprenne qu’il ait commis une erreur ? Car il est certain qu’il a commis une erreur en accomplissant son travail. Ne faudrait-il pas tenter de reconstituer la dynamique complexe de l’incident avant d’en venir à l’accuser ou à l’acquitter ? Qu’est-ce qui nous définit le plus : nos actes ou notre uniforme ?

Face à une telle « gaminerie », une telle plaisanterie, nous sommes dans l’obligation de nous poser des questions qui nous feront sortir des prises de positions préconçues, quelles qu’elles soient. Nous ne pouvons contourner le problème en adhérant à une thèse déjà toute prête ; thèse qui n’existe pas en réalité. Constater que la haine à l’égard des institutions s’est institutionnalisée ne suffit pas.