Gunther von Hagens : vend cadavres, possibilité d'en faire des pendentifs...

Article publié le 9 novembre 2010
Article publié le 9 novembre 2010
Gunther von Hagens ne s'arrête plus aux portes du musée pour choquer. Après son exposition itinérante où le monde entier a pu découvrir sa conception de l'« esthétique de l'anatomie », le plasticien revient avec www.plastination-products.
com, son nouveau site web depuis lequel on peut acheter au choix un cadavre d'homme ou juste sa tête, voire des boucles d'oreilles faites en bouts de pénis de taureau... A cette occasion pimentée, cafebabel.com republie une interview réalisée avec l'artiste anatomiste.

cafebabel.com : Vous décrivez votre travail comme une «représentation esthétique de l’anatomie ». Comment définiriez vous cette esthétique ?

Gunther von Hagens : Mon œuvre s’adresse à l’amateur. Je travaille pour lui et non pour l’expert. Dans cette mesure, ma définition de l’esthétique est aussi influencée par ce que pense l’amateur, pour qui l’esthétique signifie quelque chose de beau, d’agréable. L'esthétique aux antipodes du laid. Dans ce sens, je rends mes préparations anatomiques esthétiques.

cafebabel.com : Le plastinarium est–il un musée? Que souhaitez vous présenter ?

Gunther von Hagens :Leplastinarium est le théâtre anatomique du moderne. L’histoire de l’anatomie y est expliquée, ainsi que la production de la plastination et la beauté des pièces « plastinées ». Par cette beauté, j’entends l’art de l’anatomie, que je définis comme la présentation de l’esthétique didactique de l’intérieur du corps.

cafebabel.com : Dans quelle mesure dépouillez-vous vos pièces d'exposition ?

Autour de 50 euros, accessible à toutes les bourses !Gunther von Hagens : Pendant la phase depréparation, les pièces d'expositions sont dépouillées. La peau, ainsi que la graisse et le tissu conjonctif sont éliminés. Une nouvelle dimension est donnée au visage, parfois même plus charismatique. Le contraste de l'exposition des vaisseaux sanguins (changement de couleur), des veines ainsi que le plan de préparation spécifique contribuent également à cette phase. C'est pourquoi plus la préparation est importante, plus le corps sera dépouillé.

cafebabel.com : Vos pièces«plastinées»sont pour la plupart misent en scène, comme joueurs d’échecs ou sportifs. On vous reproche souvent de les représenter comme des objets d’art.

Gunther von Hagens : Je suis avant tout un chercheur et un scientifique ayant de l’intérêt pour l’art. Cependant, je ne suis pas un artiste avec des prétentions scientifiques. Tout dépend de la vision des visiteurs, ou ils perçoivent les pièces comme une œuvre d’art ou bien comme un travail scientifique. Un autre point commun avec les œuvres d’art est que la création d’œuvre nécessite comme pour l’anatomie « plastinée » d’un savoir-faire, dans le sens d’un savoir artistique.

cafebabel.com : Si vous êtes dévoué à la science, comment se fait-il que l’on peut voir votre exposition dans le dernier film de James Bond ?

Gunther von Hagens : Un bon professeur d’anatomie est également un bon acteur, un showman. En effet, il doit tenter de transmettre facilement des faits scientifiques. La recherche moderne a démontré que le savoir est mieux transmis quand il est lié à l’émotion. C’est pourquoi le succès de l’anatomie public devrait pouvoir également être un divertissement. Dans le film James Bond , les sculptures anatomiques du joueur de poker ont permis d'éveiller l’intérêt des visiteurs pour l’exposition. Une exposition sur l’anatomie sans exposition médiatique, c’est comme du théâtre sans programme.

cafebabel.com : Peut-on vous décrire comme un créateur de l'extrême ?

Gunther von Hagens : Ma propre vie est marquée par le fait de me retrouver constamment entre des extrêmes. Enfant, entre cinq frères et sœurs j'ai grandi dans un milieu contradictoire balancé entre le communisme et le capitalisme. Au niveau de mon travail, je me suis trouvé constamment entre la chimie et la médecine. Enfin, au niveau anatomique, je me trouve entre l'anatomie et l'art.

cafebabel.com : Votre exposition a été mondialement critiquée pour son effet recherché et sa provocation : quelles limites pensez vous avoir dépassées ?

Et pourquoi pas faire jouer au basket à un cadavre !Gunther von Hagens : Aucune. En effet, je n'ai jamais déshumanisé une de mes pièces plastinées, comme par exemple transformé une vessie en vase. Je suis un chercheur anatomiste et j'expose toujours mes modèles anatomiques dans ce sens.

cafebabel.com : Vous avez obtenu un contrat en 2004 avec le titre Internationale Körperwelter, ce qui vous a permis de relater vos expériences relatives aux réactions à vos expositions selon les pays d'accueil. Quelles sont les différences ?

Gunther von Hagens : Au Japon par exemple, 6% des visiteurs se sont sentis blessés dans leur sentiment moral, contre 2% en Allemagne. D'un autre côté, l'exposition en Allemagne - un pays avec un débat culturel très médiatique - a été discutée de manière très controversée, alors qu'au Japon, dans l'alignement d'une société consensuelle, aucun article de critique sur l'exposition n'a été publié. En Angleterre, elle a été, comme en Allemagne, fortement critiquée, bien que ce fut pour des raisons différentes. On peut rappeler notamment que dans l'histoire de l'anatomie anglaise, les vols de cadavres et même les meurtres de personnes ont été fréquemment utilisés pour faire des recherches anatomiques, à tel point que le parlement s'est vu obligé d'établir une loi sur l'anatomie.

cafebabel.com : Quand vous mourrez, souhaitez-vous que votre corps soit plastiné ?

Gunther von Hagens : Bien entendu ! Que peut-il m'arriver de mieux que de poursuivre avec mon corps, après ma mort, ce pourquoi j'ai travaillé toute ma vie, à savoir enseigner l'anatomie.

Photos : Une : (cc)indieink/Flickr ; Boucles d'oreilles : impression d'écran de www.plastination-products.com; cadavre de basketteur : (cc)Paul Stevenson/Flickr