Guido Westerwelle – le ministre des Affaires étrangères d'Allemagne sur le grill

Article publié le 16 avril 2010
Article publié le 16 avril 2010
Par Till Neumann Ses partenaires politiques sont déconcertés, l'opposition politique se moque de lui et l'hebdomadaire allemand Der Spiegel le traite de « démon ». Guido Westerwelle (FDP), vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères, est actuellement l'un des personnages politiques allemands les plus critiqués.
Jamais dans l'histoire du pays un ministre des Affaires étrangères a été aussi impopulaire. Fait étrange, ceux-ci jouissent généralement d'une grande popularité. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas pour Guido Westerwelle, le seul ministre allemand qui s'est déclaré homosexuel ? Une chronologie et une tentative d'explication.

Westerwelle et la langue anglaise

27 septembre 2009, les chrétiens-démocrates (CDU/CSU) autour d'Angela Merkel et les libéraux (FDP) autour de Guido Westerwelle remportent les élections au Bundestag. Tout semble aller pour le mieux pour les vainqueurs, mais le drame de Guido Westerwelle ne fait que commencer. Lors d'une conférence de presse, le lendemain de la victoire électorale, Guido Westerwelle se présente devant des journalistes. Fatigué après une longue soirée électorale, il répond aux questions des journalistes. Mais pas à toutes les questions. Quand un journaliste de la BBC lui demande : « If I may ask you a question in english, you would be so kind to answer in english », il refuse : « Vous auriez la gentillesse de parler en allemand comme c'est une conférence de presse en Allemagne. » Mais l'Anglais n'abandonne pas. Coûte que coûte, il veut entendre le futur ministre des Affaires étrangères parler dans sa langue. Mais G. Westerwelle persiste en envoyant le journaliste sur les roses, de manière polie mais d'un ton sec. (la vidéo de la conférence de presse sur youtube.com)

Les gros titres ne se font pas attendre. « Il ne parle pas anglais », suppose-t-on. Un thème amusant pour les médias et les discussions de comptoir. Pour G. Westerwelle, rien qu'une mauvaise interprétation : « Il se peut que lundi dernier j'ai été un peu cinglant après une nuit très courte. Mais je vous le demande : en tant que journaliste allemand à une conférence de presse à Paris ou à Londres, poseriez-vous une question en allemand en demandant une réponse en allemand ? J'estime juste d'utiliser notre merveilleuse langue allemande lors des rendez-vous officiels en Allemagne. Tirer des conclusions naïves de ma réaction face au reporter de la BBC, c'est la tache des caricaturistes, pas la vôtre. J'étais dans beaucoup de villes étrangères, ma compétence linguistique n'a jamais posé de problème. »

westerwelle_3_kl.jpgWesterwelle et les impôts

Le chef du FPD est finalement nommé ministre des Affaires étrangères au cabinet du nouveau gouvernement. Le poste de ministre des Finances, pour lequel il était également candidat, est occupé par Wolfgang Schäuble (CDU). Mais les finances restent sur la liste de priorité du FDP. Et ça négocie dur. Fin octobre, après de longues tractations, la « coalition voulue » se met d'accord. Le gouvernement promet aux Allemands quelques 24 milliards d'euros de baisse d'impôt (à l'origine, le FDP exigeait 35 milliards). Mais comment la financer ? Les dettes de l'Allemagne s'élèvent à 1,7 billions d'euro - un niveau jamais atteint, même si c'est peu en Europe. Les experts financiers jugent le projet irréalisable, mais Angela Merkel (CDU), Horst Seehofer (CSU) et avant tout Guido Westerwelle comptent le mettre en œuvre. Les slogans du Libéral à ce sujet : « Arbeit muss sich wieder lohnen » (Il faut que le travail soit de nouveau récompensé) et « Mehr Netto vom Brutto » (Plus de net du brut). Pourtant, la pression est forte. Jusqu'à ce jour, les experts tentent de convaincre le gouvernement de l'absurdité des baisses d'impôt. Et même le Président fédéral Horst Köhler, en général plutôt réservé, revendiquait il y a quelques jours une augmentation des impôts « pour provoquer une nouvelle dynamique ». Et le quotidien Die Süddeutsche Zeitung a annoncé que le gouvernement comptait modifier son projet de baisse d'impôt. Désormais, il ne prévoirait qu'une baisse entre cinq et dix milliards d'euro. Une chose est sûre : Guido Westerwelle n'en sera pas satisfait.

Westerwelle et les hôtels

« Guido Westerwelle, vous préférez dormir chez-vous ou dans un hôtel ? », demande un journaliste début février. « Chez moi », répond G. Westerwelle. La question ne fait pas seulement allusion aux nombreux voyages du ministre, mais aussi à un second thème : la TVA pour les chambres d'hôtels. Baisser cette taxe de 19% à 7% était l'une des premières actions de G. Westerwelle après son élection en septembre 2009. Ce qui était considéré comme une décision tout à fait normale devient un sujet brûlant peu après : on révèle que le FDP avait reçu en août 2009 un don de 1,1 million d'euros d'un certain August Baron von Finck. Problème : la famille de celui-ci est propriétaire de la grande chaîne hôtelière Mövenpick. Cette découverte laisse à penser qu'il y aurait un rapport entre le don et la loi en faveur de l'hôtellerie. Le chef du SPD Sigmar Gabriel parle de « vénalité du gouvernement », alors que G. Westerwelle conteste tout lien entre le don et la baisse d'impôt. Pour lui, cette accusation est une « sale diffamation ». Son objectif était de « libérer le domaine touristique de la classe moyenne d'un grand désavantage économique. Il est question de centaines de miliers d'emplois et de postes d'apprentissage. » Pourtant, beaucoup de gens doutent que les motifs du ministre ne soient que politiques dans cette affaire. Sa réputation subit de nouveaux dégâts.

westerwelle_2_kl.jpgWesterwelle et les Romains

En février, le Tribunal constitutionnel fédéral juge que l'allocation chômage « Hartz IV » n'a pas été bien évaluée : elle est contraire à la Constitution et doit être corrigée. Cela provoque une grande discussion sur le montant de l'allocation. G. Westerwelle y contribue à haute voix. Selon lui, on devrait réduire le soutien financier des sans-emploi car « il faut que celui qui travaille gagne plus que celui qui ne travaille pas. » Sur ce point, beaucoup de gens sont d'accord avec lui, mais le choix de ses mots frappe, surtout quand il mentionne la « décadence du Bas Empire romain ». La presse s'empare rapidement du sujet. D'après de nombreux Allemands, la comparaison entre un chômeur qui vit avec quelques centaines d'euros par mois et un Romain décadent savourant des kilos de raisins et un bon crû va trop loin. Un débat s'enflamme sur les limites de l'État social. Le politique provoquant le plus de polémique : Guido Westerwelle.

Westerwelle et ses voyages d'affaires

Mars n'a pas non plus été un bon mois pour le ministre des Affaires étrangères. On lui reproche de mélanger vie privée et vie professionnelle en invitant des proches à ses voyages d'affaires. Les cas concrets : 1. Michael Mronz, le concubin de G. Westerwelle, l'accompagne régulièrement à des voyages. Mronz, qui organise de grands événements sportifs, suit notamment le ministre au Brésil où aura lieu la coupe du monde de foot en 2014. Un événement qui devrait intéresser Mronz. 2. Parmi les managers accompagnant le ministre on compte régulièrement des donateurs fidèles au FDP. 3. Un chef d'entreprise participait en janvier à un voyage en Asie. Le frère de G. Westerwelle est associé à cette entreprise.

Hasard ? Ou s'agit-il de népotisme ? Pour l'opposition politique, pas de doute : quelque chose cloche. Gesine Lötzsch, chef du parti extrême gauche (Die Linke), traite G. Westerwelle de « corrompu », Renate Künast des Verts estime que « Westerwelle nuit à la République fédérale ». Le ministre des Affaires étrangères le voit différemment. Il s'agirait d'une « campagne de diffamation » lancée par l'opposition. Et plus encore, il reproche à ses détracteurs d'instrumentaliser son orientation sexuelle. Selon lui, la critique contre sa personne a pour but de créer une majorité SPD/Verts pour les élections au Landtag en Rhénanie-du-Nord-Westphalie le 9 mai.

westerwelle_1_kl.jpgBilan

Avec son arrivée au poste de ministre des Affaires étrangères et de vice-chancelier, un rêve s'est sans doute concrétisé pour Guido Westerwelle. Après de longues années dans les rangs de l'opposition, il est finalement au pouvoir. Pourtant, les premiers mois qui suivent sa nomination ressemblent plutôt à un cauchemar. G. Westerwelle déconcerte non seulement l'opposition, mais aussi ses partenaires politiques et de nombreux citoyens. Avec une langue bien aiguisée et une image vue par bien des gens comme arrogante et narcissique, G. Westerwelle est fortement contesté. La critique est virulente, sa popularité très basse. Selon un sondage (Emnid), il n'y a actuellement que 26% des Allemands qui croient que G. Westerwelle représente bien le pays dans le monde en tant que ministre des Affaires étrangères. Un très mauvais résultat comparé aux scores de ses prédécesseurs. 67% croyaient au ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier (SPD), et 77% à Joschka Fischer des Verts. Et pire encore : 54% des Allemands pensent qu'une grande coalition serait mieux que le gouvernement actuel. Vu la critique forte face à la grande coalition il y a quelques mois, ces chiffres sont un coup dur pour G. Westerwelle et ses collègues au sein du gouvernement. Cependant, il faut toujours se méfier des chiffres. Guido Westerwelle le sait bien. Récemment, il a déclaré dans un anglais impeccable et d'un air théatral :

« The published opinion is not always the public opinion » (L'opinion publiée n'est pas toujours l'opinion publique). (la vidéo sur youtube.com)

(photos: flickr.com/michaelthurm)