Guide de survie ludique pour les festivals de l'été

Article publié le 29 juin 2016
Article publié le 29 juin 2016

L'été est enfin là et c'est synonyme de mer, de voyages, de vacances, de chaleur... et de concerts. Nous avons préparé un petit guide de survie aux évènements les plus appréciés (et détestés) de l'été afin de survivre physiquement et de rester plus ou moins indemne psychologiquement à trois mois de musique live. Avec toutes les conséquences que cela comporte.

À l'approche de l'été, tout le monde se souvient de l'existence de la musique. Alors vous allez aux concerts. Un peu pour la musique bien sûr, et un peu pour tout le reste, que ce soit l'espace champêtre, l'alcool, les drogues et les amis. En prenant une grande inspiration, vous vous souviendrez de l'odeur de l'air lors d'une sortie scolaire avec le collège. Les journaux parlent des concerts de l'été en faisant paraître en première page la liste des meilleurs festivals en Italie, en Europe et même aux États-Unis. Des figures du rock indé, de l'electro-pop, de l'indie-frog et les DJs les plus connus ressortent de derrière les fagots.

Il y aura toujours une partie de vos amis qui ne comprendra pas de quoi vous parlez, surtout si parmi eux vous avez la tante Carmelina et le compère Turiddu (personnages de Cavalleria rusticana, histoire appartenant à un recueil de nouvelles de Giovanni Verga intitulé Vita dei Campi, publié à Milan en 1880 sur fond d'amour et de jalousie en Sicile, ndlr). Et surtout, ne parlez pas des « plus grands noms de la musique » connus depuis tant d'années mais dont personne n'entend plus parler.

Le phénomène « méga »

En été, les concerts se déroulent dans les stades, les arènes, les hippodromes ou sur les places mais uniquement sur celles qui sont « méga » immenses. Rien à voir lorsqu'avec quatre autres pauvres malheureux vous vous enfermez dans le sous-sol de la maison d'une amie pour écouter l'ami d'un ami qui joue des reprises de La Femme, mais qui n'a pas fait et ne fera jamais un coup d'éclat comme La Femme. Mais pas d'excuses : vous, de toute façon, vous vous devez d'y aller parce que soutenir la musique indie émergente, c'est important. Il est certain que les « méga » concerts de l'été ne se remplissent pas uniquement avec 4 malheureux péquins. Il y aura beaucoup, beaucoup de monde. L'important, c'est d'être dehors, bien coincé et que vous souffriez comme il se doit de la chaleur. Si ensuite il y a une montagne de poussière ou de boue post-pluie estivale, c'est mieux. Les gens doivent être entassés et se sentir mal. L'air ne doit plus rien à voir avec celui de vos sorties scolaires.   

« Moi, j'y étais »

Environ une semaine avant le début du concert colossal de l'été, les murs de vos amis sur Facebook commencent à se remplir de communiqués pré-concert détestables. « Ils arrivent. » « Je me prépare. » « Je les attends depuis toujours. » « Quelqu'un vient en voiture avec moi ? » Pourquoi les concerts d'été, pour être méga-géants, doivent-ils se situer à au moins 200 kms de la maison hein ? À l'approche et en synchronisation avec le concert en question, apparaissent sur les posts des réseaux sociaux certaines typologies de photos bien précises, aptes à attester du fatidique « J'y serai », suivi par le rituel « J'y étais ». Cela commence généralement avec le billet du concert, suivi des selfies du groupe en voiture, une photo de buste avec un tee-shirt à leur effigie, un selfie au pied de la scène (intrépide va), une foule de spectateurs photographiée en hauteur (trouillard que vous êtes, vous vous êtes calés sur la butte), des bras qui gesticulent en signe de proximité avec vos idoles, mais aussi, bien entendu, une photo prise à une distance sidérale et avec une résolution telle qu'elle pourrait être prise sur une scène quelconque avec un groupe quelconque qui joue un morceau quelconque.  

Billets et petites chaises de camping

En achetant le billet ou en franchissant l'entrée, vous avez généralement deux options. La première consiste à vivre le concert collé aux barrières, en fixant votre regard dans celui du chanteur, acceptant la possibilité de mourir étouffé et écrasé au pied de la scène. Pour remédier au problème, certains s'habillent donc en mode « survie à la cohue », façon bonhomme Michelin ou militant de la CGT lors d'une manifestation contre la loi Travail

L'alternative ? Rester des kilomètres plus loin pour des raisons de bon sens et de survie, pour ensuite voir si depuis l'écran géant installé sur le côté de la scène, tu peux distinguer quelques pixels qui te rappellent le gosier du chanteur. Dans ce cas, en l'absence de gradins, il est conseillé de s'équiper d'une petite chaise de camping en tissu imperméable. À ce stade, vous ressemblerez aux grand-mères de l'île de Ré qui s'assoient pour voir ces jeunes damoiseaux et damoiselles danser toutes jambes dehors sur la place en buvant de la Jacqueline. Vous, vous ne serez pas sur la place, car une fois les 28 ans passés, les jambes sont en coton après quatre sauts et les 350 jours par an assis derrière son bureau. La petite chaise de camping a donc sa raison d'exister, générant de prime abord l'étonnement puis la taquinerie, ensuite la dérision, et finalement une estime de soi spectaculaire. Une légère désapprobation mélangée à une jalousie pourrait émerger si jamais vous exhibiez les jumelles achetées par vos parents sur le stand du marché aux puces de La Rochelle. N'ayez pas peur : vous serez parmi les rares personnes, qui à cette distance pourront dire avoir réellement vu votre groupe préféré, et vous aurez également lancé une mode pour le prochain « méga » concert de l'été, à la grande joie des possesseurs d'étals du marché aux puces de La Rochelle ou d'ailleurs. 

La Sibérie ou la reddition

La frénésie collective des « méga » concerts de l'été pourrait également susciter en vous une légère désapprobation et certains chatouillements susceptibles de vous pousser à commenter ironiquement l'un des posts du type « Moi j'y serai/j'y étais/comme j'aurais voulu y être ». Afin d'éviter d'inutiles bagarres, je vous suggère de supprimer votre compte Facebook jusqu'à la fin octobre. Autrement, vous pourriez déménager en Sibérie Poutine tente de repeupler le pays de britanniques désabusés, et peut-être que vous pourriez également accepter. Une solution plus simple ? Adaptez-vous ou au contraire résignez-vous. Mettez à la disposition de vos amis une dose quotidienne de likes annexés d'un petit cœur, et distribuez-les généreusement pour tous les concerts et « méga » festivals de l'été, incluant la dernière tête d'affiche incontournable, que ce soit Fréro Delavega ou Fakear. Une fois au concert, transformez-vous génétiquement en l'un de ces maniaques greffés d'un smartphone tout au long du concert qui prennent des photos-souvenirs inutiles et floues, représentant des mouvements incompréhensibles grâce auxquels il sera impossible de comprendre si vous écoutiez les Arcade Fire, les Arctic Monkeys ou le sage violon de votre sœur.