Guappecarto' : mafia ré sol

Article publié le 16 janvier 2013
Article publié le 16 janvier 2013
Quand tu penses au voyage, tu penses à la musique et, même si tu ne le sais pas encore, tu es en train de penser aux Guappecarto'. Musiciens nomades, bons vivants, mais surtout mafieux en carton. Cinq faux voleurs, petites frappes à l’extérieur et aimables canailles à l'intérieur.
Expatriés en France depuis quelques années, les mafieux créent des sonorités propres, dans une combinaison de mélodies de l'est et de rythmes méditerranéens : bref, un cocktail inédit qui a la saveur de la mer. cafebabel.com les a rencontrés au Marcovaldo, le repaire italophone préféré de tous nos compatriotes exilés dans la Ville Lumière.

cafebabel.com : Avant tout pourquoi Guappecarto’ ?

Guappecarto’ : Parce que nous sommes des mafieux mais seulement en apparence. « Guappo » est un mot qui dérive de l'espagnol, ça veut dire « beau », mais en italien il a pris une signification différente : c'est celui qui fait peur, l'affilié à la mafia. La pire insulte pour ces personnes est de dire qu'ils sont en « carton ». Notre apparence est celle de mafieux, avec plein de vestes et de manteaux de voleurs. Les gens ont peur, puis ils nous entendent parler, et chanter, et finalement comprennent que nous sommes en carton.

CB : Alors qui êtes vous, d'où venez vous, comment s'est faite votre rencontre ?

Guappecarto’ : En gros, Frank et le contrebassiste de l'époque se sont rencontrés dans une école de lutherie à Gubbio. Peu de temps après, je les ai rejoins dans l'orchestre philharmonique, même si à l'origine j'étais joueur de tambourin. Nous sommes partis à Paris en 2004 grâce à notre mère artistique, Magdalene Fisher, qui nous a écouté dans son paradis musical, une ferme entre Gubbio et Pérouse. De cette expérience nous avons retenu deux choses : qu’il nous manquait un peu de technique mais que nous avions une affinité commune.

CB : … et la seconde ?

Guappecarto’ : La seconde c’est que nous ne voulions pas de chanteurs : seulement des instrumentaux. Ça a été une union d'intention et d'objectifs. En 2007 nous sommes restés à 3 et aujourd'hui nous avons élargi notre formation avec un nouveau contrebassiste et un percussionniste.

CB : … et après Pérouse il y a eu Paris et la France...

Guappecarto’ : C’était un pur hasard. En août 2005, nous avons commencé une sorte de traversée musicale vers le nord. On s'arrêtait seulement pour mettre de l'essence grâce aux sous gagnés dans la rue et ainsi nous sommes arrivés jusqu' à Paris.

CB : Vos sonorités sont un savant mélange entre jazz et des sons repris de la tradition folkloriste tzigane. Quelles sont les influences de ces deux genres ?

Guappecarto’ : Les influences sont multiples... mais jamais de trop. Chacun de nous donne une expérience musicale diverse et cherche à apporter sa patte. Moi à seize ans, je jouais du métal. En gros, j'étais punk-rock, Frank était blues, très blues, mais aussi reggae. Le percussionniste « Le Professeur » est le plus folk : il est progressiste.

CB : Votre musique est aussi définit comme «tzigane» …

Guappecarto’ : Ce n'est pas vraiment ça. La musique tzigane a des codes qui ne nous appartiennent pas. La nôtre est faite d'influences hétérogènes. Même si le jazz est pour nous une de nos nombreuses contaminations, le genre ne donne pas vie aux improvisations. Toute notre musique vient d'un travail méticuleux d'étude. On se met en cercle et cherchons à « jeter » ce que nous chantonnons.

CB : ...c'est de l’impro en fait ?

Guappecarto’ : Pendant la création oui, mais pas en concert. C'est notre choix stylistique. Nous avons du apprendre à jouer comme Guappecarto'. Nous avons évolué aussi sur l'aspect collectif. Tout est voulu, pensé, et discuté...et disputé.

CB : Si vous n'êtes pas tziganes, pourquoi on vous considère comme tels ?

Guappecarto’ : C'est un concept lié au voyage, à une sensation de liberté. Nous n'avons rien à voir avec la musique balkanique, bohémienne, sinon quelques sonorités liées au violon. La nôtre est un défi. Il y a huit ans que nous cherchons à expliquer aux personnes que notre musique n'est pas de la musique tzigane. Même si nous nous sommes un peu rendu parce que nous avons besoin d'une classification. Sinon on se perd.

CB : Maintenant vous êtes en tournée?

Guappecarto’ : Nous avons traversé l'Allemagne, la France, nous sommes passés en Espagne et puis au Portugal. Le prix de notre cd varie selon le prix du marché : de 15 euros en Allemagne à 10 en France et 5 pour le Portugal et en Italie. Le marché n'est pas unique.

CB : Vous retournez souvent en Italie ?

« On ne peut pas se permettre une critique de l'Italie d'aujourd'hui... il vaut mieux se limiter à jouer une tarentelle »

Guappecarto’ : Oui, mais nous sommes en train de perdre l'envie d'organiser des concerts. Même si les recommandations et les amis qui organisent de gros festivals dans ma région, la Basilicate, ne te disent jamais « non ».

CB : Ici à Paris, j'imagine que vous rencontrez beaucoup d'Italiens ?

Guappecarto’ : La communauté est vaste. Nous avons la chance d'accompagner un grand italien à Paris, Tonino Cavallo, ici depuis 35 ans, qui fait de la musique populaire. Ça nous plait. Il fait de la musique à l'ancienne, comme c'était auparavant. Avec lui, on s'est retrouvé à jouer pour les immigrants de seconde génération entre la France et la Belgique. Ce sont eux les plus attachés à l'idée de l'Italie. Avec eux, on ne peut pas se permettre une critique de l'Italie d'aujourd'hui... il vaut mieux se limiter à jouer une tarentelle.

CB : Des projets pour le futur ?

Guappecarto’: Dans quelques jours, notre album sortira : Guappecarto', évidemment. Soit notre premier album officiel avec la nouvelle formation. Nous voulons aussi monter un spectacle théâtre inspiré de l'album et monté sous la formule du bal.

CB : C'est à la mode ici à Paris …

Guappecarto’: Oui et c’est un peu trop ! Mais celle que nous voulons proposons sera éloignée des imitations. L'idée est de changer la formule du concert canonique. Nous voulons créer un événement d'au moins 12 heures de musique, qui comprenne l'occupation d'espaces vides, sans scène.

CB: Vous vous êtes rencontrés dans la rue, en faisant ça vous retournez un peu aux origines ?

Guappecarto’: Aussi, oui. Nous sommes dans un moment de transition. Le modèle classique de production musicale n'est plus valide aujourd'hui. On peut toucher directement le public sans intermédiaire : le groupe investit dans la production d'un album, de morceaux et puis porte tout ça directement dans la rue, comme on faisait avant... et ça fonctionne.

Photos : Une et texte © Giacomo Rosso ; Vidéo © TheGuappecarto/YouTube