Guantánamo : l’Europe a la honte du toreador

Article publié le 5 février 2009
Article publié le 5 février 2009
Le Parlement européen demande aux états membres d’accueillir des prisonniers de Guantánamo dans l’UE et d’assumer ses responsabilités. « Le problème de l’Union c’est que nombre de ses pays s’étaient engagés dans la politique étrangère de Bush et il faut demander des responsabilités aux gouvernements », suggère Willy Meyer depuis la Gauche Unitaire européenne.
Tachés de terroristes pour avoir tourné un documentaire

« Moi aussi je serais un individu dangereux si on m’avait retenu illégalement dans une prison pendant sept ans ! », exclamait l’eurodéputé de l’extrême droite Bruno Göllnisch pendant la séance de délibération et de votation. Il réagissait ainsi aux 55 eurodéputés qui voteraient contre la résolution et qui justifiaient en avertissant leurs collègues que « ces prisonniers ont été définis comme ‘dangereux’, et 61 de ceux qui ont été libérés se sont réincorporés à l’activité terroriste, selon la CIA ». Clive Stafford Smith, avocat et directeur de l’ONG nordaméricaine Reprieve, prévient contre cette opinion en apportant des exemples : « Trois de mes clients ont été accusés par la CIA de retourner aux activités terroristes une fois libérés pour le simple motif d’avoir participé à Londres à l’élaboration d’un documentaire qui dénonce ce qui se passe à Guantánamo ».

Le silence complice de l’Europe

Guantánamo: prisión

542 eurodéputés ont voté en faveur de cette résolution en se félicitant, comme Willy Meyer, que les « États-Unis aient abandonné la politique étrangère qui répondait au crime avec du crime ». En échange, la chambre européenne demande à Obama un accès aux dossiers des vols secrets de la CIA sur le sol européen, afin que la commission d’enquête de la Chambre puisse compléter son rapport. Profitant de ce soupçon de collaborationnisme de la part des pays européens, le député conservateur portugais Carlos Coelho déclarait : « Notre silence jusqu’à présent a été complice. Le Conseil ne nos a pas Aidé dans cette affaire, mais heureusement que la Commission a apporté tous les documents qui lui ont été demandés ». Rappelons que l’actuel président de la Commission, le portugais Durão Barroso, avait été l’organisateur de la réunion aux Açores où Bush, Blair et Aznar ont décidé qu’il fallait aller à la guerre en Irak.

Cap à Bagram

Le socialiste Lambriridis clôturait son intervention avec une touche de désenchantement : « Pas un seul parlement national européen nous a demandé à voir le rapport sur les vols de la la CIA en Europe. Seul le Congrès des États-Unis s’y est intéressé ». Ceci dit, pas tous se sentent contentés et quelques députés veulent aller plus loin : « Guantanamo n’est pas la seule prison illégale; enquêtons ce qui se passe à Bagram, en Afghanistan », réclamait l’europarlementaire verte Buitenweg.