Grève et football en Europe: effet de la crise ou caprices de millionnaires ?

Article publié le 30 août 2011
Article publié le 30 août 2011
Alors que les Italiens de Serie A font toujours la moue, la Liga espagnole a tout juste repris son cours. Amorcée outre-Atlantique au sein du championnat de NBA et de NFL, la grève des syndicats de joueurs de foot en Europe procède plus d’un système patraque que de caprices de stars.

Un système malade

Dans l’opinion publique italienne ou espagnole, la conviction que les revendications des joueurs sont de simples caprices de millionnaires, accrochés à la défense de leurs seuls intérêts, est de plus en plus répandue. Peut-on rapprocher l’attitude du joueur de celle du politicien qui, en temps de crise et de sacrifices pour tous, tient à conserver le système pour son propre compte ?

Messi était de retour au Camp Nou contre Villareal pour une énième saucée (5-0).

Non, car le problème est bien plus complexe: en Europe, le sport est pris au piège dans un système malade, vivant au-dessus de ses moyens et qui s'effondre parce que (comme cela s’est passé pour la crise des subprimes) il n'est pas possible de s’endetter à l’infini. La destinée d’un château de cartes, c’est la chute. Et il n’y a que peu d’équipes qui ont l’attractivité nécessaire pour atteindre l’équilibre budgétaire, grâce au merchandising et aux droits télévisés. Elles sont encore moins nombreuses à pouvoir espérer figurer dans les compétitions internationales afin de renflouer leurs caisses. Elles sont même rarissimes les équipes, dont la direction est prête à mettre de sa poche pour combler le déficit accumulé au cours de l’année.

L'océan des petits clubs sans ressources

Au-delà des noms des champions, portés aux nues et payés rubis sur l’ongle, le monde du football est surtout composé de joueurs mineurs, dont les rémunérations n’ont rien à voir avec celles de leurs partenaires plus célèbres. Dans le cas de la grève en Espagne, ce sont des dizaines de clubs qui ont de sérieux retards dans le paiement de leurs joueurs. En Italie, l’accord sur un nouveau contrat type est suspendu depuis un an, en raison d’une forte protestation autour du tristement célèbre article 7, lequel s’il venait à disparaître, n'entraînerait pas seulement la fin de la protection santé pour les « bobos » des athlètes. Cela donnerait également aux clubs, le droit de licencier les joueurs pour une raison quelconque, ou de les céder à un autre club sans leur avis. L'association des joueurs, dans ses communiqués, ne parle pas d’opposition à la cotisation de solidarité: pour comprendre la position des joueurs, elle demande à ce que l’on ne parle plus de « Picsou » du football, mais que l’on regarde plutôt la galaxie des petits clubs qui vivent d'expédients, en se sauvant avec des décrets sur des crédits à rallonge, voire avec des fausses factures ou des garants inexistants. Des clubs qui doivent en plus se débrouiller avec de rares recettes publicitaires et un marché inflationniste qui amène à offrir des salaires mirobolants, impossibles à honorer.

Le cas américain est tout aussi emblématique, avec un championnat qui redémarre (hockey sur glace, NFL) et un autre à l’arrêt (basket-ball, NBA). A la base du blocage, les propriétaires des clubs et les joueurs ne trouvent pas d’accord. Le fond du problème? Une redistribution inéquitable des bénéfices, bien plus favorable aux clubs qu’aux joueurs. Dans le système américain, qui termine son exercice en positif contrairement à l’Europe, on ne veut pas reconnaître davantage la part des athlètes dans la réalisation des profits. Alors que ce sont bien ces derniers, avec leur jeu spectaculaire, qui passionnent les foules. En d’autres termes […de marketing], ce sont eux qui remportent les droits TV, de nouveaux abonnés, et qui soutiennent la vente de produits dérivés ou de tournées internationales grassement amorties par les sponsors.

L'électeur-supporteur n’a pas envie de comprendre

Le sport ne vit pas sur une planète à part, ce n’est que le reflet de l’époque et de la société dans laquelle il s'est développé. C’est l’expression des vices d'un système longtemps encensé et qui aujourd’hui nous présente sa facture: endettement incontrôlé, irrespect des règles et une certaine complaisance de la part des pouvoirs publics, fermant le plus souvent les yeux sur l’évidence des problèmes qui s’accumulaient. Des manquements qu’il sera difficile de faire accepter à un électorat aux prises avec une grave crise économique et à qui l’on tente d’imposer un effort douloureux pour annuler les dettes accumulées par d’autres. Le problème du sport est un problème sociétal, il serait simpliste de le réduire aux caprices de quelques stars habituées aux salaires pharaoniques.

Photo: Une (cc) Singapore 2010 Youth Olympic Games/flickr; Texte: Messi (cc) Globovisión/flickr, Tommasi (cc) Luca Volpi/flickr;