#Greferendum, #Grimbo : les nouveaux maux de la Grèce

Article publié le 9 juillet 2015
Article publié le 9 juillet 2015

Grexit, Greferendum, Grimbo... combien en avons-nous entendus - et entendrons encore - de néologismes et de hashtags pour décrire la crise de la Grèce et de la zone euro. Parfois, il arrive qu'une faute de frappe involontaire, vicitme probablement du correcteur automatique, se propage en un rien de temps : de #Greferendum à #Grefenderum.

La crise qui a touché Athènes il y a presque 6 ans semble avoir rendu à l'Europe la monnaie de sa pièce... linguistique, en créant tout un vocabulaire riche en termes de matrice - surtout - anglo-saxonne.

Ironie du sort, le terme même « néologisme » a un étymologie grecque : néo, « nouveau » e λόγος,  « mot ». Et pour être exact, presque tous les hashtags liés à la crise héllénique appartiennent à la catégorie des  « néologismes syncratiques », à savoir ces nouvelles expressions qui mêlent plusieurs termes déjà existants. Ainsi naissent des « mots macédoine» ou des mots-valises. Les Anglophones les appellent blend ou portmanteau, d'après une citation extraite de De l'autre côté du mirroir de Lewis Carroll, auteur particulièrement porté sur les jeux linguistiques.

Le #Greferendum : un néologisme involontaire

La nouveauté de la semaine dernière a été le Greferendum (Greece, referendum). Depuis que Tsipras a demandé la consultation du peuple (le 26 juin dernier), le terme est devenu l'un des sujets les plus discutés  (557,452 tweet au cours du mois dernier, 2.630.000 mentions sur Google), bien que le tout premier  tweet remonte au 28 avril 2015 et appartienne à @GreekPlight, un étudiant grec qui vit aux USA.

Cependant, l'évènement le plus curieux sur le référendum grec a été l'epic fail causé par une faute de frappe : probablement à cause des correcteurs automatiques, sur Twitter #Greferendum est devenu #Grefenderum et bien du monde est tombé dans le panneau. La bloggueuse Licia Corbolante rapporte que ce néologisme involontaire s'est hissé jusqu'aux trending topics du 5 juillet, dépassant la version correcte.

Grexit, Grexodus ou Graccident?

Si Greferendum est le néologisme le plus récent, Grexit (Greece, exit) est par contre le plus répandu. Tout en indiquant une circonstance spécifique - le risque de sortie de la zone Euro pour la Grèce - dernièrement, Grexit est devenu le « chapeau » de presque tous les titres relatifs aux difficultés financières d'Athènes. Déjà en février 2012, le terme avait été utilisé officiellement par deux économistes de Citygroup : Willem Buiter et Ebrahim Rahbari. La même année l'Oxford Dictionary l'a inséré sur son blog et a engendré l'autre néologisme devenu cher aux Britanniques : Brexit.

Le synonyme en sauce biblique, Grexodus (Greece, exodus) - a eu moins de succès ainsi que le compliqué Graccident (ou Greccident, Greece exit by accident) - dépassés par le suffixe exit. Grexit englobe effectivement un terme décidemment plus international et assez diffusé aussi dans les autres langues européennes. Le résultat? Sur Google existent plus de 23 millions de résultats et le hashtag sur Twitter a obtenu un certain succès (425 127  clics au cours du mois dernier).

Grimbo, Drachmageddon et autres interprétations

Mention spéciale pour leur originalité à quatre autres mots issus de la crise. Grimbo (Greece, limbo) et Gredge (Greece, edge) évoquent l'idée d'un pays qui vacille, au bord du gouffre financier. Le pessimiste Drachmageddon (la drachme étant la précédente monnaie nationale grecque) et sa variante Eurogeddon, qui pré-annonçait l'apocalypse de la monnaie unique (l'Armageddon est le lieu biblique de la bataille finale entre le bien et le mal).

Même s'ils n'ont pas eu de suite, ils « frappent car ils évoquent un imaginaire apolitique et eschatologique », confirme Rocco Marseglia, greciste et professeur de lettres, « cela montre combien, au-delà de leur sincérité, ils soient à même d'agir sur un imaginaire et soient tout sauf des termes neutres ! Ils donnent une interprétation des évènements ».

Un risque ou un avantage linguistique?

La force de ces néologismes (comme d'ailleurs de tous les hashtags) leur vient de leur transversalité : à peu près quiconque pourrait les avoir lus, utilisés ou entendus. « Je trouve intéressant que, pour affronter un thême de caricature européenne, soient nés des néologismes transnationaux, ou qui en quelque sorte se prêtent facilement à devenir internationaux », ajoute Rocco Marseglia. 

Sont-ils utilisés par les grecs aussi ? Elina Makri, journaliste à Athènes, nous dit que « Grexit est plus sommun que #Greferendum, qui demeure cloisonné aux réseaux sociaux, mais n'est pas très diffusé : il faut être expert pour s'en servir. Il ne sonne pas offensif, comme Brexit d'ailleurs, mais personnellement je l'évite. »

« Certainement la capacité de synthèse explique en partie le succès de ces expressions », explique Rocco Marseglia, qui ne le considère pas un appauvrissement linguistique : « Au contraire. Ils démontrent la vitalité de la langue. Certes, le risaue est la banalisation : mais au fond, quel slogan efficace et synthétique ne banalise-t-il pas un peu les choses ? ».