Grèce : la cuisine de Maman contre la crise de régime

Article publié le 14 novembre 2014
Article publié le 14 novembre 2014

La Grèce a été touchée de plein fouet par les mesures d’austérité après la crise économique de 2008 – et même son légendaire marché alimentaire a souffert. Après s’être serré la ceinture, les Grecs sont revenus à leurs racines culinaires en redécouvrant un certain régime méditerranéen.

Toute l’Europe a dû se serrer la ceinture avec la mise en œuvre des mesures d’austérité. Pour sortir de la crise, la Grèce a redécouvert sa culture culinaire. C’est plus évident sur le marché alimentaire, où le régime méditerranéen est devenu une approche populaire pour combattre le taux élevé de chômage d’un côté, et sécuriser la trésorerie domestique de l’autre. Les bases du régime méditerranéen - une forme moderne des régimes traditionnels de la Grèce, du sud de l’Italie et de l’Espagne - consistent en huile d’olive, légumineuses, céréales, fruits, légumes poisson, fromage, yaourt et vin. La Grèce a repris ce régime et en a fait un mouvement, qui est actuellement en plein essor dans la capitale, à Athènes.

La cuisine de Maman

Les restaurants répondent au désir nostalgique du client pour la cuisine faite maison et de manière traditionnelle. Des endroits aux noms tels que La cuisine de Maman, Le grill de Maman ou Restaurant familial, fleurissent dans le paysage athénien. Leur but est de préserver le lien entre la mère et l’enfant. « J’ai une amie originaire de Crète, qui vit maintenant à Athènes. Mais sa mère continue de lui faire la cuisine et envoie la nourriture chaque semaine par bateau, ce qui prend neuf heures de transport, » raconte Niki Papalexopoulou, étudiant et guide officiel au Musée de la gastronomie grecque d’Athènes. Le musée a ouvert il y a quelques mois avec une exposition consacrée aux moines du Mont Athos et leur régime méditerranéen. Selon eux, il existe seulement trois ingrédients de base nécessaires à la vie : le pain, l’huile d’olive et le vin. « Ils produisent leur propre nourriture au monastère. Mais gardez à l’esprit que seulement des hommes vivent sur le Mont Athos et qu’aucun animal femelle n’est autorisé sur le site. Aussi, ils doivent importer des produits laitiers, des œufs et ainsi de suite. » L’exposition actuelle, qui est consacrée aux produits grecs et à leur utilisation dans des recettes traditionnelles modifiées, est représentative du phénomène de plus en plus répandu en Grèce. « La crise économique a aidé les Grecs a retrouvé la cuisine locale. »

Made in Grèce

Les denrées alimentaires représentent un tiers des 15 articles les plus exportés de Grèce. La nourriture et les boissons exportées en 2013 sont évaluées à 3 milliards d’euros. Le poisson frais, l’huile d’olive pure, les fruits et les noix, les légumes et le fromage sont les cinq produits phares, représentant à eux seuls 6% de la totalité des exportations grecques. La plupart d’entre eux ont fourni à la Grèce une reconnaissance internationale. Mais que représente aujourd’hui le Made in Greece ? D’après les organisateurs de Food Expo Greece, dont la seconde édition aura lieu en mars 2015 à Athènes, des organisations comme Made in Greece sont des plates-formes pour promouvoir les produits grecs dans le monde et attirer des clients du monde entier. Un autre projet en ligne inclut e-FOOD.gr et e-shop.gr.

La tradition avec un style moderne

Alexandros Charalabopoulos, le chef de l’hôtel Titania dans le centre d’Athènes, a également perçu le besoin de changement dans la restauration, et a réintroduit les produits locaux grecs dans ses plats. Son menu, qu’il nomme Made in Greece, attire aujourd’hui les touristes et les locaux dans son hôtel restaurant. « Après la crise, les Grecs ont voulu aider les producteurs grecs en achetant leurs produits, mais ils ne pouvaient les trouver n’importe où sur les marchés. Quelquefois ils ne savaient même pas qu’ils existaient. Aussi quand je suis venu à l’hôtel, j’ai voulu créer un menu grec composé uniquement de produits élaborés en Grèce. » Quand il a suggéré son idée à la direction de l’hôtel, elle a été adoptée immédiatement.

Ensuite, Alexandros a réalisé un tour de  Grèce à la recherche des ingrédients. « Je ne suis pas d’Athènes. Je suis né dans un petit village près de Kalamata au sud du Péloponnèse. Mes souvenirs d’enfance sont liés à des produits utilisés par ma grand-mère, la plupart venant de petits fermiers locaux. Aussi, j’ai commencé à chercher là-bas. Je voulais faire revivre mes souvenirs », raconte Charalabopoulos, dont 10 plats parmi ses chefs-d’œuvre contiennent de l’huile d’olive de Kalamata, des pommes de terre de Nevrokopi, des aubergines de Leonidion, du poutargue de Messollonghi et du fromage xinomyzithra de Crète.

Contrairement à l’hôtel quatre étoiles, le restaurant Two Doors, est à deux pas du principal marché alimentaire d’Athènes. Les propriétaires ont dirigé leur affaire sur le même concept depuis 150 ans. Les locaux appellent ce concept magirio, une référence à la cuisine maison. C’est une pratique ancienne qui maintenant revient à la mode.

« Le cuisinier prépare plusieurs plats simples et les sert aux clients. Il n’y a pas de menu. Vous découvrez les plats en face de vous et vous choisissez ce qui a été préparé », explique Thodorakis, un serveur d’un restaurant de la rue Aiolou. Bien que l’accroissement de l’entreprenariat que la crise économique a causé peut sembler surprenant, son succès ne l’est pas. Si vous faites un tour à Monastiraki, ou si vous montez la rue Emmanouil Mpenaki, vous verrez des restaurants et des cafés tout neufs très animés, la plupart offrant des plats grecs, soit entièrement traditionnels, soit traditionnels avec un style moderne. Les Grecs sont fiers de leur cuisine, et à juste titre, parce que même s’ils sont au régime, ils savent comment se faire plaisir.

CET ARTICLE FAIT PARTIE D'UN DOSSIER SPÉCIAL CONSACRÉ À ATHÈNES DANS LE CADRE DU PROJET  EU-IN-MOTION, LANCÉ PAR CAFÉBABEL AVEC LE SOUTIEN DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DE LA FONDATION HIPPOCRÈNE.