"Goya m'a permis d'appréhender l'âme de Basile à l'état brut."  

Article publié le 23 février 2016
Article publié le 23 février 2016

Nous avons assisté à la revue de presse de Matteo Garrone, réalisateur entre autre de "Gomorra", qui présentait au Festival du cinéma de Seville son dernier film: "Le Conte des contes", qui sortira dans les salles de cinéma le 11 décembre prochain.

“Quand la raison rêve, elle produit des monstres” proclamait Goya dans un de ses "caprices" (fantaisies), ces gravures magistrales qui ont inspiré l'esthétique du dernier travail du réalisateur de "Gomorra, dans l'empire de la Camorra". Grâce à Goya, Matteo Garrone a su définir “l'idée de l'art figuratif" pour son film: "Le Conte des contes", basé sur le livre du napolitain Giambattista Basile.

Les gravures de Goya ont fourni au réalisateur, comme il le dit lui-même, la capacité de mélanger le réel et le fantastique, le tragique et le comique qui sont le reflet de l'âme de Basile à l'état brut”.

Pour Calvino, les contes de Basile apparaissent comme les rêves d'un Shakespear difforme. Ecrits au XVII siècle, ils regroupent une grande partie des histoires qui ont fait voyager notre imaginaire comme Cendrillon, Le Chat botté ou la Belle aux bois dormant. Et avec ce film, Garrone désire rendre un petit hommage à l'auteur, père intellectuel de ceux qui suivront comme les frères Grimm, pour qu'il soit connu d'un plus large public.

Mais,il n'existe rien de la douceur ou de l'innocence que l'adaptation Disney a voulu leur donner. “L'erreur est possible parce que, quand il est question de fables, nous avons une vision edulcorée de celles-ci, plus douce; mais n'oublions pas qu'au XVII siècle, les contes, les contes magiques, n'étaient pas écrits pour les enfants, car il n'existait pas de littérature enfantine à cette époque; C'étaient simplement des histoires écritent pour tenir le public en haleine", déclare le réalisateur.

Au contraire, dans "le Conte des contes", la violence semble être le fil conducteur de la vie. “Les personnages me fascinaient, l'idée d'une morale pas toujours claire me plaisait,comme le fait qu'il y est cette zone  de gris entre le bien est le mal, comme dans la vie”, dit Garrone. “Et, pour sûre ce sont des contes qui ont une matrice médiévale", continue-t-il, " pourtant, ils traitent d'une violence toujours actuelle car l'être humain est violent et ces dernières années sont pour moi un retour au Moyen-âge”.

Les femmes occupent une place importante dans le film. “Au final, nous avons choisi de faire un film qui raconte le point de vue des femmes à différents âges. Cela n'a pas été facile car il y a environ une cinquantaine de contes, ce qui nous a amené à faire plusieurs essais avec d'autres histoires aussi et au final la sélection s'est avérée un peu douloureuse”, déclare le cinéaste, qui nous confie que l'oeuvre de Basile fourni assez de matière pour permettre un projet plus ample sous format de série télévisée.

“Le Conte des contes” est une transgression constante. Garrone est comme un poisson dans l'eau: “mes films précédents partaient de la réalité pour après se retrouver transfigurées dans une dimension fantastique. Cette fois c'est l'effet inverse. Je suis parti des contes et leur ai donné une part de réalisme”. Nous retrouvons aussi un bel hommage à l'évolution visuelle du cinéma depuis ses origines. “L'anglais pouvait donner à ce texte une dimension plus universelle et n'oublions pas que dans les contes de Basile le dialogue ne représente que 10% du texte, le gros du travail fût de transformer ces histoires en images. Pour autant, quand nous l'avons tourné, nous l'avons presque tourné comme un film muet. Un hommage au cinéma de Méliès cette fois. Nous cherchions à faire un film au contenu spectaculaire qui porte le spectateur dans la crainte ou l'émerveillement comme aux origines du cinéma”, affirme Garrone.

Objectif atteint.