Google Books Ngram Viewer : 500 ans d'histoire des mots

Article publié le 19 janvier 2011
Article publié le 19 janvier 2011
5 millions de livres, soit 500 milliards de mots ; la possibilité d'en choisir un ou plusieurs et de retracer leur histoire ces cinq cent dernières années. Un bon moyen, à l'heure où tous les médias européens ont fait leur sélection des mots de l'année, de prendre de la distance avec des termes comme Europe, crise et chômage...
Google Books Ngram Viewer est certes un gadget, mais rarement gadget n'a offert tant de profondeur de champ.

Pour les journalistes, il faut trouver le mot de l’année. Ou tout du moins une liste, pour être dans le zeitgest. On retrouve donc « Bettencourt » ou « fellation » en France, « Bigotgate » ou « cleggmania » en Angleterre et « balconing » ou « postzapaterismo » en Espagne…Mais si les mots de 2010 ne sont pas les mêmes que ceux de 2009, qu’ils sont loin de ceux de 1809 ! Google Books Ngram Viewer, le nouvel outil de Google, permet de mesurer la fréquence d’utilisation d’un mot au sein de la banque de données de Google Books, soit 5 millions de livres, environ 500 milliards de mots, apprend-on sur Owni

L'Europe, c'est la guerre !

Aucune trace des néologismes comme « bigotgate » ou « cablegate », mais d’autres mots très actuels noircissaient déjà les pages des livres des Européens au XIXème siècle. L’Europe ? On en parle moins aujourd’hui qu’en 1810-1820 en Espagne et en France, quand l’armée française faisait peindre Goya et que Napoléon se faisait manger tout cru par… « Los europeos ». En allemand, on parlait beaucoup d’ « Europa » depuis 1940, tout comme en british, pour lequel la baisse d‘intérêt actuelle est notoire. Les mots « Europe » et « guerre » vont donc d’un même mouvement, avec trois sommets qui sont autant de guerres qui ont dévasté l’Europe… Heureusement que l'UE est arrivé dans l'histoire. A quoi associera-t-on l’Europe demain ?

Un bon moyen de se remémorer ce que nous avons pour l'instant évité grâce à l'UE !

Le déclin de la passion

A la crise ! La « crisis » est en pleine croissance dans le vocabulaire espagnol, dans le français aussi, idem pour la « krise » allemande. Le pic a lieu dans les années 1990. Et mis à part en anglais, la baisse continuait jusqu’à 2008... Idem pour l’ « Arbeitslosigkeit » (« chômage » en allemand). Le mot « unemployment » en anglais est, à l’instar de « desempleo » en espagnol, en plein boom jusqu’à la fin des années 1990, puis chute progressivement… Notre situation n’est peut-être pas plus difficile que celle qu’ont connu nos aînés quinze ans plus tôt après tout. Parmi ces mots qui faisaient peur, la « désindustrialisation » a aussi eu son moment de gloire. Demandez à un Allemand de faire le lien entre « Arbeitslosigkeit » et « Deindustrialisierung » en 1990, les sources ne lui manquaient pas… En espagnol, la « desindustrialización » est tout bonnement apparue en 1980, et continue de faire parler. A l’époque, « deindustrialization » (« désindustrialisation » en anglais) était synonyme de crise pour pas mal de Britanniques… Résultat, le mot « optimismo » n’est plus très populaire en espagnol... En anglais par contre, « optimism » est en pleine bourre. L’allemand, prudent, n’opte pas trop pour l’ « Optimismus ».

Le mot espoir le suit dans sa chute...

Le problème dans tout ça (cet article y est-il pour quelque chose ?), c’est le déclin ces 200 dernières années du mot « Leidenschaft » (« passion » en allemand). Pour la « passion », qu’elle soit française ou anglaise, prière de retourner dans les années 1800, quand elle battait son plein. Seul l’espagnol continue à parler de « pasión » en plein milieu du XXè siècle avec autant d’ardeur. Comme si avec Google Books Ngram Viewer, on pouvait aussi déceler l’esprit d'un peuple derrière sa langue… Mais ça doit être mon côté pessimiste !

Illustration : ©Henning Studte/www.studte-cartoon.de/ ; Graphiques : Google Books Ngram Viewer