#goodbyenukes - Les longs adieux aux armes nucléaires

Article publié le 28 décembre 2015
Article publié le 28 décembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

"Je ne veux pas me réveiller la nuit en panique en me disant 'Espérons que ça n'arrive pas aujourd'hui'". Werner Kerschbaum, secrétaire général de la Croix Rouge autrichienne, s'adresse directement aux élèves qui remplissent la salle. Il tape dans le mille.

Le comité autrichien de l'ICAN, International Campaign to Abolish Nuclear Weapons, organisait ce mardi 22 décembre une conférence destinée aux jeunes

"En quoi les armes nucléaires me concernent-elles encore aujourd'hui ?". Tel est le sujet de la conférence qui se déroule depuis plusieurs heures maintenant à Vienne, et déjà les conclusions semblent de plus en plus s'orienter vers la reconnaissance d'une menace directe bien plus actuelle que l'on ne le pense.

"L'abolition totale", voilà ce que prône la Croix Rouge, qui soutient l'ICAN dans son projet de sensibilisation de la société civile aux dangers des armes nucléaires.

Les armes nucléaires sont les seules armes de destruction massive qui ne sont pas encore interdites ou stigmatisées.

Beaucoup ne comprennent pas pourquoi la modernisation des armes existantes est encouragée, celles-ci représentant pourtant de nombreux dangers évidents.

En effet, la menace ne vient pas seulement des situations de guerre classiques, mais également d'erreurs humaines, de malentendus, de défauts techniques ou encore d'attentats terroristes.

Alors même que le parlement autrichien s'est exprimé à l'unanimité pour une interdiction des armes nucléaires, les États-Unis et la Russie continueront d'investir assidûment dans le domaine en 2016, dans des plans d'armement nucléaire de respectivement 1 billion et 50 milliards de dollars.

L'idée d'un désarmement nucléaire ne séduit pas non plus la France, ce qui "rend difficile l'information de la société civile", selon Nadja Schmidt, directrice d'ICAN Austria. Cela s'explique par la dépendance du pays à l'énergie atomique, ainsi que par la peur de perdre la face en tant que grande puissance.

L'ICAN insiste toutefois sur le fait que les États ne possédant pas d'armes nucléaires doivent prendre part à un hypothétique vote sur leur maintien.

De la même façon, les États sous la protection d'un "parapluie nucléaire", comme l'Espagne, le Luxembourg, la République Tchèque ou encore l'Australie, devraient également s'engager dans le débat sur le désarmement.

Fabio Polly, journaliste et intervenant à la conférence, résume la situation ainsi : "Un grand club des Petits peut exercer une très forte pression sur les Grands."

Les dangers des armes nucléaires s'étendent jusque devant nos portes.

L'arsenal nucléaire mondial est très étendu. En Europe, ces bombes dorment dans des entrepôts belges, italiens, allemands, britanniques, français, néerlandais et turcs.

Depuis 1945, ce sont plus de 2000 tests nucléaires qui ont été effectués. Le dernier en date a été effectué par la Corée du Nord en 2013.

Klaus Renoldner, président de l'IPPWN, International Physicians for the Prevention of Nuclear War, explique cet aspect du jeu de pouvoir : "Plus la situation politique se dégrade, plus les tests sont nombreux."

La possession de bombes nucléaires est le plus souvent justifiée par l'argument de la dissuasion, et cette idée semble indélogeable dans beaucoup d'esprits.

Les États qui possèdent des projectiles nucléaires prêts à l'emploi, eux, invoquent la paix et la sécurité que ces projectiles procurent.

"Les puissances nucléaires s'engagent dans une MAD", explique le directeur du service juridique. MAD comme dans Mutually Assured Destruction, autrement dit : si tu tires, je tire aussi.

"La sécurité par la dissuasion s'apparente à une partie de roulette russe où l'humanité toute entière est en jeu", décrit Alexander Kmentt, ambassadeur pour la dénucléarisation au ministère des Affaires étrangères.

Cela n'est pas suffisant pour que les puissances nucléaires consentent à un désarmement. Se débarasser des armes nucléaires est une opération coûteuse et fastidieuse, laquelle doit être effectuée sous surveillance internationale pour garantir l'équité et la sécurité, et qui est associée à une perte d'une position de pouvoir longtemps conservée.

Mais a-t-on le droit ?

La responsabilité morale de l'existence d'armes nucléaires est l'un des sujets les plus délicats.

Dans le cas d'une catastrophe nucléaire à grande échelle, non seulement des vies humaines, l'environnement, le climat et les infrastructures seront détruits, mais il sera impossible d'apporter de l'aide aux survivants.

"Dans les zones infectées, nos volontaires deviendraient des victimes et ne seraient plus en mesure d'aider", explique Bernhard Schneider, directeur du service juridiue de la Croix Rouge autrichienne.

D'un point de vue juridique, l'emploi d'une arme nucléaire ne serait pas conforme. Selon Schneider, une réponse nucléaire ne serait en aucun cas approprié et ne respecterait pas le principe selon lequel la souffrance inutile doit être évitée.

Et maintenant ?

Selon Kmentt, une alternative possible à un traité contraignant serait la création d'un droit international coutumier dans la lutte contre les armes nucléaires.

Si suffisamment d'États s'expriment contre l'emploi des armes nucléaires et la condamnent, leur légitimité pourrait être remise en cause et une nouvelle pensée dominante sur la question serait en mesure d'émerger. 

Si cela se produit, nous pourront enfin dormir plus tranquillement.