Goncourt : peut-on encore croire aux prix littéraires ?

Article publié le 12 novembre 2012
Article publié le 12 novembre 2012
Que les récompenses littéraires soient victimes des pressions économiques des grands groupes éditoriaux ou du niveau de starification des écrivains n’est pas une nouveauté. Peut-on encore avoir confiance au talent authentique de qui les conquiert ? Après la victoire de Jérôme Ferrari avec Le Sermon sur la chute de Rome, voici trois bonnes raisons de continuer à croire en un prix comme le Goncourt.

Soyons honnêtes, l’Académie Goncourt – le prix littéraire le plus prestigieux en France – commençait à envoyer des signes préoccupants de mal-être ces dernières années. Après la victoire « honoris causa » donnée à Michel Houellebecq en 2010 (La carte et le territoire n’étant certainement pas son meilleur livre) et celle quelque peu forcée d’Alexis Jenni (et son soporifique L’art français de la guerre), alors que Gallimard, sa maison d’édition, célébrait la même année son centenaire, le prix méritait de retrouver sa crédibilité auprès du public. Et ceci, en s’intéressant à nouveau aux textes et en sabordant au passage les pressions économiques ainsi que les écrivains sous naphtalines.

Trois bonnes raisons de se fier au Prix Goncourt

Pierre Assouline et Philippe Claudel, les nouveaux jurés de l’Académie, ont dû le penser ainsi. C’est à eux, très probablement, que l’on doit la première bonne nouvelle de cette année à savoir que les mastodontes de l’édition que sont Gallimard ou Grasset, ont été exclus du quatuor des finalistes. La victoire revient à Actes Sud, une maison d’édition fondée à Arles, en Provence, qui cette année a publié de nombreux livres à faire pâlir d’envie par la qualité de leur écriture et les thèmes abordés. Après les débats houleux de cette année, espérons que notre ennuyeux et prévisible Premio Strega (prix littéraire italien le plus important, ndlr) en suive l’exemple.

La deuxième bonne nouvelle c’est le lauréat : Jérôme Ferrari (sa page Wikipédia ne comprend pas plus de trois lignes). L’auteur né en 1968, professeur de philosophie d’abord en Algérie puis à Abu Dhabi – bien loin donc des salons littéraires germanopratins – en est déjà à son sixième livre après l’excellent Où j’ai laissé mon âme, une fresque intense et émouvante sur la guerre d’Algérie. Dans son dernier roman, il nous parle de sa Corse natale. Il emprunte, jusqu’au titre, la théorie de Saint Augustin pour qui « le monde passe des ténèbres aux ténèbres ». Le roman est un roman de crise, le récit d’une lutte perpétuelle entre les idéaux de qui veut un monde meilleur et de l’impossibilité de l’atteindre. Matthieu et Libero, les deux personnages, en savent quelque chose. Leurs viscères crient vengeance pour ne pas avoir réussi à changer le monde ni à Paris, après des études brillantes en philosophie, ni quand, déçus, ils décident de rentrer dans leur village natal pour y transformer un bar dont ils obtiennent la gestion, dans « le meilleur des mondes possibles ».

Aurélien Bellanger, auteur déjà vieux

La troisième bonne nouvelle est qu’Aurélien Bellanger, l’auteur qui, à grand renfort d’interviews, de critiques dithyrambiques et de battage médiatique, semblait avoir acquis le prix dès la fin du mois d’août soit resté sur la touche. Auteur déjà vieux, même à ses débuts, « le nouveau Houellebecq » a envahi les rayons des librairies avec son tome intitulé La théorie de l’information, une épopée geek sur l’histoire des moyens de communication en France du Minitel au Web 2.0. Super ! Unanimement (ou presque) acclamé comme le meilleur roman français de l’année, il semblait ne pas avoir de points faibles. Tout comme son auteur : jeune, beau et intelligent. Et la maison d’édition de ses débuts : devinez pour voir ? Gallimard. Fort heureusement, les victoires faciles ne plaisent pas à tout le monde !

Photo : (cc) vic xia/flickr