Glyphosate : une agence de l'OMS sous le coup d'une enquête du Congrès américain

Article publié le 8 novembre 2017
Article publié le 8 novembre 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

De récentes révélations jettent le doute sur l’impartialité et la déontologie du Centre international de recherche sur le cancer – une institution rattachée à l’OMS qui a classé le glyphosate comme “cancérogène probable”. 

En Europe, le débat sur le renouvellement de licence d’exploitation du désherbant « glyphosate » divise plus que jamais. Scientifiques, lobbyistes, élus, organisations non gouvernementales multiplient les expertises et contre-expertises sur la dangerosité de la molécule, laissant la Commission européenne perplexe. Les citoyens, coincés entre les “rapports” des ONG et les avis des scientifiques, sont divisés.

Toutefois, un récent coup dur pour les artisans d’un non renouvellement du glyphosate pourrait bien faire pencher la balance à Bruxelles : un organisme scientifique de renom qui défendait le caractère « potentiellement cancérogène » du glyphosate, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) s’est retrouvé au cœur d’un scandale de manipulation de ses recherches. 

Le CIRC accusé de manquer d’intégrité

L'agence Reuters a en effet récemment jeté des doutes sur la rédaction de la monographie 112 de l'agence de l'OMS à l'origine du classement du glyphosate comme génotoxique et cancérogène probable pour l'homme. Cette controverse est importante, car dans les fait, il s’agit de la seule agence à défendre cette position.

Conflits d’intérêts, mise sous silence de résultats scientifiques… d’après la journaliste Kate Kelland, le CIRC aurait volontairement manipulé son rapport afin d’en changer le résultat. « Dans chaque cas, une conclusion négative sur le glyphosate conduisant à des tumeurs a été supprimée ou remplacée par une réponse neutre ou positive », indique l’agence de presse.

Des modifications substantielles du rapport du CIRC

Par exemple, la phrase comme « Les auteurs ont conclu que le glyphosate n’était pas cancérogène chez les rats Sprague Dawley » aurait été remplacée par « Le groupe de travail n’a pas été en mesure d’évaluer cette étude en raison des données expérimentales limitées fournies dans l’article de revue et des informations supplémentaires ».

Charles Jameson, le président du sous-groupe du CIRC qui a réalisé l’étude sur glyphosate via des tests sur des animaux, a indiqué qu’il ignorait l’existence de ces modifications et qui était à leur origine. Ce dernier est pourtant peu crédible: une autre enquête journalistique a révélé qu’il avait en effet sciemment dissimulé l’existence d’une étude de l’Agricultural Health Studies “qui aurait changé le résultat de la monographie”, de son propre aveu à la justice américaine (le CIRC et Monsanto sont tous les deux parties prenantes d’un procès en Californie, en ce moment même).

Plus largement, le CIRC est de plus en plus critiqué dans la communauté scientifique et dans la presse.  Ces derniers dénoncent un système opaque de décision, l’absence de retranscription et de méthodologies des débats scientifiques, et la non volonté de l'agence de l'OMS – maison mère du CIRC – de répondre aux questions qui lui sont posées. 

Le Congrès américain s’interroge lui sur l’intégrité du CIRC 

Autre coup dur pour le CIRC : il fait l’objets d'une enquête parlementaire du comité scientifique du Congrès américain. Deux parlementaires siégeant au Comité scientifique du Congrès, Lamar Smith et Andy Biggs feu aux poudres en écrivant une lettre à Christopher Wild, directeur du CIRC faisait état d'un «historique de controverses, de rétractations et d‘incohérences » en provenance de l’agence. En cause, les rapports de l’institution sur le caractère cancérigène possible du café, des téléphones portables, de la viande, mais aussi du glyphosate. Le Congrès a annoncé qu’il pourrait « bientôt tenir une audience » pour étudier la façon dont le CIRC conduit ses examens. Il est même question de couper le financement américain de l’organisme.

Des soupçons de conflits d’intérêts

Enfin, une dernière révélation embarrassante est venue ternir l’image de l’agence. Chistopher Portier, le conseiller spécial du panel du CIRC ayant travaillé sur le glyphosate aurait travaillé en tant que consultant pour deux firmes juridiques qui attaquaient Monsanto – principale entreprise qui commercialise du glyphosate. Et ce moins d’une semaine après la publication de la monographie du CIRC. Or, c’est ce même rapport qui a servi de base à des centaines de plaintes contre l’entreprise agrochimique. Le conflit d’intérêt a plus tard été confirmé par The Times. Dans cet article, il est même question d’un réseau de scientifiques activistes qui se sont engagés dans une action de lobbying intense à Bruxelles afin de s’assurer du non renouvellement de la licence du glyphosate – dont plusieurs sont affiliés au CIRC. De façon étrange, cependant, les médias français sont restés très silencieux, alors que ces révélations dans l'affaire sur le glyphosate agitent les sphères internationale et européenne. Peut-être serait-il temps d'évoquer cette question sur la place publique?