Glyphosate : les agriculteurs peuvent-ils s’en passer ?

Article publié le 29 juin 2017
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Article publié le 29 juin 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La commission européenne a décidé en mai dernier de relancer la procédure d'autorisation du glyphosate pour 10 ans. C’est aujourd’hui l’une des substances les plus utilisées par les agriculteurs en Europe. Et ils ne sont pas prêts à l’abandonner. 

En France, nos agriculteurs utilisent chaque année jusqu’à 8 500 tonnes de glyphosate. Depuis le 1er janvier 2017, toutes les collectivités ont interdiction de pulvériser des pesticides, herbicides et fongicides, dans l’espace public, comme le demande la Loi sur la transition énergétique adoptée en 2015. Ces dispositions ont suivi, en quelques sortes, l’avis du CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer), qui avait classé en 2015 le glyphosate comme « cancérigène probable » pour l’homme. Mais ces conclusions sont aujourd’hui remises en question. 

L’étude du CIRC est-elle toujours valable ? 

La polémique autour du désherbant a été relancée le 14 juin dernier, par Reuters. L’enquête fouillée de l’agence de presse remet en question le rapport du CIRC, organisme rattaché à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). D’après Reuters, les résultats des recherches scientifiques menées par l’Agriculture Health Study (AHS) – une grande étude épidémiologiste analysant l’usage des pesticides au quotidien auprès de 89 000 participants, dont des agriculteurs américains – n’ont pas été intégrés dans le rapport du CIRC. Raison invoquée par l'agence de l'OMS ? Les résultats de l'AHS n'avaient pas encore été publiés. Or, ses résultats contredisent justement les conclusions du CIRC.

Les recherches d’Aaron Blair, épidémiologiste au NCI (l’Institut National du Cancer américain qui a participé à l’étude de l’AHS) confirment pourtant l’absence d’agent pathogène du désherbant. Mieux, si l’on ose dire : Aaron Blair a participé en 2015 à l’évaluation, par le CIRC, du glyphosate, via la « Monographie 112 », sans dire un mot sur ce qu’il savait de l'étude de l'AHS. Le CIRC n’en est pas à ses premières polémiques. On se souvient qu’il avait classé le café dans la liste des « cancérigènes probables »… avant de se rétracter en 2016. 

Toujours est-il que le débat autour du glyphosate s’invite à son tour au Parlement européen. Ce dernier avait d’ailleurs déjà prolongé l'autorisation de l'herbicide en juin 2016, jusqu’à la fin de l’année 2017. Le 13 juin dernier, le commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a tenu à préciser que, pour l’heure et dans l’ensemble, « il y a une large convergence des communautés scientifiques européennes et mondiales qui estiment que le glyphosate n’est pas cancérogène ».  Car, au-delà de s’assurer de l’indépendance de toutes les études scientifiques, y compris celle du CIRC, c’est bien de l’avenir des agriculteurs dont il s’agit. Et ces derniers voient mal, pour l’instant, comment ils pourraient se passer de l’herbicide.

Une majorité d’agriculteurs soutiennent l’utilisation du glyphosate

L’annonce de la relance de la procédure d’autorisation de l’herbicide soulage probablement les agriculteurs français. En effet, un sondage mené en juin 2016 par l’Institut Ipsos, révèle que 81% des agriculteurs désapprouveraient son retrait (s’il devait avoir lieu). En cas d’interdiction, cela les conduirait à utiliser d’autres traitements et à augmenter leurs coûts de production de 24%. Autre crainte, pour plus de la moitié des agriculteurs interrogés: une baisse de rendement estimée à environ 25%.

Certes, des solutions alternatives existent, comme le binage, le paillage, les herbicides bio ou le traitement thermique. Mais elles ont aussi leurs inconvénients : plus coûteuses en main d’œuvre (il y a une différence entre biner un jardin et une surface de plusieurs centaines d’hectares), en énergie (le traitement thermique nécessitant de l’électricité et des carburants fossiles) et ne sont pas si écologiques qu’on le dit. Ainsi, les herbicides bio sont pointés du doigt par certains agriculteurs européens, car il leur faut labourer la terre davantage, ce qui produit une érosion du sol, une concentration de nitrates trop variée et des passages de tracteurs plus nombreux. 

Malgré la récente volonté du Parlement européen de relancer la procédure d’autorisation du glyphosate, les états européens restent libres d’interdire des produits sur leurs territoires. La France ne doit pas se laisser enfermer dans une position idéologique mais rester très pragmatique dans ses choix. Il en va de l’intérêt des agriculteurs et de la défense de notre modèle agricole.