Giulio Spatola, Mister Gay Europe 2011 : « Les gays comme moi ne font pas le spectacle »

Article publié le 8 juillet 2011
Article publié le 8 juillet 2011
Giulio Spatola, élu Mister Gay Europe 2011, est sceptique vis-à-vis des stéréotypes homosexuels. 26 ans, d’origine sicilienne et diplômé en Arts et Sciences, il écume les tribunes depuis son intronisation pour se faire la « jeune vox populi des gays ». Il se prépare aussi pour son premier long-métrage. Mais pour l’heure, Giulo se laisse interviewer via Skype. Torse nu.

« Rien que sur le mot « mister », j’avais des préjugés. Il me semblait restrictif, comme si c’était une manière de primer la beauté des concurrents, comme ce qu’il se passe avec Miss Italie, par exemple ». Mister Gay, cela n’a rien à voir avec toutes les Miss de la planète : notre prince aux yeux bleus, au large sourire et aux pectoraux sculptés n’est pas seulement le plus beau. « En réalité, le choix de Mister Gay ne dépend pas seulement du physique, mais il tient aussi compte du bagage des concurrents. La compétition n’est pas une fin en soi, comme Miss Italie, au contraire, on choisit un candidat qui a les capacités de poursuivre un engagement social. Et on en est déjà à la quatorzième édition de Mister Gay Italie ». Ce qui compte, c’est bel et bien de récompenser un représentant de référence dans le monde homosexuel. Bombant le torse, il conclut : « Je suis le Prince Gay XIV ».

Le gay sérieux ne fait pas le spectacle. Mais il est prince

Qui s’attend à une « folle »sera surpris. On se trouve plus devant un American Gigolo, à des années-lumière de La Cage de ma tante. Idéal pour celui qui veut interpréter le rôle du prince charmant de conte de fées. Giulio Spatola est masculin, de cette manière délicate qui fascine tant les adolescentes, et même un homophobe invétéré ne remarquerait pas sa présence dans la rue. « Le gay toujours dans l’excès est une typologie imposée par les médias. Je suis allé à deux occasions à la télé, mais ils ne m’ont plus jamais rappelé, vous savez pourquoi ? J’étais trop sérieux, les gays comme moi ne font pas le spectacle ». Et la politique ne semble pas non plus être le rôle social qui convient au plus beau gay d’Europe : « Je ne veux pas faire de politique, je trouverais ça injuste. J’aurais l’impression de justifier la tradition qui veut que si tu as un beau visage, peu importe tes compétences, tu peux gouverner. Bien sûr, s’il s’agissait de renvoyer à la maison notre vieille classe dirigeante phallocentrique qui nous instrumentalise, nous les homosexuels, dans de la rhétorique de propagande, s’il s’agissait d’éviter de se rendre à l’ennemi, je m’en servirais, de mon visage ! » Et ce n’est pas encore à exclure, vu le naturel avec lequel il se fait photographier avec l’ancienne députée Vladimir Luxuria à la Gay Pride de Palerme, sans compter l’heure de gloire que vit actuellement le gouverneur homosexuel Nichi Vendola.

« Tu es jeune, tu n’as pas d’argent, pas de travail, nulle part où aller… Le choix de te prostituer, c’est presque une obligation. »

L’aspect le plus surprenant de l’interview (peut-être à cause du canal choisi, Skype), c’est le naturel et la conviction avec lesquels Giulio répond aux questions malgré le fait qu’il soit à moitié nu. Et, alors que son aplomb est digne d’un Premier ministre en conférence de presse officielle, il se caresse l’épaule et discute de prostitution homosexuelle. « Je ne donne pas de leçons de morale, je peux juste dire que je comprends, si tu fais ton coming-out et que ta famille te chasse de la maison. Tu es jeune, tu n’as pas d’argent, pas de travail, nulle part où aller… Le choix de te prostituer, c’est presque une obligation. Il y a plusieurs associations qui s’occupent de cette problématique, mais, encore une fois, il y aurait besoin d’une intervention en termes de politique sociale. »

Pas qu’un simple carnaval

« En organisant l’Europride de Rome, j’ai invité le peuple homosexuel à profiter de l’évènement avec intelligence. On doit arrêter de le faire passer comme un carnaval des gays, et lui donner l’importance d’un moment de réflexion sur notre condition. La question que j’ai posée depuis la scène, après les festivités, c’était celle-là : « et si demain on se réveillait et on se retrouvait dans un pays comme l’Ouganda ? » Même en Europe, il faut être en alerte, et pas seulement dans les nombreux pays du Vieux Continent où nous n’avons pas de droits. Il y a une vague homophobe en pleine croissance, même à Rome, par exemple. » Après la Gay Pride romaine, l’ordre du jour était aux paillettes et au succès mérité de Lady Gaga(qui a assuré le concert de clôture de l’évènement), mais pour le reste, médiatiquement, le bilan est mince. « La ville qui me semble la plus faite pour les gays, en Europe, c’est Barcelone. Là-bas, une fois, j’ai vu marcher deux vieux hommes main dans la main. Ça m’a paru beau, d’assister à une scène si spontanée, si loin des craintes de tel ou tel préjugé. L’homophobie, c’est un fait culturel : les nouvelles générations apprendront le respect de la différence. »

« VIP gays de tous les pays, unissez-vous »

Voir la photo-galerie des VIP gays sur cafebabel.com

Mister Gay Europe 2011 en appelle à une autre intervention, celle des personnes célèbres : « VIP gays de tous les pays, unissez-vous et déclarez-vous ! Il est important que les célébrités s’exposent pour faire accepter notre existence ». Dans la pratique, le monde LGBT n’est pas à la recherche d’icônes comme il y a quelques années, mais plutôt de parrains et de marraines. C’est dans cette direction que semblent se diriger les États-Unis, avec leurs jeunes acteurs qui font leur coming-out de plus en plus tôt, et leurs revues qui lancent des appels contre le harcèlement scolaire qui multiplie les victimes, surtout parmi les homosexuels. « En Italie, c’est la tendance opposée, les gays qui passent à la télévision renient leur identité, ils deviennent soudainement hétéros de peur de perdre la sympathie du public. Mais d’où vient ce besoin de se cataloguer ? Être citoyen, c’est défendre notre diversité, et ça ne devrait pas se limiter à nos habitudes sous la couette. Le jour où nous pourrons nous épargner les détails du « qui partage ton lit » et « qui partage le mien », et où nous ne répèteront plus « je suis gay » uniquement pour justifier qu’on vient d’embrasser un garçon et pas une fille, on aura liquidé les étiquettes. Pour le moment, nous les maintenons volontiers, puisque ce sont elles qui permettent de nous identifier. » Tout prince a son royaume… et son sceptre.

Photos : aimable concession de Giulio Spatola