Geocaching : la partie de cache-cache version 2.0

Article publié le 28 avril 2015
Article publié le 28 avril 2015

J’ai deux yeux. L’un fonctionne normalement, l’autre est qualifié de paresseux par les ophtalmologistes. Toutefois, selon moi, nous avons tous un œil paresseux. Je l’ai compris en jouant à un jeu étrange : le Geocaching, inventé en Amérique, est une chasse au trésor illimitée dans l’espace, une chasse au trésor à laquelle l’on peut jouer dans le monde entier.

S’il vous arrive par hasard de voir quelqu’un grimper à un arbre ou s’agiter bizarrement près d’un buisson, ne paniquez pas. Cette personne n’est pas un illuminé, mais probablement un simple geocacheur.

Le Geocaching est une activité née en Amérique il y a quinze ans, mais encore peu connue en Italie. Dans sa forme la plus simple, ce jeu consiste à cacher une boîte, appelé « cache » qui doit être – évidemment – découvert par les autres utilisateurs. Une fois que le geocacheur a trouvé la boîte, il signe le logbook placé à l’intérieur et remet le tout tel qu’il l’a trouvé afin que celle-ci puisse être repérée par d’autres joueurs. Pour commencer l’aventure, il suffit de se rendre sur le site, de créer gratuitement un compte, de télécharger l’application, de se connecter et d’activer le GPS. Ensuite, il n’y a plus qu’à sortir de chez soi.                                                   Les trésors sont souvent de petites boîtes, mais l’on peut parfois trouver des poupées ou des objets bizarres en forme d’insecte ou de pierre, et rien n’interdit d’en inventer d’autres. L’on peut aussi y trouver des appareils photo jetables pour prendre une photo-souvenir, des rendez-vous entre touristes ou des enveloppes à emporter et déposer à d’autres endroits comme s’il s’agissait d’un relais entre voyageurs. Bien que l’on dispose des coordonnées de l’emplacement, il n’est pas si simple de trouver la cache en raison de l’imprécision des GPS, la marge d’erreur variant de 2 à 15 mètres. Quant aux boîtes, elles sont sagement bien cachées afin de résister aux intempéries. 

De l’origine du Geocaching

En 2000, le gouvernement des États-Unis a retiré le signal qui affectait la précision des coordonnées géographiques des GPS civils. Un passionné d’informatique et de technologie originaire de l’Oregon, Davis Ulmer, a alors décidé de tirer profit des services de localisation en cachant un objet dans les bois et en mettant au défi les utilisateurs de le retrouver. C’est le début du geocaching. Quatre mois plus tard, le 2 septembre 2000, l’Américain Jeremy Irish lance le site geocaching.com afin d’étendre aux utilisateurs du réseau le loisir de l’exploration et de la découverte d’objets cachés. Lors de l’inauguration du site, il existait 75 caches. Elles sont aujourd’hui au nombre de 2,5 millions réparties dans 184 pays.                                             

Les êtres humains ont tendance à effectuer les mêmes trajets. Chaque jour, nous parcourons les mêmes rues pour nous rendre au bar, au travail, à la gym, ou à un dîner avec des amis et il est très rare que nous changions d’itinéraire. C’est une question d’habitude. Mais ce ne sont pas seulement nos jambes qui s’habituent, ce sont aussi et surtout nos yeux. Peu nombreux sont ceux qui sauraient dire la couleur de l’établissement où ils prennent quotidiennement leur petit-déjeuner ou la forme des arbres dans la cour intérieur de leur immeuble. L’explication est simple : nous nous habituons à ce qui nous entoure, autrement dit l’œil identifie rapidement le paysage mais n’est pas aussi habile lorsqu’il s’agit de porter une attention aux détails.

La première fois que j’ai organisé une chasse pout trouver les caches les plus proches de chez moi, j’ai été étonnée d’en découvrir à six ou sept endroits auxquels je n’avais jamais vraiment fait attention. Parmi eux, la Chaise du diable, place Elio Callistio à Rome, une architecture funèbre datant de l’Antiquité, dont je ne savais rien mais devant laquelle je passais tous les jours pour chercher un stationnement. J’ai également mis les pieds dans une petite église que je voyais tous les matins depuis le bus. J’ai découvert des jardins fleuris cachés derrière les voies de chemin de fer et je me suis arrêtée pour discuter avec un artisan qui travaille sur la digue du fleuve qui passe à côté de la maison de mes parents. 

Peur bleue, fait divers et démineurs

À chaque lieu, une histoire. Comme celle de Gaetano Farfalloni : « Un homme grand à la corpulence massive, parlant peu et agissant vite. Personne ne savait quel métier il avait exercé au cours de sa vie, il avait les mains d’un mineur et le langage d’un poète. Un jour, il décida de partir et, lors de son départ, il déclara qu’il avait besoin de changer d’air. Personne ne le revit pendant douze ans, jusqu’à ce qu’il réapparaisse un jour avec un petit arbre et qu’il dise que c’est tout ce qui lui restait mais qu’il était content. Je l’ai planté il y a des années et, aujourd’hui encore, il est possible de le voir au centre d’une très belle place à Rome. » Telle est la description d’une geocache.

« Il existe une devise au sein de la communauté des geocacheurs dont la véracité s’est confirmée plusieurs fois, raconte Eric Schudiske, responsable des médias sociaux à Geocaching, selon laquelle toute personne qui se laisse prendre par ce jeu est une personne bien vivante. Le Geocaching donne une raison valable d’explorer le monde qui nous entoure. Quelque chose dans notre ADN nous pousse à vouloir savoir ce qui se trouve derrière un coin ou au-delà d’une colline. Chaque cache offre une histoire, un lieu, une position. » Un autre aspect très amusant du Geocaching est lié aux mésaventures rencontrées lors des chasses : celle d’un geocacheur qui a failli se faire arrêter car il avait mal lu les coordonnées GPS et avait pénétré dans une propriété privée, celle d’un autre qui s’est perdu dans les montagnes au point de se retrouver dans les journaux locaux, ou encore celle de celui qui s’est fait une peur bleue.

« Le moment le plus étrange a été de me retrouver dans un bois en pleine nuit à la recherche d’une cache qui portait le nom de “quelqu’un vous observe”. Si le nom était assez inquiétant, le lieu et l’heure n’arrangeaient rien. Au final, le trésor était la tête d’un mannequin qui pendait de la branche d’un arbre et, en la voyant de loin, j’ai été terrorisé. Je ne l’oublierai jamais », se souvient Eric Schudiske. Enfin, l’on peut aussi entendre l’histoire de celui qui a remplacé une cache par un engin explosif. Une histoire vraie qui s’est déroulée il y a quelques mois à Padoue, sur la place des Seigneurs, et qui a conduit à l’évacuation des touristes et à l’intervention des démineurs.

Le Geocaching est joué aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Si la première cache européenne a été posée en Irlande, l’Allemagne est le pays qui a développé une véritable philosophie en la matière. Les geocacheurs allemands sont très nombreux et ont le taux de participation le plus élevé d’Europe. Sur un total de près d’un million de caches dissimulées dans toute l’Europe, l’Allemagne en compte plus de 330 000. En Italie, où la première geocache remonte au 27 mars 2001, l'on en compte 14 500 pour 100 000 joueurs.

Et pour jouer, il faut avoir l’équipement approprié : des gants de jardinier, une pince, une lampe torche, une carte, un crayon, ainsi que des chaussures et des vêtements adaptés.