Genève remet l’Europe en selle

Article publié le 4 janvier 2003
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Article publié le 4 janvier 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le nouveau plan de paix vise à court-circuiter le pouvoir d'Arafat et de Sharon. Et à rallier directement les opinions publiques. Dans ce combat, l'apport de l'Europe peut être décisif.

Une chance à saisir. Voilà ce que devrait représenter pour l'Union européenne l'accord sur le Moyen Orient conclu lundi à Genève. Fruit de deux ans et demi de négociations secrètes, lancé par deux ex- ministres, l’israélien Yossi Beilin et le palestinien Abed Rabbo, avec la bénédiction de nombreuses personnalités internationales, l'accord de Genève est une initiative inédite dans cette région tourmentée qu’est le Proche-Orient.

Certes, il s'agit d'un plan de paix qui n’a été initié ni par le gouvernement israélien, ni par l'Autorité palestinienne. Mais, à partir du moment où le Secrétaire d'État américain Colin Powell a promis de rencontrer ses promoteurs, Beilin et Rabbo, à Washington, on ne peut plus le taxer de « virtuel ». Quoiqu’en dise le Vice-premier ministre israélien Ehud Olmert, qui a durement accusé Powell de commettre « une erreur » et de prendre une décision « incorrecte pour un dirigeant américain ».

La revanche de la politique

En réalité, tant la méthode que le contenu de l'accord de Genève constituent une alternative prometteuse à la stagnation actuelle que traverse le Proche-Orient. Et ils sont, en plus, en parfaite harmonie avec la vision européenne du conflit.

D'abord parce que, grosso modo, l'Accord prévoit la création d'un État palestinien sur 97,5% du territoire occupé par Israël en 1967 ; le renoncement au droit au retour des réfugiés palestiniens, en leur laissant le choix entre trois options différentes (1) ; et la division administrative, mais pas physique, de Jérusalem, le si contesté Mont du Temple étant confié à la souveraineté palestinienne.

Il s'agit fondamentalement d’un compromis en or pour l'Union européenne parce que, contrairement à la feuille de route, il va droit au coeur des problèmes. Et il délimite –selon un mode acceptable pour les modérés des deux parties- la création de deux États. Tel que souhaité par l'UE au temps de la Déclaration du Conseil Européen de Venise en 1980.

En deuxième lieu, l'accord de Genève est une chance pour l'Union parce qu'il permet de déplacer le centre de gravité du conflit du champ de bataille à l'arène politique. Des routes poussiéreuses du Proche-Orient, ponctuées de check points et de bus transformés en bombes à retardement, au cosmos complexe des opinions publiques israélienne et palestinienne. L'objectif de Beilin et de Rabbo est clair : écrouler les bases du soutien à Sharon et Arafat, en prouvant à leurs peuples qu’une démilitarisation du conflit est possible. Que « de l'autre côté, il y a un interlocuteur crédible ». Il s'agit d'un pavé lancé contre le militarisme israélien et le terrorisme palestinien.

Un israélien sur deux favorable

C’est la revanche de la politique. Et, pour une Union européenne « puissance civile », qui a toujours justifié sa faible influence sur le conflit par sa militarisation, la balle doit être saisie au bond. Ce que ne fait pas la Présidence italienne, engagée comme elle est dans sa bataille provinciale pour parvenir à lancer la « Constitution » européenne à Rome. Le Ministre des affaires étrangères italien, Frattini, n'a pas trouvé mieux que d’utiliser les trois pauvres lignes de communiqué publiées sur le site officiel de la Présidence pour « exhorter à ne pas considérer l'accord comme une alternative à la feuille de route ». Par contre, Javier Solana, Haut Représentant pour la Politique étrangère de l’UE, ne s’y est lui pas trompé, définissant l’accord de Genève comme un « vigoureux exemple de la façon dont la société civile peut imposer un retour à une perspective politique et revivifier le débat public ».

Mais pour que l'initiative de Genève puisse produire ses effets, l'UE doit aider ses promoteurs avec de généreux financements. Pour permettre au plan de paix d'être vastement diffusé dans les sociétés palestinienne et israélienne. Contre les extrémismes croisés. Certes, dans une Palestine en proie au chaos, ce sera plus difficile que dans la démocratie israélienne. Mais l'instant reste propice pour toutes les parties. Selon les derniers sondages, 53% des Israéliens et 55% des Palestiniens appuieraient un plan de paix basé sur les grandes lignes de l’accord de Genève.

Nous ne pouvons plus attendre. À Genève, la politique est revenue à la vie. L'Europe doit l’aider à survivre. Contre le terrorisme d'Arafat et contre le militarisme de Sharon. Nous n'avons, cette fois, plus d'excuses.

(1) Les réfugiés auraient la possibilité de :

- s'établir dans le nouvel État palestinien ;

- rester dans les pays où ils se trouvent et de recevoir une compensation financière ;

- de retourner en Israël selon les modalités (quotas…) fixées par le gouvernement israélien.