Génération(s) Sida

Article publié le 14 mars 2009
Article publié le 14 mars 2009
Les 20, 21 et 22 mars prochain, le Sidaction , essaiera en France de récolter des subsides pour la recherche contre le V.I.H, l’occasion de revenir sur une maladie hors normes qui en moins de trente ans a décimé plus de 25 millions d’individus.

mtv11.jpg Une campagne de publicité censurée par le gouvernement américain. A côté des Tours « 2863 personnes sont mortes ». A côté de l’homme : « 40 millions infectés par le VIH dans le monde ». « Le monde s’unit contre le terrorisme, il devrait s’unir aussi contre le sida ».

En dépit de campagnes publicitaires régulières, la lutte contre le sida, peut être victime de son succès, semble se tasser singulièrement en Europe occidentale et l’on constate une recrudescence des pratiques sexuelles non protégées. C’est vrai chez les populations homosexuelles ou resurgissent massivement les pratiques bareback, volontairement non protégées entre partenaires ayant le même statut sérologique ou y étant simplement indifférents. Mais ce n’est pas moins vrai chez les hétérosexuels : « Beaucoup, parce qu’ils se considèrent de bonne mœurs, s’imaginent au dessus de tout soupçon, confie le Dr Lanzmann, à tort : le V.I.H. n’est pas sensible aux arguments moraux ». Ainsi ceux dont le taux de contamination croît le plus rapidement sont les femmes hétérosexuelles de plus de trente ans.

L’une des raisons principales de ces conduites à risques dans l’eurogénération tient à un fait historique assez simple : les jeunes générations n’ont jamais eu une perception de la sexualité qu’ombragée par la crainte de la contamination et ont souvent dû accepter les moyens de contraception – en premier lieu le préservatif – comme un statu quo. A l’inverse, ceux qui ont connu les premières contagions, la découverte du virus, et quelques années plus tard les disparitions massives des séropositifs se protègent d’autant mieux qu’ils savent ce à quoi ils ont survécu. Mais ces deux générations que deux ou trois décennies séparent n’ont que rarement l’occasion d’évoquer les années sombres du sida.

'' Une campagne de publicité AIDS « Vivez assez longtemps pour trouvez le bon : Protégez vous !'' »

Le mythe du « cancer gay »

Apparu aux États-Unis au début des années 1970, il fallut aux chercheurs un certain temps pour déterminer qu’il s’agissait d’un virus. Cette période d’incertitude (on croyait alors la maladie liée aux inhalations de poppers) associée au fait que les premiers touchés furent des homosexuels favorisa la thèse qui voyait dans la maladie un « cancer gay » et il ne fallut qu’un pas pour y voir une punition divine à l’époque ou l’Amérique traditionnelle se heurtait aux premières luttes pour la reconnaissance des droits civiques, homosexuels notamment, et dont Harvey Milk fut un précurseur. Deux attitudes contradictoires apparaissent : certains sont pris d’une véritable psychose vis-à-vis de cette maladie inconnue : fin des partenaires multiples, fin des pratiques dites à risque voire abstinence totale : « j’étais encore vierge à cette époque, avoue Franjo (Croatie) mais le sida a retardé de dix ans mon entrée dans la vie sexuelle. » A l’opposé, une frange de la population n’a rien changé à ses pratiques, refusant d’utiliser les préservatifs. Dans les années 1980, des campagnes essayèrent de trouver une voie médiane « On expliquait aux gens que ce n’était pas dangereux de tenir la main à un séropositif, explique Caspar (Danemark), ni de boire dans le même verre qu’eux ».

En 1983, une équipe française de l’Institut Pasteur, sous la direction de Luc Montagner, découvrent le rétrovirus agent causal du sida et parviennent à mettre au point un test de diagnostic sérologique. En dépit des progrès médicaux, les traitements restent partiels (la trithérapie) et interviennent souvent trop tard. Des décès massifs surviennent au milieu des années 1990 « J’ai perdu une partie de mes amis en 1995-1996, morts du sida, raconte Benoît de Belgique, et pourtant ils n’étaient pas gays… » Léon vivait en Auvergne en ménage avec deux autres garçons « De tous les trois, je suis le seul à avoir survécu. A cette époque, dans le « milieu », c’était quasiment un enterrement par semaine ».

Une campagne SIDACTION « ''Dans le monde, une personne meurt du SIDA toutes les dix secondes'' »

L’invisible pandémie

Aujourd’hui le rapport au sida s’est d’autant plus complexifié que s’il reste mortel, les trithérapies assurent une espérance de vie qui peut s’élever jusqu’à 35 ans. « Je suis séropositif depuis 1986, je me suis soigné et aujourd’hui le virus est indétectable, confie le bulgare Vacliz, mais mon ami est mort du sida en 1998 ».

Le grand progrès des traitements est d’avoir quasiment fait disparaitre les manifestations cliniques de la maladie « Aujourd’hui, on ne peut plus reconnaître un séropositif, c’est encore plus effrayant » Le sida est devenu une pandémie invisible et pour autant le respect des droit des séropositifs reste un enjeu central. Une minorité d’entre eux conservent pourtant des attitudes de déni voire ouvertement criminelles. Sur Facebook, le groupe « J’ai transmis le SIDA a au moins un de mes partenaires (mais c’est de leur faute, ils n’avaient qu’à insister pour la capote) » regroupe plus de 800 personnes, suscitant l’indignation et la colère des autres internautes.

Pourtant, les petits progrès médicaux donnent l’impression que l’élaboration d’un vaccin thérapeutique est proche, suscitant l’enthousiasme de la presse mais ces effets d’annonce sont d’autant plus pernicieux qu’ils entraînent une baisse de vigilance : « Tu ne meurs plus du sida aujourd’hui si tu prends le traitement adapté », se berne l’allemand Marcus. Le sida pourtant tue encore 5 700 personnes par jour et la remise le 6 octobre 2008 du prix Nobel de médecine aux chercheurs de l’institut Pasteur travaillant sur le VIH suffit à démontrer la foudroyante actualité de ce sujet.

Une campagne MTV « Les femmes hétérosexuelles de moins de 30 ans constituent le groupe infecté par le VIH et le sida dont la croissance est la plus rapide ».