Génération Y : quand un CDI ne suffit plus

Article publié le 22 avril 2013
Article publié le 22 avril 2013
Le cocktail mortel composé de la crise financière, de la peur de l’échec et du risque de percevoir un revenu irrégulier décourage les citoyens européens à choisir un travail indépendant. Voici le verdict du dernier sondage Eurobaromètre, selon lequel seuls 37% des Européens souhaiteraient travailler à leur compte.
La Commission européenne a lancé un nouveau plan d’action qui résonne comme un signal d’alarme : impossible de trouver des entrepreneurs prêts à prendre des risques. Alors, comment révolutionner la culture entrepreneuriale en Europe ?

Le capitalisme « indie »

Peu d’argent et de grandes idées : voici le crédo de beaucoup de jeunes entrepreneurs en Europe. L’univers entrepreneurial est en pleine mutation, et si le modèle de capitalisme actuel est en crise, une nouvelle notion émerge : le capitalisme « indie ». C’est avec cette expression que Bruce Nussbaum définit un système d’innovation entrepreneurial fondé sur la créativité et le facteur de « community ». Nussbaum rappelle au monde que le capitalisme n’est pas exclusivement un phénomène de marché, mais que « les liens sociaux sont les éléments fondamentaux de l’économie ». A travers les médias sociaux et les plates-formes de crowdfunding, nous sommes tous de potentiels participants. Et de possibles entrepreneurs.

Qu’est-ce qui pousse les jeunes européens à développer une activité indépendante ? Le rêve, l’exigence ou les deux ? « Je rêve, je rêve, et je rêve encore ! », répond Micol Zanzuri, 23 ans, gourou de la mode, bloguer et créateur de styligion.com, le premier magazine de mode grâce auquel il est possible de faire du shopping par un simple clic. « Chaque personne qui s’aventure dans une nouvelle entreprise doit se préparer à des quantités importantes de travail pour une compensation financière inexistante, tout du moins à court terme ! J’ai toujours été un bourreau de travail, et je ne crois pas que je serais jamais en mesure de faire un travail qui n’occupe pas pleinement mon esprit. Trouver un métier que l’on aime c’est comme un premier amour : lacérant, intense et plein de larmes. Mais ceux qui réussissent à le faire durer seront heureux. Rien ne leur donnera davantage de satisfaction. »

La plus grande difficulté que styligion.com a dû affronter est pratiquement un paradoxe : trop de travail. « La "crise de la croissance" comme on dit. L’entreprise a évolué très vite, le travail augmente chaque jour un peu plus alors que nous ne nous sommes pas pleinement satisfaits. Alors, on tire un peu sur la corde. Mais aujourd’hui, on préfère poser une question : y a-t-il quelqu’un qui veuille bien nous aider ? », souligne Micol. « J’ai eu l’énorme chance de trouver des personnes qui croient dans le projet autant (voire plus) que moi. Le soutien de non pas un seul, mais de 5 “bras droits”, qui permettent à styligion.com de croître chaque jour davantage. »

De Francfort, nous nous rendons à Madrid, où la nouvelle entreprise Zoogling tente de représenter les similitudes entre les animaux et les êtres humains avec des « bêtes anthropologisées » imprimées sur leurs vêtements. Pour l’entreprise espagnole, le chemin a été difficile. Voici en substance l’appel qu’Alberto Cuartero, 21 ans, un des fondateurs de Zoogling, a envoyé aux institutions européennes et aux gouvernements nationaux : « pour aider nos jeunes entrepreneurs, la manière dont fonctionne le monde de l’entreprise devrait être enseigné dès la primaire. En Espagne, l’économie n’est pas une matière obligatoire, et l’on parle rarement de la façon dont on pourrait développer sa propre activité. Enfin, comment créer son business et battre la concurrence lorsque le gouvernement augmente la TVA ? » Il continue : « chaque mois, même si mon entreprise n’a pas encore généré de profit, je dois payer autant qu’un entrepreneur qui est sur le marché depuis 20 ans. Le nombre d’entrepreneurs n’augmentera pas si les conditions ne changent pas. »

Erasmus pour jeunes entrepreneurs

Lire aussi sur cafebabel.com : « L’emploi en Italie : chroniques d’une génération perdue »

Dans cet environnement apparemment hostile aux aspirants entrepreneurs, il existe le programme de mobilité Erasmus pour Jeunes Entrepreneurs (EJE). Financé par la Commission européenne, et coordonné par Eurochambres, le programme permet de partager et d’acquérir des compétences sur une période de travail établie entre 3 à 6 mois. Aujourd’hui, 1283 échanges ont été effectués (954 ont déjà été achevés). Le programme offre un soutien économique aux nouveaux entrepreneurs qui partent, notamment avec la couverture des dépenses liées au déplacement et au séjour à l’étranger. Mais si grâce au programme, les jeunes entrepreneurs acquièrent de l’expérience au sein d’une entreprise pour après se lancer dans le même secteur, quel est donc l’intérêt pour les entreprises d’accueil ?

« Le programme représente une opportunité unique pour les entreprises d’accueil », explique Eurochambres, « comme travailler avec un jeune entrepreneur qui peut apporter des solutions créatives et de l’innovation à leur entreprise. En regardant avec une nouvelle perspective les problèmes courants, récurrents et les difficultés rencontrées, le jeune entrepreneur peut apporter une vision constructive tandis que l’entrepreneur d’accueil pourrait l’avoir perçu seulement d’une manière donnée. »

Selon les chiffres, 90% des jeunes entrepreneurs et 83% des entrepreneurs d’accueil estiment que le programme est une réussite. Mais le programme forme-t-il réellement de meilleurs entrepreneurs ? « EJE représente une riposte directe au manque d’éducation entrepreneuriale en Europe. La possibilité d’être “éduqués” par des entrepreneurs de haut niveau permet aux jeunes d’acquérir une expérience précieuse ainsi que la connaissance nécessaire au lancement d’une entreprise. Confrontés à la vie quotidienne d’un homme d’affaires – de longues journées de dur labeur - les jeunes entrepreneurs ont la possibilité de tester leurs propres capacités, découvrir quelques traits de leurs personnalités, avoir confiance en eux et décider de créer ou non leur propre entreprise. A long terme, ceci contribuera sûrement à former de "meilleurs” entrepreneurs en Europe ! »

L’Europe a besoin d’un plus grand nombre d’entrepreneurs, mais l’accès aux financements, les difficultés administratives, la peur de l’échec et la crise financière semblent être des obstacles insurmontables. Nouveaux problèmes, nouvelles solutions. La génération Y : entrepreneurs ou bien ?

Photos : Une (cc) alvaro tapia hidalgo/flickr; Micol © Micol Zanzuri; Vidéo © ErasmusEntrepreneurs/YouTube