Génération What? : le premier portrait de la jeunesse européenne (2/2)

Article publié le 20 avril 2016
Article publié le 20 avril 2016

« La rue est nécessaire, il est important que les jeunes sortent de leur groupe de potes et prennent conscience qu'ils sont un collectif qui s'ignore. » Suite et fin de notre rencontre avec Christophe Nick, co-créateur de l'opération phénomène qui donne la parole à la jeunesse européenne. 

cafébabel : Pensez-vous donc que le numérique est le média nécessaire à toute initiative populaire voulant être prise en considération dans l’agenda politique ? Le phénomène « Nuit Debout » qui s’encre lui plutôt IRL en manque-t-il ?

Christophe Nick : On verra bien ce que Nuit Debout devient : est-ce qu’ils vont réussir à se structurer, à déboucher sur quelque chose, ce n’est pas évident non plus. Tous ces mouvements très spontanés sont  au moins la preuve formelle d’une forme d’ébullition que l’on sent un peu partout. Le nombre de petits ruisseaux est gigantesque, après est-ce que cela peut devenir un fleuve ? Nous verrons.

Mais on a la preuve depuis quelques mois que les mobilisations formées sur le Net peuvent avoir un réel impact. La pétition de Change.org a véritablement provoqué la grâce présidentielle de Jacqueline Sauvage. Et ce sont des choses que l’on trouve dans le monde entier en ce moment. La rue est sûrement nécessaire, il est important que les jeunes sortent de leur groupe de potes et prennent conscience qu’ils sont encore une fois un collectif qui s’ignore. Dans les autres pays c’est pareil, dans le monde arabe aussi, à l’échelle planétaire également. Le Web permet de penser au-delà des frontières et fait le pari d’une intelligence collective qui peut émerger.

cafébabel : Ne craignez-vous pas qu’une partie de la jeunesse européenne n’ait pas accès à ce genre d’opération et risque ainsi de rester en marge du mouvement ?

Christophe Nick : La jeunesse défavorisée représente 20 à 25% de votre génération, ce n’est donc pas anormal de retrouver, en réponse à l'une des questions, trois quarts des jeunes estimant s’en sortir relativement bien. De plus c’est toujours très difficile de s’avouer que l’on est « dans la merde ».

C’est vrai qu’au début on a eu une surreprésentation d’étudiants, forcément, on a moins touché les jeunes qui n’ont aucun diplôme. Mais on sait qu’il y a plusieurs jeunesses, on sait aussi que cette frange exclue de la jeunesse est particulièrement dure à toucher. Et c’est précisément pour cela que l’on a collaboré avec des associations de jeunes de quartier.

Bien sûr, c’est un défi monstrueux que celui d’être intégrant dans une société qui n’intègre pas. Tout a une limite. D’ailleurs, si l’on va à République ce soir, il n’y aura aucun jeune de banlieue. Comment peut-on les toucher ? Il n’y a pas de formule magique. Reste tout de même que l’utilisation de la TV et des médias de masse est encore le meilleur moyen d’y parvenir. Par exemple, nous avons obtenu du feuilleton Plus Belle La Vie qu’ils fassent, dans un ou deux épisodes, référence à Génération What?, afin de toucher leur public. C’est le même enjeu pour la jeunesse agricole, les jeunes ruraux ne sont pas faciles à toucher non plus.

cafébabel : Pour stimuler un maximum de jeunes européens vous avez donc élaboré un panel de près de 150 questions auxquelles tout le monde peut répondre, comment avez-vous constitué vos rubriques ?

Christophe Nick : Nous avons beaucoup travaillé avec deux sociologues. Nous avons cherché à balayer les grands champs de la vie : l’intimité, la famille, le travail, la société, la vision du futur etc. À partir de là, nous alternons entre des questions assez classiques de la sociologie et puis d’autres. Car lorsque l’on veut comprendre les valeurs, les comportements, le ressenti etc. c’est autre chose, on s’est aussi lancé dans quelque chose de plus fun. Et puis enfin on a voulu injecter aussi des questions de service. Notamment à propos de la sexualité, l’idée étant aussi de rendre service à des jeunes qui se demande s’ils sont « normaux ». Nous avons aussi cette fonction, aider les jeunes à se trouver en se comparant à leur concitoyens nationaux ou européens. C’est donc un mélange de recherche, de service et puis d’outil pour être entendu. Nous verrons ainsi quelles sont encore les valeurs de solidarités, les valeurs collectives, celles individuelles. Et surtout, chaque question, a priori anodine, en dit long.

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« Dans la vie soit tu baises, soit tu te fais baiser. » Deux tiers des jeunes autrichiens interrogés approuvent cette déclaration, et toi ? Viens découvrir notre génération, ce qu'elle pense de l'immigration, de l'amour, de l'Europe, du porno ou comprendre ce dont elle a peur et ce qu'elle attend de l'avenir. C'est par . Venez découvrir la version internationale pour être redirigé vers tous les questionnaires nationaux ici.

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Lisez la première partie de notre entretien ici.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée.