Génération What? : le premier portrait de la jeunesse européenne (1/2)

Article publié le 16 avril 2016
Article publié le 16 avril 2016

« Vous êtes la génération la plus éduquée que le monde n’ait jamais connu, il est absolument nécessaire que vous émergiez en tant que force et facteur de dynamisme. » Les programmateurs de l'opération Génération What? offrent à la jeunesse les moyens de faire son propre autoportrait. Une gigantesque introspection comparative pour mieux se connaître et enfin se constituer en collectif agissant.

Déjà près de 10 millions de réponses aux questions, plus de 250 000 répondants, 12 pays diffuseurs en Europe et une version internationale pour tous les autres. Depuis hier, l’enquête « Génération What? » s’empare littéralement de la Toile et entend répondre au « besoin de collectif » des citoyens européens disséminés sur le continent. Nous avons interrogé Christophe Nick, fondateur de la société de production, co-créatrice du projet. 

cafébabel : Quelle est votre idée de départ, d’où provient cette folle impulsion ?

Christophe Nick : Cela fait maintenant 15 ans que je travaille sur des collections documentaires qui se focalisent sur les grandes zones de fracture de la société française. Au début des années 2000, j’ai élaboré une série sur la violence ordinaire. Nous avons ensuite continué à creuser ces plaies, analysant le système éducatif puis nous nous sommes concentré sur le travail. En 2010, au cœur de la crise économique, il est apparu comme une évidence que la fracture la plus profonde restait celle qui bâillonnait la jeunesse. Nous avons donc voulu axer notre quatrième volet sur la nouvelle génération. Mais nous ne nous sommes pas cantonné à notre dispositif documentaire habituel, nous avons cherché à faire participer la jeunesse elle-même. Si la télé fait le portrait d’une génération, le Web pouvait vraiment faire en sorte que la jeunesse face son autoportrait.

Après des mois et des mois travail nous avons donc lancé cette opération en France et cela a eu un immense succès. Nous avons donc absolument voulu le faire au niveau de l’Europe, cherchant à savoir si la crise que l’on ressent en France nous est spécifique ou si d’autres pays la perçoivent, comment etc.

Et on ne va pas s’arrêter là, on veut aussi l’élargir au monde arabe, les Japonais nous ont également contacté, les États-Unis aussi dans le cadre des présidentielles à venir. Cela peut devenir mondial.

cafébabel : Vous attendiez vous à un succès d’une telle ampleur ?

Christophe Nick : À ce point là, non. C’est complètement incroyable, parce que le rythme est plus fort que celui que l’on a eu en France, alors qu’on avait déjà trouvé cela exceptionnel. Il y a quelque chose qui s’empare des réseaux. Même dans les pays qui ne sont pas ou peu connectés comme la plupart des pays de l’est ou des Balkans. Ça marche du tonnerre de Dieu, on a même un gros trafic qui vient des États-Unis. Le MIT conseille à tous d’y participer, il y a quelques questions sur l’Europe au sujet desquelles ils n’ont rien à dire mais pour le reste, c’est sidérant. 

cafébabel : Quelle intention vous animait tout au long de la confection de cette plateforme ?

Christophe Nick : Il a été très difficile de connecter les diffuseurs entre eux et de leur faire adhérer au projet parce que l’ensemble des diffuseurs européens sont en panique avec la jeunesse. Parce que le fait que les jeunes ne les regardent plus les angoisse. On leur a dit « il est temps de mettre la jeunesse à l’antenne et sur vos sites », ils en sont convaincus mais c’est aussi quelque chose qui les terrorise. C’est le révélateur de la crise de l’Europe au sens très large. Lorsque l’on regarde par le prisme de la TV cela nous dit tout, ce qui en sort c’est : « On aimerait bien mais on ne sait pas, on ne sait plus parler aux jeunes ou leur donner de la place ». Notre mission a été de les convaincre de donner une place aux jeunes et de se taire, de les écouter, de leur donner la parole et même plus, de leur dire mais ouvrez votre gueule et prenez le pouvoir. Et pour eux, cela a été une claque.

cafébabel : Pensez-vous qu'en nous permettant d’ « ouvrir notre gueule », cette opération aura un réel impact au niveau politique ?

Christophe Nick : C’est possible. D’abord si cela continue sur ce rythme là, d’ici quinze jours il y aura plus d’un million de jeunes européens qui auront parlé, et c’est une parole qui pèse. Ensuite, lorsque tu fais ce questionnaire, tu as envie de le faire avec tes copains. Et ensemble vous vous mettez à discuter et à prendre conscience que nous ne sommes pas qu’une somme d’individus mais vraiment un collectif qui s’ignore. C’est le plus important pour pouvoir peser dans la vie sociale en général. Troisièmement, on se pose tellement de questions que l’on est prêt à s’adonner à un autre type de consultation sur le Net qui est plus qualitative, où on nous demande de faire des propositions. Il faut prolonger la démarche vers des propositions d’action, de réformes ou de loi. Et d’un coup, cela devient plus concret, se transformant en une somme de revendications.

Plus profondément c’est vraiment l’idée d’aider les jeunes à prendre conscience que le plafond de verre qui les empêche en ce moment d’intégrer de plain-pied la société, c’est à eux de le faire sauter ! Génération What? c’est un instrument, un outil à votre disposition pour que vous puissiez être entendu. L’absence de la jeunesse dans les décisions, toute l’Europe en crève, c’est une responsabilité générationnelle, il est absolument temps que vous nous dégagiez et que vous preniez la place !

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L'opération est-elle accessible à toute la jeunesse ? Comment les questions ont été choisies ? Le numérique est-il la nouvelle arme de protestation ? Retrouvez très vite la seconde partie de cet entretein à la Une du magazine.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Bruxelles. Toute appellation d'origine contrôlée.