Gaz et air chaud au sommet Europe-Russie

Article publié le 26 mai 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le 25 mai, la question de l'énergie a été au centre des discussions entre l'Union européenne et la Russie lors du sommet de Sotchi sur les bords de la Mer Noire.

2006 est une année clé pour l’avenir des relations entre Bruxelles et Moscou. L’Union européenne doit adopter cette année une nouvelle stratégie à long terme avec la Russie. L’Accord de partenariat et de coopération (APC), sur lequel les relations entre l’EU et la Russie étaient jusqu’alors basées, va expirer en 2006 et les deux parties doivent travailler à un repositionnement de leurs objectifs. En outre, les protagonistes du Sommet semblent enfin être parvenus à un accord sur la facilitation des visas et la réadmission, deux thèmes qui avaient monopolisé l’ordre du jour pendant plusieurs années. Sotchi a d’ailleurs toujours fait office de rendez-vous idéal pour apaiser les tensions mutuelles. Mais loin des sourires de satisfaction officiels, de nombreux problèmes menacent encore le futur des relations entre l’UE et la Russie.

Un nouveau pacte Ribbentrop

La problématique majeure ? La sécurité énergétique. Le Sommet de Sotchi est un prélude au G 8 de juin prochain, entièrement dédié à cette question. Les Etats européens sont particulièrement dépendants de l’offre russe d’énergie. Le principal obstacle à un dialogue fructueux dans ce domaine est lié au fait que certains des 25, et plus particulièrement l’Allemagne, préfèrent maintenir des relations bilatérales directement avec le Kremlin devançant ainsi Bruxelles. Il n’existe aucun consensus européen sur ce thème et la situation ravive les divisions entre « vieille et nouvelle Europe ». Le ministre polonais de la Défense, Radek Sikorski, est même allé jusqu'à comparer la coopération germano-russe actuelle à celle de 1939 où Molotov pour l'URSS et Ribbentrop pour le IIIème Reich avaient signé le traité de non-agression ayant mené au découpage de la Pologne défaite en quelques semaines d'une invasion-éclair. Le pipeline Baltique est un projet commun entre la compagnie russe Gazprom et les entreprises allemandes E.ON et BASF visant à construire un gazoduc sous la mer Baltique. L’objectif ? Délivrer directement du gaz russe à l’Allemagne. La Pologne et les pays Baltes, dont le pipeline va traverser le territoire, sont furieux d’avoir été tenus éloignés du projet et risquent de perdre de substantiels revenus.

Verre à moitié plein ou à moitié vide ?

Un autre sujet de discussion à Sotchi concerne la tentative d’OPA de Gazprom sur certaines compagnies européennes d’énergie. La réponse peu enthousiaste de Tony Blair à la proposition du géant russe sur Centrica, détenant une part non négligeable du marché britannique du gaz, a conduit Vladimir Poutine à menacer de rediriger son offre de gaz à l’Europe vers l’Asie. Depuis sa capitalisation, Gazprom est devenue la troisième plus grande compagnie énergétique mondiale et Centrica ne sera probablement pas la dernière victime de cette soif d’acquisitions. Comment les autres pays européens vont-ils répondre à une telle attitude ? La récente vague de protectionnisme balayant le continent ne laisse rien présager de bon.

Dès lors, deux solutions sont envisageables : faire barrage aux tentatives de Gazprom ou trouver les solutions légales susceptibles d’assurer un égal accès au marché russe de l’énergie pour les entreprises européennes. Il est évident que cette dernière solution est la meilleure car elle n’entre pas dans une logique de confrontation avec la Russie et satisfait largement les entrepreneurs européens. Toutefois, l’UE va devoir insister sur la ratification par la Russie de la Charte sur l’énergie, que cette dernière a signé en 1994. Le texte œuvre en faveur d’une plus grande libéralisation du secteur de l’énergie en Russie, incluant des mesures ouvrant le marché aux compagnies étrangères. Afin d’assurer la stabilité de son offre énergétique, le Kremlin a réitéré ses exigence de mettre en place un strict monopole. La marge de manœuvre des Européens est donc assez mince : si la Russie ne ratifie pas le traité, le marché européen restera vulnérable face aux OPA des sociétés russes sous contrôle étatique.

Des amis intimidants

Un autre problème que l’UE ne va pas manquer de soulever est la fâcheuse habitude russe d’utiliser sa puissance énergétique comme moyen d’intimidation. En janvier 2006, la Russie a coupé le robinet énergétique de l’Ukraine, provoquant des coupures d’approvisionnement dans plusieurs pays européens. La mésaventure s’est reproduite récemment entre l’Ukraine et la Biélorussie. Malheureusement, l’UE n’a ni le poids suffisant, ni les arguments nécessaires pour persuader la Russie de ne pas augmenter le prix de l’énergie pour ses voisins.

Par ailleurs, d’autres points cristallisent ces désaccords entre la Russie et l’UE. Que faire avec l’Iran, comment négocier avec le Hamas, comment discipliner le dictateur biélorusse Alexander Loukachenko, comment accélérer le processus d’adhésion de la Russie à l’OMC ? Même si cette série d’interrogations ne figure pas à l’agenda officiel du Sommet, une entente sur ces thèmes rendrait les Européens moins vulnérables à l’égard du monopole énergétique russe.