Gay Pride 2011 : rose politique

Article publié le 28 juin 2011
Article publié le 28 juin 2011
Samedi 25 juin, Mylène Farmer a donné de la voix dans les rues de la capitale ! De Montparnasse à Bastille, les LGBT étaient nombreux et le public au rendez-vous. De ce public, difficile de dire s'il était composé en majorité de "spectateurs" ou de LGBT. De toute façon, malgré le service d'ordre, la confusion règne et on se mélange joyeusement.

Un air de fête, un fond militant

Arrivée à Bastille beaucoup trop tôt, j'ai dû suivre le mouvement... à l'envers. Bousculée, je parviens tout de même à avancer -lentement- et surtout à rencontrer quelques participants qui ont des choses à dire. Militants de la cause gay, jeunes engagés en politique, simples participants qui veulent mêler fête et revendication.

La gay pride est festive, certes mais surtout engagée. Cette année plus particulièrement ? Difficile à dire: c'est ma première gaypride !

© Mélodie Labro En tout cas, j'ai entendu plusieurs fois un discours qui m'a intriguée: certains participants s'inquiètent de l'amalgame que ferait la "droite de la droite" entre Islam et homophobie. "Il y a une partie extrême de la droite qui stigmatise les minorités et fait croire qu'elle défend les droits des homos alors que les Musulmans, eux, seraient violemment anti-gay" m'explique ainsi un jeune homme, ancien membre d'Act Up, aujourd'hui proche des Panthères Roses

Un discours repris par un garçon qui me dit être "d'origine maghrébine". C'est parce qu'il remarque mon air étonné au passage d'un autre jeune homo qui scande "Vive Sarko" qu'il m'aborde: "j'ai vu votre étonnement mais vous seriez surprise du nombre de gays qui votent FN!" Evidemment, personne ne confond ici Sarkozy et Front National mais, ce samedi, dire "Vive Sarko!", dans cette foule globalement rose, c'était.. décalé !"Vous savez," poursuit-il, " je suis d'origine maghrébine mais je vis bien ma sexualité. Le problème pour les Arabes, c'est que la droite la plus extrême tend à monter les minorités les unes contre les autres. Donc il y a des jeunes gays tentés par un vote sécuritaire parce qu'ils ont peur de se faire casser la gueule par des rebeus."

© Mélodie Labro Même son de cloche chez une jeune militante "D'ailleurs nous sommes d'ici" ,un collectif crée il y a six mois " contre le racisme en général". "Toutes les minorités," m'explique cette jeune fille, "doivent être solidaires : Noirs, homos, femmes." Elle me dit aussi être à la fois "militante féministe et militante anti-racisme." Elle parle enfin d'un contexte actuel assez nauséabond où certains voudraient faire croire que les gays et les Musulmans ne peuvent pas vivre ensemble...

Et les filles dans tout ça ?

J'entends donc des discours très politisés. Cela dit, il y a aussi des gens venus pour défendre les droits des seuls homos, comme ces lesbiennes qui scandent "Lesbiennes en colère"

© Mélodie Labro Je suis assez intriguée: les lesbiennes font-elles assez entendre leur voix ? Je trouve leurs actions plus discrètes, plus limitées dans le cadre de cette Gay Pride très masculine. Il y a du Rihanna et du Lady Gaga dans l'air. Un peu trop à mon goût, mais, me direz-vous, une Gay Pride, c'est censé être festif ! Ou lassant...Comme si la Gay Pride consistait à dire: "aux garçons l'entertainment/ aux filles le sérieux, le militantisme grave et solennel." Je demande donc aux militantes du "Paris Gay Madison" si elles pensent que leur cause a assez de visibilité. Elles sont malheureusement assez peu communicatives: "Bah oui, me répond l'une d'elles, une femme d'une cinquantaine d'années. Vous voyez bien : on est là!" Je ne retiens pas mon "mouais" sceptique. Un peu trop expressive aujourd'hui je crois...

Moi, on ne m'enlèvera pas l'idée que, lors de cette Gay Pride 2011, on a beaucoup entendu et vu le "G" de LGBT. Mais passons: j'imagine que c'est le cas chaque année. Après tout, les femmes et la sphère publique, c'est une histoire d'amour toute récente, non ?