Garçons et béquilles

Article publié le 20 avril 2009
Article publié le 20 avril 2009
Une photographie de la plage du golfe à Lanzarote. Sur le sable gris, au loin, presque invisible, un couple se serre dans les bras...
Pedro Almodóvar s'est pris la tête pendant des années avec cette image qu'un jour a trouvé par hasard, en préparant un scénario d'un film qui résoudra en fin les mystères qui se posaient: qui étaient-ils, pourquoi se serraient-ils dans les bras, que faisaient-ils la-bas ou que leur est-il passé. Almodovar a besoin d'être obsédé par ses histoires jusqu'à ce qu'elles ne le laissent plus dormir, et seulement à ce moment-là qu'il se convainc de tourner son film, en sorte d'exorcisme sain. Dans le film "Los abrazos rotos", par contre, l'auto complaisance du directeur - que dans autres films était parfaitement compatible avec le goût du public - n'est finalement qu'un égocentrique et émotionnellement hermétique exercice de style vide, qui ne provoque rien de plus que de la frustration et de la déception du spectateur, loin des présumés hauts et bas sentimentaux des personnages effacés et aux histoires aussi tordus qu'invraisemblables. Apparemment, "Los abrazos rotos" avait tout les ingrédients pour être un super film: une répartition de stars aux ordres d'un directeur avec un talent indiscutable pour beaucoup de gens, une musique composée par le talentueux Alberto Iglesias ou la présence de Rodrigo Prieto (Brokeback Mountain) qui s'occupe de la photographie. Avec autant de bonne matière première le résultat final du film est beaucoup plus regrettable et, pour rechercher l'élément clef de cet échec retentissant, il ne reste plus que faire appel au scénario. le problème principal du film c'est qu'il commence par de mauvaises histoires, ou plutôt, mal développées, mal tressées et mal résolues. À partir de là c'est tout à fait logique que tout commence à échouer comme si c'était un effet domino. Seul l'invraisemblance des dialogues écrits par Almodóvar -Des fois digne de maladroites opéras primas-, explique que pas un seul des mots prononcés par Lluis Homar, Tamar Novas ou Ruben Ochandiano sont convaincants, naturels, véritables, et même que les meilleures actrices du film, Penelope Cruz et Blanca Portillo, sont par moments ridicules en récitant les phrases de leurs personnages. Quelque chose de bon du film? Oui, précisément ce que n'est pas le film, ce qui est en dehors du trame principal. C'est a dire, ces scènes intercalées de filles et valises, le film qui tourne le personnage interprété par Lluis Homar, où “les filles Almodovar” se promènent avec du charme et splendeur comme Chus Lampreave, Rossy de palma ou Carmen Machi, elles étaient toutes géniales dans leurs apparitions comiques. On a l'impression que cet “autre film” qui s'insère à la fin de “Los Abrazos rotos” fonctionne comme une démonstration accélérée du talent, pour se dédommager à temps de l'échec antérieur. Bien sûr, cela n'est pas suffisant pour éviter d'avoir signer ce qui est, de loin, son plus mauvais film jusqu'à aujourd'hui.

Salvador Gómez Barranco

Traducteur:

Khalil Taoufik Bouazzaoui